‹ La mémoire chez convolutaChapitre 31 sur 70 · I. — Elévation de la température · texte numérisé non relu

I. — Elévation de la température

Les C. se dirigent vers la partie de la masse liquide qui est chauffée pourvu que la température n’en dépasse pas 35 degrés. Mais si tel est leur tropisme positif en présence d’une élévation de température momentanée, ou du moins à laquelle il leur reste possible de s'échapper, elles semblent au contraire profondément souffrir d’être soumises d’une manière constante à une température même intérieure à 35 degrés.

DesC., envoyées à Paris et amnésiées par le voyage, ont été placées dans une étuve chauflée à 30 degrés. Le lendemain matin, la température de l’étuve s'était élevée à 40 degrés, et toutes les C. étaient mortes. D’autres C. sont placées dans l’étuve à 30 degrés. Le lendemain à 5 heures du soir, la température étant restée constante, les C. soumises à l'expérience semblent mortes : elles ne font aucun mouvement spontané et elles ne réagissent plus aux excitations. Retirées de l’étuve et placées dans de l’eau de mer à la température ordinaire, elles ne tardent pas cependant à reprendre vie. Mais les deux tiers meurent le lendemair, et le reste trois jours après.

Si l'élévation de la température met en péril la vie même des C., il serait surprenant qu'elle n’altérât pas leur palirrimnésie. |

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

Pleine mer : minuit 54.

Des C. sont recueillies à 8 heures du soir sur la plage. Placées dans un verre, elles se répandent sur le sable et les parois, et s'accumulent contre la surface libre de l'eau.

A 8 h. 30, elles sont mises dans une étuve chauffée à 33 degrés, elles émigrent toutes sur les parois et s’entassent en majorité contre la surface libre de l’eau ; le cinquième environ s'élève même le long des parois au-dessus de l’eau comme pour fuir la température qui y règne et ne tarde pas à mourir.

9 h. 30. — L'étuve est à 31 degrés ; les deux tiers des C. sont descendus sur le sable sous l'influence iméronyctique, mais le tiers demeure sur la paroi contre la surface de l’eau.

Minuit 30. — L'étuve est à 25 degrés, et toutes les C. sont

mortes.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Les C. seront soumises à l’action de l’étuve pendant des périodes courtes et répétées, afin que l'influence nocive de : élévation de la température s'exerce moins sur leur vie même que sur les manifestations mnémoniques de leur

activité.

Premier Jour Pleine mer : 1 h. 28 du soir.

Les C. de la plage sont disparues de 11 heures du matin à 3 h. 40 du soir.

=— 144 ee

Des C., recueillies à 8 heures du matin, se répartissent, moitié sur les parois du verre, moitié sur le sable qui en garnit le fond.

A 11 heures, ilne reste plus rien sur les parois ; les C. sont moitié sur et moitié sous le sable. De midi à 1 heure : un quart seulement reste sur le sable, le reste a disparu dans la profondeur.

À 1 heure du soir, les C. sont placées dans l’étuve à 27 degrés.

À 1 h. 30, les trois quarts des C. sont sur le sable, le reste le long des parois et contre la surface de l’eau. À 2 heures, l’étuve étant à 28 degrés, la moitié des C. est sur le sable ; l’autre moitié forme, à la surface de l’eau et contre la paroi, un cercle complet, aussi épais du côté éclairé que du côté opposé à la lumière ; or le fond de l’étuve est assez obscur ; le phototactisme même des C. semble donc altéré.

Les C. sont retirées de l’étuve de 2 heures à 2 h. 30. Elles se répartissent de la façon suivante : un cinquième à la surface de l’eau du côté directement éclairé, trois cinquièmes sur le sable, un cinquième sous le sable. La palirrimnésie agit donc, mais elle est diminuée.

Les C. sont replacées dans l’étuve à 27 degrés, à 2 h. 30. Dès 2 h. 40, elles occupent la position suivante : un tiers sur le sable, deux tiers sur les parois et à la surface de l’eau, et quelques-unes même à 2 millimètres au-dessus de l’eau : elles sont disposées sur tout le pourtour du verre, aussi -nombreuses du côté opposé à la lumière que du côté directement éclairé. Elles restent ainsi réparties pendant tout le temps quelles demeurent dans l’étuve.

Les C. sont retirées de l’étuve de 4 heures à 5 heures. Dès

4h. 5, les trois quarts sont élalés sur le sable, un quart seulement reste sur la paroi directement éclairée. Mais un mouvement réascensionnel palirrimnésique se manifeste aussitôt: à 4h. 10, les deux tiers sont sur le sable, un tiers sur la paroi ; à 5 heures, un tiers Sur le sable, deux tiers sur la paroi.

Les C. sont replacées, de 5 heures à 5h. 30, dans l’étuve à 28 degrés. Il n’en reste bientôt que le cinquième sur le sable ; les quatre cinquièmes sont disposés sur tout le pourtour des parois et principalement contre la surface de l'eau.

Les C. sont retirées de l’étuve de 5 h. 30 à 6 heures. Dès 5 h. 35, elles se répartissent par moitié entre la surface du sable et la surface des parois.

À G heures du soir, les C. sont replacées dans l'étuve pour toute la nuit.

8 heures. — 29° 5 ; un tiers des C.est sur le sable, deux tiers sur tout le pourtour des parois.

10 heures. — 29 degrés; elles se partagent par moitié entre la surface du sable et des parois. Il y a comme un léger

retour offensif de l'influence dépressive de la nuit.

Deuxième jour

Pleine mer : 2 h. 2 du matin. — 2 h. 32 du soir.

> heures du matin. — 98 degrés ; les C. sont disposées comme la veille à 10 heures du soir.

5 heures. — 28 degrés ; un cinquième des C. est disposé sur la paroi contre la surface de l’eau ; toutes les autres sont sur le sable, mortes.

Les C. survivantes sont retirées de l’étuve et placées,

pendant toute la journée, contre une fenêtre : elles ne

pe 146 = présentent aucune manifestation de palirrimnésie : elles demeurent à la surface de l’eau contre la paroi directement

éclairée.

La température d’étuve de 27 à 29 degrés amène donc rapidement la mort de la plupart des C. qui y Sont placées même d’une façon non permanente. Le séjour dans l’étuve provoque un mouvement ascensionnel anti-mnémonique et une répartition périphérique indifférente à l’action phototropique du jour. Les C., qui ont été soumises pendant cinq heures à l’action intermittente de l’étuve, et pendant neuf heures à son action continue, et qui sont ensuite soustraites à celte influence, sont désor-

mais amnésiques.

TROISIÈME EXPÉRIENCE

Premier jour

Pleine mer: 3h. 3 du matin. — 3 h. 33 du soir.

Les C. de la plage sont disparues de r heure du soir à 5 h. 45.

Des C. sont apportées au laboratoire à 10 heures du matin. Elles s’étalent, moitié sur le sable, moitié sur les parois.

Les C. sont placées, à 11 h. 15 du matin, dans l’étuve à 28 degrés. À 1 heure du soir, l’étuve est à 34 degrés. Toutes les C. forment, sur toute la hauteur des parois, une gaine aussi épaisse sur la portion éclairée que sur la portion obscure.

Si elles n'avaient été soustraites, sous l'influence de la tem.

pérature de l’étuve, à la palirrimnésie, elles devraient être toutes descendues ; dans le lot-témoin, toutes les C. sont disparues sous le sable.

Les C. en expérience sont retirées de l’étuve de 1 heure àxh. 30 : les trois quarts redescendent sur le sable ; il ya reprise presque générale de l'influence mnémonique.

Elles sont placées dans l’étuve à 31 degrés, à 1 h. 30. A 3 heures, l’étuve est à 33 degrés : sur toute la hauteur et tout le pourtour des parois, les C. forment une gaine, aussi épaisse quel que soit l'éclairage, mais d'autant plus épaisse qu'elle est plus proche de la surface libre de l’eau.

Retirées de l’étuve de 3 heures à 3 h. 30, un quart d'entre elles demeure le long de la paroi directement éclairée, les autres descendent sur le sable — mouvement conforme à la loi du souvenir.

A 3 h. 30, elles sont à nouveau placées dans l'étuve à 32 degrés. A 5 heures, l'étuve est à 33 degrés, et les C. sont disposées comme à 3 heures.

Retirées de l’étuve de 5 heures à 5 h. 30, la moitié seulement d’entre elles descend sur le sable ; l’autre moitié reste contre la surface de l’eau, mais du côté directement éclairé.

Les C. sont replacées, de 5 h. 30 à 8 heures, dans l'étuve à 32 degrés : à nouveau se produit une centrifugation analogue à celle qui se manifeste dans l'obscurité complète ; un tiers des C. reste étalé sur le sable, presque tout le reste se dispose sur toute la hauteur et tout le pourtour des parois avec accumulation à la surface de l’eau ; un certain nombre de C. flotte à l’intérieur de la masse d'eau.

Les C. sont retirées de l’étuve de 8 heures à 8 h. 30.

De 8h. 30 à 10 heures, elles sont placées dans l'étuve à

32° 5. Le phénomène noté à 8 heures se produit à nouveau. De 10 heures à minuit, les C. sont retirées de l’étuve. A minuit, la moitié d’entre elles forme gaine sur la moitié infé-

rieure des parois ; l’autre moitié est étalée sur le sable.

Deuxième jour

Pleine mer : 4h. 1 du matin. — 4 h. 27 du soir.

Les C. de la plage apparaissent à partir de 6h. 10 et sont disparues de 2 heures du soir à 6 h. 40.

De minuit à 2 heures du matin, les C. sont placées dans l'étuve à 32 degrés. À 2 heures, est constaté le phénomène noté la veille à8 heures et 10 heures.

Les C. sont retirées de l’étuve, définitivement, à 2 heures du matin.

4 heures du matin. — La moitié est descendue sur le sable, l’autre moitié est restée à la partie supérieure de la paroi, La moitié des C. soumises par intermittence pendant moins de quinze heures à l’action d’une étuve chauffée entre 98 et 34 degrés est donc soustraite à la palirrimnésie.

6 heures du matin. — La moitié esten couronne à la surface de l'eau ; parmi l’autre moitié demeurée sur le sable il yaun certain nombre de C. mortes.

10 heures. — Un tiers seulement reste sur le sable ; le surplus est dispersé sur la paroi directement éclairée.

La descente commence à 1 h. 30 : la moitié est sur le sable. À 2 heures, les deux tiers. À 3 heures, les trois quarts. À 6 heures et 8 heures, les quatre cinquièmes. 11 y a donc des-

cente iméronyctique dont le début est peut-être hâté par un

dernier vestige de palirrimnésie. Dans le lot-témoin, toutes les GC. avaient disparu sous le sable à 2 h. 30. 10 h. 30 du soir : la moitié des C. est sur le sable, morte ;

l’autre moitié est, contre la paroi, à la surface de l’eau.

Troisième jour

Il en est de même à 2 heures du matin. Par conséquent, toutes les C. survivantes échappent à l’iméronyctimnésie. Nous sommes, il est vrai, pendant la nuit de pleine lune.

Mais les GC. restent ainsi à la partie supérieure de [a masse liquide pendant toute la journée qui suit, bien que la pleine mer soit à 4 h. 54 du matinet à 5h. 20 du soir. Iln’y a donc aucune trace de palirrimnésie.

La moitié seulement des C. descend de 5 h. 30 du soir à

6h. 30, sous l'influence iméronyctique.

En résumé, après avoir été soumises, pendant six fois une période moyenne de deux heures, à l’action d’une étuve chauffée entre 28 et 34 degrés, la moitié des C. n’obéit plus à l'oscillation thalassique lors de la première pleine mer, et aucune n’y obéit lors de la pleine mer suivante ; les quatre cinquièmes effectuent la descente iméronyctique le premier soir, et la moi-

tié seulement le soir suivant.

J. — Abaissement de la température

PREMIÈRE EXPÉRIENCE

La température de l’eau des C. témoins et des C. en expé-

rience est de + 17°5.

Martin 10

Le verre à expérience est entouré de glace fondante pendant quarante-cinq minutes ; la température de l’eau de mer s’abaisse à + 4 degrés ; toutes Les C. se rétugient sous le sable. Le verre étantretiré du milieu réfrigérant, quelques C. commencent, quinze minutes plus tard, à réapparaître à la surface du sable ; cette réascension dure une heure quarante-cinq minutes, Une heure trente minutes après la fin de l’étalement des C. à la surface du sable, toutes les C. du lot-témoin exécutent une oscillation palirrique régulière. Le cinquième seulement des C. qui ont subi l’abaissement de la température descend sous le sable. L'action temporaire du froid a donc, dès le premier jour, amnésié la plupart des C. Le deuxième jour, toutes les C. sont amnésiques ; elles restent étalées à la surface du sable ; il

ne se produit d'oscillation, ni palirrique, ni iméronyctique.

DEUXIÈME EXPÉRIENCE

Les GC. sont placées dans le milieu réfrigérant pendant deux heures trente minutes durant lesquelles la température de l'eau de mer varie entre 55 et 705. Toutes les C. se sont réfugiées sous le sable. Quarante-cinq minutes après avoir été retirées du milieu réfrigérant, elles commencent à reparaître à la surface ; la réascenscion s'effectue en deux heures. Mais, à la pleine mer, elles restent toutes étalés à la surface du sable. Il en est de même le lendemain. L’amnésie a été immédiate, générale et définitive : il n'y a pas eu

la moindre oscillation palirrique ou iméronyctique .

No

K. — Action des différentes lumières

Des C. amnésiées sont placées dans un flacon exposé à la lumière blanche et dans une série de flacons plongeant en un liquide coloré en rouge, jaune, vert, bleu, violet. Des planaires d’eau douce (Planaria lugubris) sont placées dans des conditions semblables. L'expérience dure vingt-huit jours. Les C. vivent trois, sept et huit jours dans la lumière rouge, neuf et dix-neuf dans la bleue, deux et vingtsix dans la jaune et la violelte, vingt-quatre dans la verte. La lumière rouge paraît donc la plus nocive, et la verte la moins nocive. Aucune planaire ne meurt. Les C. manifestent donc, à l'égard des diverses lumières, une sensibilité physiologique qui reste étrangère aux planaires.

Les C. non amnésites manifestent en outre, à l’égard des diverses lumières,une sensibilité psychologique que nous étudions dans les paragraphes suivants.

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