PRINCIPES DE LA TROISIEME CLASSE
Mucosine 53,30 à 34,80
Quelquefois le mucus donne lieu à la formation de petits calculs. (Analysés par Brandes.)
C'est à une sorte de putréfaction du mucus nasal qu'est due la fétidité de l'ozène, qui se rencontre chez des sujets ayant une lésion osseuse des fosses nasales, et même chez des sujets sains. C'est encore vraisemblablement une altération spéciale du mucus nasal qui lui donne la propriété de transmettre la morve.
Le mucus nasal des priseurs et des coryzas à frigore n'a pas été étudié au point de vue chimic[ue. Mais (d'après une note qui nous a été communiquée par le D"" Al. Robin) dans les écoulements pathologiques dus à un catarrhe chronique, on trouve de l'albumine, de lamucine, des corps gras, de la cholestérine, du chlorhydrate d'ammoniaque et beaucoup de chlorure de sodium.
Voyez à ce sujet : Gorup Besanez, art. Schleim bei naseii catarrh, p. 469, 1874; Lhéritier, Traité de chimie pathologique ; Obolensky, Medic chemic untersuchungen, t. IV, p. 590; idem, Central Blatt, p. 825, 1871 ; Eichwald , Annal der chemic und pharm. , t. CXXXIV, p. 177.
Comment est produit ce mucus? Il est fourni par les
glandes de la muqueuse pituitaire ; d'autre part, la surface libre de la muqueuse en fournit aussi. Il est dû à une modification de l'épithélium qui consiste dans son gonflement par une substance transparente non soluble dans l'acide acétique, non colorée par le carmin, vraisemblablement par du mucus. Les cellules deviennent vésiculeuses et celles qu'on trouve dans le mucus nasal sont toujours ainsi. Du reste c'est par un procédé analogue que les mucosités se forment dans tous les épithéliums. Mais dans quelques cas, la cellule se vide de son contenu par exosmose, dans d'autres, elle tombe en lui donnant issue par rupture.
Cette sécrétion est indispensable pour que la muqueuse conserve ses propriétés; en particulier, la fonction nerveuse de l'organe de l'olfaction est supprimée si la sécrétion est trop abondante ou si elle est tarie. Le mucus est très-hygrométrique; il s'empare avec avidité de la vapeur d'eau.
Les corps odorants arrivent en contact avec cette muqueuse toujours mélangés avec la vapeur d'eau qui leur sert de véhicule, et le mucus absorbe ainsi l'eau qui apporte le principe odorant. Ainsi nous est expliqué pourquoi l'odorat ne se fait pas quand les narines sont sèches, pourquoi la condition la plus favorable pour la perception des odeurs est un état moyen hygrométrique de l'air; d'un autre côté, s'il y a trop de vapeur d'eau en suspension dans l'air, les odeurs sont moins facilement perçues, s'il y a un excès de sécrétion de mucus, il en est de même. L'impression est empêchée mécaniquement d'une part parce que le mucus est entraîné constamment, chimiquement peutêtre parce qu'il est beaucoup plus alcalin.
Le mucus est déplacé grâce au mouvement des cils vibratiles de la muqueuse. Les points de la muqueuse qui produisent le plus de mucus, sont ceux où il y a le plus de glandes. On ne comprend pas pourquoi les anciens auteurs avaient voulu voir la source des mucosités dans les sinus qui ont peu de glandes. C'était probablement par l'influence éloignée et i'nconsciente d'une opinion qui avait cours aux temps d'Hippocrate et de Galien, que la pituite était formée dans le cerveau et excrétée à travers les pores de l'os dans les les sinus d'où elle se répandait sur toutes la cavité des fosses nasales. Vésale fut le premier à s'élever contre cette erreur.
La sécrétion des glandes de la muqueuse de Schneider peut servir de voie d'élimination à certains prin cipes, et en particulier à l'iodure de potassium.
Elle ne possède aucune propriété digestive.
Division des sensations fournies par la pitiiitaire.
La membrane muqueuse sert principalement à la sensibilité et elle en présente deux sortes : l'une qu'on peut nommer sensibilité générale, et qui lui permet d'apprécier le contact, la température, l'état gazeux, liquide ou solide des corps, et quelques-unes de leurs propriétés, l'acidité par exemple; ce qui est commun à la peau et aux muqueuses dermo-papillaires. Mais d'autre part, elle offre une autre sensibilité qui est encore mal déterminée et qui donne la sensation des odeurs. Par les premières propriétés, la muqueuse veille à l'introduction de l'air dans les poumons ; par sa deuxième propriété, elle concourt à régler
l'alimentation, la plupart des corps sapides étant en même temps odorants.
Il est assez facile de prouver que les deux fonctions nerveuses sont indépendantes l'une de l'autre. C'est surtout par des faits empruntés à l'observation de l'homme, que la chose peut être étudiée. Cloquet, Longet citent des faits concluants, on en trouvera d'autres dans une nouvelle observation que je dois à l'obligeance de M. le D*" Tillaux, professeur d'anatomie à l'amphithéâtre des hôpitaux de Paris.
Anosmie par suite d'un coup de feu à la région frontale. (Obs. du D'Vedrénes, méd. à l'hôp. milit.de Vincennes.)
Le 22 mai 1877, un garde de Paris, âgé de 26 ans, tente de se suicider en se tirant un coup de revolver au niveau des fosses nasales du frontal. Il est porté à Vincennes dans le service de M. Vedrénes. Au dix-huitième jour, le malade, après quelques symptômes d'encéphalite est beaucoup mieux, mais accuse une perte totale de l'odorat, et des troubles visuels. Il ne perçoit ni les parfums agréables, ni les odeurs fétides. Sa plaie est en très-bon chemin, et son état général excellent. Quelques jours après voici ce qu'on constate quand aux fonctions de l'odorat et du goût : il a la sensation des liquides amers, doux ou sucrés, acides et salés, mais non des liquides aromatiques. Ainsi les yeux fermés il ne reconnaît pas l'arôme du café, du chocolat, du bouillon, des eaux de fleurs d'oranger et de menthe, de l'éther, du chloroforme, de la teinture aromatique, du cppahu. Mais si Vodorat est aboli, la sensation tactile des fosses nasales
n'a éprouvé aucune atteinte, car l'ammoniaque, Tail, l'asa fœtida, le tabac à priser causent sur la membrane pituitaire un picotement désagréable. La vue se rétablit, mais l'anosmie fut définitive.
L'auteur cite ensuite un mémoire de M. le D"" Notta, de Lisieux. qui l'a publié dans les Archives générales de Médecine^ en 1870. Ce mémoire contient dix observations semblables qui ont, avec celles de M. Vedrénes, des analogies et des différences. Elles se ressemblent par l'origine traumatique de l'anosmie, l'action de l'agent vulnérant sur la tête, la coexistance de la perte de l'odorat avec l'altération d'autres organes, de la vue, de l'ouïe et du goût. Elles diffèrent par la nature de la cause vulnérante, tantôt c'est un coup de feu, une chute, un coup, etc.
Dans son cas, M. Vedrénes, sans conclure, suppose que l'anosmie est due à une lésion des fibres terminales des nerfs olfactifs à leur passage à travers la lame criblée.
(Gama. — Traité des plaies de tête. Obs. II, p. 161). (J. Larrey. — Clinique chirurgicale, p. 157, 163, 167, 198, 204, 239).
La division des sensations étant prouvée, il s'agit de savoir s'il éxiste des organes distincts pour chaque ordre de sensations. Une expérience fort ancienne prouve que les odeurs ne sont perçues que si le courant d'air qui apporte les corps odorants est dirigé d'avant en arrière vers la partie supérieure des fosses nasales. Cette expérience consiste à faire passer l'air chargé d'odeurs dans un tube introduit dans le nez ; si le tube est dirigé horizontalement aucune odeur ne sera perçue ;
elle le sera au contraire avec une grande netteté si le tube est dirigé verticalement. Cette expérience, facile à répéter, prouve que c'est la partie supérieure des fosses nasales qui odore ; or c'est précisément à cette partie supérieure que se distribue les nerfs de la l''^ paire ou nerfs olfactifs. Nous sommes donc amenés à chercher quelle peut être l'influence des nerfs olfactifs dans la perception des odeurs.