DÉVELOPPEMENT DES TISSUS DE LA MUQUEUSE HUMAINE
Quand la cavité primitive des fosses nasales vient d'être formée par le creusement du bourgeon frontal, il n'existe pas encore de muqueuse nasale. Le revêtement de cette cavité n'est que le feuillet épithélial externe. Je renvoie pour sa description à ma thèse du doctorat sur la Peau de l'Homme, 1878. Sur un embryon de 2 centimètres , la muqueuse des fosses nasales n'est pas encore différenciée des tissus environnants.
Lechorion estformé d'éléments sphériques,ovalesou fusiformes dérivés du feuillet-moyen; l'épithélium est déjà modifié, il est déjà beaucoup plus épais au point où sera la tache olfactive. Il existe des vaisseaux, mais pas encore de nerfs unissant le revêtement épidermique au cerveau.
Sur l'embryon de 8 centimètres, j'ai observé que la muqueuse présente déjà un épithélium et un chorion distincts, que dans le chorion courent des vaisseaux et des nerfs.
Dès ce moment il est très-facile de voir une distinction très-évidente entre la muqueuse et le périoste, ce qui doit faire rejeter l'expression proposée pour la pituitaire de fibro-muqueuse. Une ligne de démarcation nette existe entre les deux tissus, (Voir pl. I et fig. 3.) A la partie supérieure des fosses nasales le chorion muqueux se continue avec les enveloppes du cerveau qui passent par de larges trous du cartilage ethmoïdal. On observe passant par ces trous et se rendant aux couches épithéliales de la muqueuse de gros troncs nerveux. La distribution de tous ces troncs a lieu dans la partie supérieure des fosses nasales. (Voir pl. I et fig. 3). Quoiqu'il n'appartienne pas à mon sujet de décrire l'évolution des bulbes olfactifs, je signalerai néanmoins que l'autre extrémité de ces nerfs part d'un prolongement vésiculeux de la vésicule cérébrale antérieure, prolongement qui formera le bulbe olfactif. La muqueuse est beaucoup plus épaisse au niveau de la tache olfactive que sur le plancher des fosses nasales. Elle est plus épaisse à la face inférieure des cornets qu'à leur face supérieure.
Mais cet épaississement au niveau de la région
olfactive est surtout dû à l'augmentation de hauteur des cellules épithéliales cylindriques qui couvrent le chorion de la muqueuse. L'épithélium s'amincit de moitié sur le plancher de ces cavités nasales. Il m'a été impossible de savoir si cetépithélium présentait déjà des cils vibratiles. Profondément se trouve une couche d'éléments épithéliaux plus jeunes, qui ont pour but le remplacement des précédents, et sont les analogues de ceux qui constituent dans la peau la couche génératrice dont j'ai parlé.
A l'exception de la plus grande longueur de l'épithélium la région olfactive ne se distingue encore par rien. Néanmoins déjà les nerfs olfactifs sont en contact avec les épithéliums. (Voir pl. I et fig. 4.)
Le chorion de la muqueuse est constitué par une substance amorphe transparente, au milieu de laquelle sont irrégulièrement placés des noyaux ronds de tissu lamineux, et quelques fibres fusiformes. La substance amorphe forme une couche épaisse dépourvue de noyaux sous la lame épithéliale, c'est la basement membrane. Il est facile de distinguer le chorion muqueux du périoste. Celui-ci est formé de corps fibroplastiques très-serrés et parallèles, disposition qui tranche avec la texture beaucoup plus lâche du chorion muqueux. Ensuite la muqueuse est très-vasculaire, semée de gros vaisseaux remplis de globules de sang.
Les nerfs olfactifs n'ont rien de spécial dans leur développement. Ils sont constitués par la soudure latérale de corps fusiformes très-volumineux renfermant un gros noyau et présentant un corps cellulaire très-granuleux. On peut déjà leur distinguer une enveloppe de périnèvre. Le diamètre d'une fibre ner-
veuse est 0,009, l'extrémité de ces nerfs aboutit à la couche épithéliale, perce la basement membrane, se termine par une pointe qui se perd au milieu des éléments épithéliaux.
Les glandes de la pituitaire commencent à se montrer lorsque l'embryon approche de la longueur de 18 centimètres. Elles se produisent par l'épaississement du feuillet épithélial, qui résulte d'une multiplication des éléments de la couche génératrice. Il se forme peu à peu une végétation cylindrique qui s'enfonce dans le chorion. Quelquefois après un court trajet du bourgeon, paraissent à l'extrémité profonde deux bourgeons latéraux qui montrent de suite l'espèce de glande à laquelle on a affaire. D'autres fois la glande commence par faire un long trajet vertical qui ferait croire à l'existence de glandes en tubes. Mais cet état n'est que transitoire et on ne tarde pas à constater de véritables glandes en grappes avec 7 ou 8 culs-de-sac à chaque extrémité.
Les organes se montrent chez l'embryon à l'état d'isolement et de simplicité parfaits. Ils n'ont pas la complication qui se rencontre chez l'adulte et ils permettent de devenir affirmatif sur des points qui auraient pu être douteux par l'examen d'un organe complètement développé.
LeS' glandes du fœtus sont constituées sur le modèle général des glandes, c'est-à-dire qu'on leur trouve une membrane amorphe limitante qui en est le moule, et à l'intérieur se voit disposée une couche d'épithélium cubique, sans forme encore bien spéciale.
Après que des saillies de la muqueuse ont été formées par le développement des cornets, vont apparaître
diverses dépressions. (Sappey, Anatomie descriptive, I volume, page 239.)
Les sinus ethmoïdaux sont les premiers à paraître, et un peu plus tard, vers le quatrième mois de la vie intra-utérine, apparaissent les sinus maxillaires. Ce n'est qu'après la naissance que se montreront les autres sinus, le sinus sphénoïdal sur la fin de la première année, le sinus palatin de 3 à 10 ans, le sinus frontal de 7 à 8 ans.
Ces sinus se forment tous par une sorte de raréfaction de l'os. Aussi comme le remarque M. Sappey, ces sinus augmentent-ils constamment de capacité, plus l'âge s'avance, plus l'os se creuse. Les fosses nasales proprement dites ne changent pas de capacité après leur complet développement qui a lieu de 20 à 25 ans, le canal nasal, et la dépression du canal palatin antérieur restent aussi stationnaires. Mais les sinus continuent à agrandir leur excavation.
Il semble que la muqueuse subisse un travail analogue à celui qui se passe dans l'os. Epaisse dans toute l'étendue des fosses nasales, elle s'amincit dans les cavités, et plus la cavité est grande plus la muqueuse est mince. Les glandes qu'elle contient s'étirent et se couchent pour devenir parallèles à la muqueuse au lieu de lui rester perpendiculaires. C'est sur ce fait qu'a insisté M. Sappey, dans ses communications si précises à la Société de Biologie. ( Sappey, Comptes-rendus de la Société de Biologie, 1853, IV, p. 29 et suivantes.)
Une dernière modification de la muqueuse est produite par le développement en hauteur des cavités nasales. Chez l'embryon le diamètre transversal l'emporte sur le vertical, chez l'adulte c'est le contraire.