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DU TRIJUMEAU

Magendie, le maître de Cl. Bernard, s'était prononcé contre le nerf olfactif en faveur des branches du trijumeau auquel il attribuait la propriété sensorielle. Quoi de plus naturel! Puisque le nerf lingual donne le goût , pourquoi le nerf maxillaire supérieur ne donnerait-il pas l'odorat, et Magendie a fait des expériences pour établir sa manière de voir.

Il détruit les lobes olfactifs, et après guérison de l'animal il lui présente de l'ammoniaque, de l'acide acétique, lui introduit un stylet dans les fosses nasales et déclare qu'il a conservé l'odorat pour les odeurs fortes. Cette idée, qui était renouvelée de Diemerbroeck et Méry, déjà réfutés par Haller, fut combattue avec ardeur par Longet, qui fit remarquer qu'après la section des lobes olfactifs pratiquée sur des oiseaux ces animaux étaient encore sensibles à l'action de l'ammoniaque et de l'acide acétique, éternuaient, se frottaient les narines avec leurs pattes ; mais, dit Longet, « ne trouvant là rien que de très ordinaire, j'avais garde de conclure avec Magendie que ces animaux eussent conservé l'odorat pour les odeurs fortes, car en réalité ils avaient seulement conservé, vu la sensibilité de la cin-' quième paire, la sensibilité générale de leurs narines »; et Longet, continuant à critiquer Magendie, cite en outre une autre expérience.

Il montre Magendie présentant des aliments cachés

dans du papier à un animal auquel il avait coupé les

lobes olfactifs, et s'étonnant que l'animal dépliât le

papier et concluant qu'il avait senti. Dans la même Rémy. 6

observation Magendie ajoutait que l'animal n'a pas trouvé les aliments qu'il avait mis à côté de lui à son insu. Eschricht a réfuté également d'une manière plaisante l'expérience de Magendie. Un crapaud auquel on avait enlevé tout le cerveau fut trouvé sensible par Magendie à l'action de l'ammoniaque approché de ses narines. Mais Eschricht nous apprend que si l'on approchait l'ammoniaque de l'autre extrémité du corps de l'animal, on trouvait une sensibilité égale. Dans un cas, l'animal reculait, dans l'autre il avançait. Il semble donc bien, dans ce cas, qu'il ne s'agissait pas d'une sensibilité très-générale, et cette expérience semblerait prouver que les nerfs d'un point quelconque du corps sont susceptibles de percevoir les odeurs. Gianuzzi, élève de Cl. Bernard, s'était également prononcé pour le trijumeau, mais à la suite d'expériences incomplètes. Il suffit, comme Prévost l'a remarqué, qu'il persiste quelques fibres du nerf olfactif pour que la sensation se produise.

On n'a cité qu'un fait pathologique pouvant confirmer l'opinion de Magendie. Encore ce fait est-il douteux (observation de Serres citée par Longet). TxîUten respectant l'autorité de Magendie qui ouvrit l'ère expérimentale de la physiologie en France et qui fut le maître de Cl. Bernard, nous devons applaudir à la critique de Longet et conclure comme lui que ce nerf ne préside qu'à une sensibilité générale. S'il y a une altération de l'odorat dans le cas de névralgie faciale, elle est due à une modification vasculaire ou sécrétoire. De mon côté j'ai voulu expérimenter sur le chien ; il fallait sectionner sur cet animal la branche nasale de l'ophthalmique, ainsi que la branche maxillaire supé-

rieure du trijumeau, en prenant soin de détruire le ■ganglion de Meckel. On peut arriver à ce résultat, en excisant une portion de l'arcade zygomatique et en coupant la partie la plus élevée de l'apophyse coronoïde du maxillaire inférieur.

Avec le concours dé M. Bochéfontaine, l'expérience suivante fut faite le 18 juillet 1878 sur un chien bu 11 de forte taille. On réséqua de chaque côté trois centimètres d'arcade zygomatique, sur la partie itiédiane. On enleva une partie de l'apophyse coronoïde du maxillaire inférieur, afin de pouvoir mettre à nu le nerf maxillaire supérieur, et la branche nasale de l'ophthalmique ; ces deux branches furerit coupées. Deux jours après le chien se trouvait dans de bonnes conditions ; sa plaie était belle ; il cherchait à manger ; mais il en était un peu empêché par ce qu'il remuait la mâchoire inférieure avec difficulté. Aujourd'hui 22 juillet, quatrième jour après l'opération, nous constatâmes, qu'il y avait des troubles nutritifs de la conjonctive, et de la pituitaire, coriza et conjonctivite. J'introduisis un stylet dans une des narines de l'animal qui donna, à ma surprise, des signes de vive douleur. J'approchai des substances odorantes de son nez ; l'ammoniaque et l'acide acétique furent nettement perçus. Mais comme ces substances ont une action sur l'olfactif, je cherchai une odeur qui ne fût pas accompagnée d'action chimique aussi forte que celle de l'ammoniaque. Les chiens détestent l'odeur de la salamandre terrestre. Je mis un de ces animaux dans le voisinage des chien, qui le flaira, et donna immédiatement des signes de dégoût, reniflant et passant sa patte sur son nez. Il s'agit donc ici bien nettement d'une perception

odorante, et contrairement à Magendie, d'accord avec M.Vulpian.il faut conclure que la section du trijumeau n'abolit pas l'olfaction. Reste la douleur, mais je la crois due à la sensibilité de la partie extérieure des narines.

Le 23, je présente à cet animal du lait mélangé de quelques gouttes de sulfure de carbone, il le refuse; — quelques instants après je le vois flairer les autres chiens qui se trouvent dans le laboratoire.

Donc la section du trijumeau n'abolit pas la sensation odorante.

Du grand sympathique.

Une troisième espèce de nerfs se distribue à la membrane muqueuse, ce sont les divisions du grand sympathique, qui lui sont fournies par des rameaux venus en suivant le trajet des vaisseaux. J'ai eu l'occasion d'expérimenter l'état de la muqueuse qui est consécutif à la section de ces filets nerveux, ou plutôt de la racine, du tronc d'origine de ces filets nerveux. M. le professeur Vulpian m'a montré un chat, à poils blancs, auquel il avait enlevé le premier ganglion thoracique du côté droit. Cet animal présentait du même côté, à la suite de cette opération, les modifications vasculaires sur lesquelles a insisté Claude Bernard : son oreille était rouge par dilatation des vaisseaux et chaude, et la pupille était rétrécie et en outre on remarquait que l'orifice de ses narines coloré en rose du côté gauche, était du côté droit, exactement à partir de la ligne médiane, coloré en rouge vif avec dilatation des vaisseaux capillaires. Il n'y avait de pas troubles

nutritifs de la muqueuse, pas de coryza, mais il existait à cause du trouble vasculaire une modification de la sensibilité. J'ai introduit comparativement une sonde dans l'orifice des deux narines pour provoquer l'éternument: du côté sain, l'éternument se produisait à la suite du chatouillement, mais simple et sans signe de douleur ; du côté malade l'éternument avait lieu beaucoup plus vite, il était accompagné de signes de douleur, clignement de la paupière, et mouvement de recul de la tête. J'ai tiré de cette expérience deux conclusions : 1° Elle est confirmative de l'opinion de Cl. Bernard, qui avait remarqué que la sensibilité étail exagérée du côté ou le grand sympathique était sectionné ; 2° elle montre que les nerfs sympathiques du nerf ont leur origine très-loin dans la moelle, communément avec tous les filets qui se rendent à la face»

On peut constater sur la membrane pituitaire un effet dû au grand sympathique qui est très analogue à celui que MM. Brown-Sequard et Tholozan ont constaté pour la peau des extrémités. Si à la suite d'une congestion trop violente de la muqueuse il se produit uneépistaxis du a une paralysie vasculaire, l'épistaxis peut s'arrêter en plongeant les mains dans l'eau froide il y a là une action réflexe vaso-motrice. Les vaisseaux de la main se sont resserrés ainsi que ceux de la pituitaire. (Tholozan et Brown-Séquard. — Recherches expérimentales sur quelques-uns des effets du froid sur l'homme. Mémoire lu à la Société de Biologie en 1851 . Journal de Brown-Séquard, 1858.. t. 1, p. 497).

Béflexes provoqués par Vexcitation de la membrane

pituitaire.

Les deux ordres de nerfs peuvent provoquer des réflexes. Sous l'influence de quelques odeurs il se produit des nausées, quelquefois des vomissements. Je ne crois pas qu'une simple odeur suffise pour provoquer l'éternument. Par l'inlermédiaire du nerf trijumeau il se produit un réflexe d'une autre nature, c'est l'éternument. L'impression subite de l'air froid, le contact de poussières, le chatouillement des narines le produisent. Des corps extrêmement ténus agissent mécaniquement, ces poudres sont appelées poudres sternutatoires ; mais il en est d'autres qui paraissent agir mécaniquement d'abord, ensuite chimiquement. La vératrine, les parcelles de chaux sont dans ce dernier cas. Paul Berta étudié, d'autre part, les actions réflexes des nerfs des narines sur les mouvements respiratoires; il a constaté qu'une excitation des fosses nasales pouvait dans certains cas rappeler, dans d'autres, faire cesser les mouvements respiratoires. C'est donc par action réflexe qu'on parvient quelquefois à rappeler, par le chatouillement des narines, le mouvement respiratoire chez les asphyxiés.

Est-ce à un réflexe qu'il faut attribuer les faits sin-. guliers de perte de connaissance survenant à la suite d'une impression odorante. Enfin est-ce par un réflexe que l'odeur des femelles provoque le rut chez les animaux?

Des sinus. — Je n'insisterai pas suri'inanité des opinions anciennes dont j'ai déjà parlé plus haut. J'exa-

minerai seulement l'opinion plus récente qui a été soutenue dans une thèse ; les sinus serviraient seulement à alléger la face. Il est certain qu'ils y contribuent réellement et qu'on doit rapprocher ces excavations des os de la face communiquant avec l'air, des excavations qui se rencontrent dans les os des oiseaux, que M. Sappey et Natalis Guillot ont bien étudiés, et qui servent ici évidemment à l'allégement de l'animal ; mais il existe aussi un autre but à ces sinus : ce sont des réservoirs aériens, comme M. le professeur Béclardle fait remarquer. L'air y pénètre à chaque inspiration, et le mélange de cet air nouveau avec l'air ancien contribue de même que la vascularité de la muqueuse à établir une température constante au niveau de la tache olfactive, peut être à affaiblir l'intensité de l'action odorante; enfin c'est à cause de ces sinus que l'odeur est perçue longtemps après l'éloignement de l'objet odorant.

Dans une des expériences que j'ai faites avec M. Bochefontaine , j'ai vu d'une manière indiscutable l'air pénétrer à chaque inspiration dans ces cavités. Après avoir enlevé la paroi osseuse antérieure du sinus frontal, dans le but de leur faire la section des lobes olfactifs, j'ai mis à nu la face périostique de la muqueuse de ce sinus, et alors, regardant d'une part cette muqueuse d'autre part le thorax, j'ai observé leur soulèvement simultané, et quand l'expiration survenait, il se faisait un affaissement de la muqueuse.Il est digne de remarque que l'air peut circuler dans ces cavités malgré leur petit orifice de communication avec la cavité des fosses nasales.

La muqueuse des sinus possède la sensibilité géné-

raie. Cloquet rapporte qu'on a pu promener un stylet mousse sur la surface interne des sinus frontaux, et qu'il en est résulté une vive douleur. (Ophrésiologie, page 202).D'autre part, il rapporte que de l'air fortement imprégné de camphre injecté dans cette même cavité n'a déterminé aucune sensation olfactive, grâce à la précaution qu'on avait eue de bouclier auparavant les communications avec les fosses nasales; l'odeur du camphre se fit sentir lorsque cette communication fut rétablie. M. le professeur Richerand, dans ses Eléments de Physiologie, dit avoir observé des injections odorantes dans l'antre d'Highmore, faites par une fistule du bord alvéolaire, ne produisant aucune sensation olfactive.

L'opinion qui considérait la muqueuse des sinus comme étant le siège de l'odorat n'est pas soutenable. Les sinus ne servent pas, comme l'avait prétendu Blumenbach, à produire le mucus destiné à lubrifier les fosses nasales par la raison anatomique qu'ils ne contiennent que peu de glandes. Ils servent à la fois à donner plus de légèreté aux os et à contenir en réserve une certaine quantité d'air qui se mélange à l'air chargé d'odeurs, et à rectifier sa température en même temps qu'à modérer l'intensité des impressions.

i)e Vorgane de Jacohson. — La physiologie est tout à fait dans l'incertitude à ce sujet; je me contenterai de rappeler les opinions émises par les auteurs recommandables qui se sont occupés de cet organe. Tous sont d'avis qu'il doit être très-important à cause de sa richesse nerveuse ; tous en font un organe des sens ; mais aucun n'a fait d'expérience directe. Cuvier et

Jacobson pensaient qu'il servait à apprécier les propriétés toxiques des herbes dont se nourrissent les ruminants, et Jacobson avait de plus émis l'opinion que chez les animaux qui ont toujours les naseaux humides et froids, cet organe sécrétait le liquide entretenant l'humidité de ces parties. Mais je ferai remarquer que cet organe ne doit que bien difficilement servir à l'olfaction, à cause de la forme de son orifice dans le canal de Sténon. Cet orifice est disposé de façon à laisser écouler le contenu du réceptacle et à ne pas permettre Tintroduction des parties liquides ni de l'air dans son intérieur.

L'embryogénie nous montre que cet organe n'est pas un cornet arrêté en voie de développement, (Opinion de Gratiolet); il est plutôt un organe de transition entre l'appareil d'olfaction des vertèbres supérieures et celui des vertèbres inférieures.

Des corps qui impressionnent la membrane pituitaire.

Les corps peuvent impressionner la pituitaire mécaniquement, physiquement ou chimiquement. Les impressions mécaniques, physiques et quelques-unes résultant d'actions chimiques sont perçues parle trijumeau. Des actions chimiques qui ne sont plus perceptibles par le trijumeau impressionnent l'olfactif; mais à une certaine limite les actions chimiques des corps impressionnent à la fois les deux ordres de nerfs. Je serai bref sur le trijumeau , dont l'étude se rapproche de celle du tact qui a été faite en général par tous les physiologistes ; cependant je dois faire remarquer que la douleur se produit beaucoup plus facilement que

sur la peau; seul l'air passe sans déterminer d'impressions pénibles. Mécaniquement c'est par leur poids ou leur vitesse acquise, physiquement c'est par la chaleur, chimiquement c'est par dessiccation, par combinaison des corps avec le mucus ou les cellules épithéliales que se produit la sensation perçue par le nerf trijumeau.

Le nerf olfactif, d'après Colin, n'est pas sensible aux excitants mécaniques et les actions chimiques qu'il perçoit sont surtout celles qui s'accomplissent sans modification connue des tissus vivants, à l'exception peut-être du mucus.

En lisant les auteurs qui se sont occupés des effets produits par les corps sur la tache olfactive, on est convaincu qu'ils ont plutôt étudié la sensation produite que le corps producteur, ainsi Linné divisait les odeurs en aromatiques, fragrantes, ambrosiaques, alliacées, fétides, vireuses, nauséeuses. Consulter du reste à ce sujet l'ouvrage de Longet et celui de Al. Bain.

Sur quoi repose une semblable classification ? Sur une base tout à fait mobile, l'appréciation individuelle qui varie suivant le degré d'intelligence et suivant des qualités de la muqueuse dues à l'âge, à l'état de santé, etc. ; puisque la physique et la chimie ont fait des progrès, il faut que le médecin cherche à les utiliser.

Propriétés physiques.

L'hypothèse de vibrations des corps donnant lieu à l'impression sensorielle a été émise et Ch. Robin cite à l'appui, dans son Dictionnaire, quelques preuves, entre

autres ce fait que des corps deviennent odorants après avoir été frottés, mais sans conclure. Or si la lumière et le son résultent de vibrations, on leur trouve des propriétés que n'ont pas les odeurs. Il n'y a pas de réflexion des odeurs, pas de rayonnement. C'est une partie du corps lui-même qui doit entrer en contact avec la muqueuse; les corps odorants perdent de leurs poids en émettant des odeurs, et la perception n'a lieu qu'aux dépens de leur intégrité. Mais il faut se souvenir que les odeurs peuvent être produites par des quantités excessivement petites de corps odorant ^^^^^ ième d'acide sulfhydrique est perceptible dans l'air.

Tous les corps odorants sont volatils. Cette opinion peut être admise pour les animaux aériens, mais pour les animaux aquatiques dont l'odorat est tout aussi bien démontré, cette qualité ne présente plus d'utilité.

La chaleur, l'électricité, le frottement qui développe les deux précédents, peuvent donner aux corps des propriétés odorantes. Prévost, Liégeois ont insisté sur les mouvements gyratoires des corps odorants mis en contact avec l'eau, fait de peu d'importance. Le mélange des substances odorantes avec l'eau et le baume de copahu par exemple développe leur arôme (Piesse, Des parfums et des odeurs, 1867).

La pression atmosphérique favorise aussi leur perception mécaniquement en facilitant la pénétration des gaz odorants. Ainsi dans les cloches à plongeurs les odeurs développées par les travailleurs deviennent insupportables. La volatilité des corps n'est pas la seule condition qui suffise à expliquer leurs propriétés odorantes, puisque le mercure, par exemple, n'estpas odo-

rant. Cherchons donc dans les propriétés chimiques des corps si nous allons découvrir quelque chose.

Propriétés chimiques.

Les odeurs qui sont les plus répandues sont fournies par des corps organiques de composition très-

complexe ; jai pensé qu'avant d'aborder leur étude il fallait d'abord s'occuper des corps simples. Guidé par ce fait que l'eau développe les odeurs dans un certain nombre de cas, j'ai pensé que la présence de l'hydrogène devait jouer un rôle, et prenant les corps simples j'ai cherché leurs composés hydrogénés. Je n'ai pas tardé à constater qu'un certain nombre de ces corps simples étaient odorants par eux-mêmes et sans l'hydrogène ; j'ai même trouvé des corps composés dépourvus d'hydrogène qui étaient odorants. J'abandonnai donc cette opinion et je me tournai du côté de celle qui pensait que les corps étaient odorants à cause de la facilité avec laquelle ils se combinaient avec l'oxygène. J'ai résumé dans un tableau le résultat de ces recherches. Il faut que le lecteur prenne la peine d'y jeter les yeux.

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