‹ La mémoire chez convolutaChapitre 6 sur 70 · TD · texte numérisé non relu

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jours, toutes, adaptées au milieu nouveau, obéissent seulement aux sollicitations de la lumière ; les algues vertes dont elles sont incrustées leur imposent cette sympathie pour le jour qui permet à la fonction chlorophyllienne de s’accomplir ; elles se portent sur les parois les plus claires, se groupent à la surface là où elles sont directement éclairées, et, au soir, s’entassant en l’étroite mais heureuse portion de leur nouveau domaine qui reçoit la dernière clarté et l’adieu du jour, elles y attendent qu’il renaisse. |

L’ascension des C. à la surface du sable des plages étant due à l’action de la lumière, on est amené à douter de la persistance de leur rythme oscillatoire pendant la nuit.

Le mouvement de descente dans le sable au moment du flux s’etfectue de toute nécessité puisque c’est à cette condition que les C. peuvent continuer de vivre. Mais il n’en est pas de même du mouvement d’ascension à la surface du sable que le retrait

de la mer découvre : s’il est dû à l’action de la lumière, il ne doit pas, la lumière absente, se produire.

Et en effet :

1° À plusieurs reprises, vers la fin du crépuscule, la mer étant basse, je ne constate plus la présence, sur le sable, des C. qui y étaient un peu auparavant étalées ;

20 Même constatation à 10 heures et à 11 heures du

soir ;

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3 Dans les deux cas précédents, la zone à C. avait été découverte vers la fin de l'après-midi. Les C. n'apparaissent pas davantage lorsque leur zone est découverte après la nuit venue. La pleine mer étant à 6 h. 43 du soir, les C. auraient dû être étalées sur la plage à 9 h. 45.-Je m'y rends à 10 h. 15 : je n’en trouve pas une seule. Le lendemain la mer est pleine à 5 h. 20 du soir. À 10 h. 20, les C. devraient couvrir le sable de la grève. Je m'y rends à 10 h. 30 et je n’en trouve pas trace.

Par conséquent la nuit fait disparaître les C. et les empêche d’apparaître (1).

Les C. d’ailleurs ne couvrent pas la plage dès le début du jour. La pleine mer étant à minuit 36, la basse mer à 6 h. 50, le soleil se levant à 3 h. 58, je me rends sur la plage à 5h. 15 ; je n’y trouve que quelques traces insignifiantes de C., une demi-douzaine de taches vert pâle larges comme le creux de la main.

Pour que les C. apparaissent à la surface du sable des plages et y demeurent, il faut donc trois conditions :

1° La lumière ; |

20 Qu'il n’y ait pas de chocs continus, quelle qu’en soit la nature ;

3° Que le sable reste imprégné d’eau.

1. [Il faut excepter les nuits où la lune brille d’un vif éclat. D’après Gamble et Keeble, les C. couvrent alors la surface de la plage.

CD Rs

Gamble et Keeble ont expliqué le mouvement des C. par l'influence de la lumière. Cette explication est incomplète. D’après ce qui précède, l’oscillation verticale rythmique des C. est due à deux causes :

1° La lumière qui les attire à raison de la fonction chlorophylilienne des algues dont elles sont incrustées. C'est par la dessiccation que M. Bohn expiique (1) le‘Phénomène d'émersion :les C. éviteraient,

par l'immersion, l'entrainement par les vagues, et, par l’émersion, la dessiccation. Cette interprétation ne paraîil pas justifiée : les CO. tlrouveraient aussi bien sous que sur le sable l'eau qui leur est nécessaire, et nous avons vu que c’est précisément la dessiccation de la surface de la plage qui détermine les C. à descendre prématurément dans la profondeur ;

2° Les chocs qui les font fuir en les avertissant que l’arrivée de la mer met en péril leur existence.

On peut démontrer expérimentalement l’action de ces deux facteurs : leur suppression détermine la disparition de tout rythme oscillatoire.

Si on place des C. dans l'obscurité, elles obéissent parfois, mais rarement, au souvenir d’une ou deux marées, puis elles se répandent à la périphérie du vase, comme en quête du jour, et elles y demeurent ; presque toujours, elles se disposent ainsi d'emblée,

1. Bohn. Communication à l’Académie des Sciences, 12 octobre 1903.

AE Lu Et très généralement elles ne tardent pas à mourir: soit que les algues qui vivent avec elles, vivent en symbiose et qu’elles tirent de ces algues un aliment nécessaire ; soit peut-être que la mort de ces algues, due à la privation du jour, détermine une intoxication des C. qui leur est fatale. La montée des C. vers la lumière, toutes les fois que cela leur est possible, serait donc la manifestation de leur désir de vivre, de leur instinct de conservation, de cette tendance de l'être à persévérer dans son être qui est la loi de tous les vivants.

A l'inverse, si on place les C. dans un bac à marées, la venue et le départ de l’eau, s’effectuant avec une grande lenteur, insensiblement, les laissent indifférentes : elles n’exécutent pas l’oscillation corrélative aux marées naturelles ; elles restent à la surface, baignées par le jour. Si au contraire on fait arriver l’eau avec violence pendant le temps de la marée haute, et si l’on fait cesser cette arrivée brutale de l’eau pendant le temps de la marée basse, on constate que les C. reproduisent leur rythme oscillatoire.

Donc le mouvement des C. sur la plage est dû à deux causes actuelles, la lumière et les chocs ; leur mouvement, au laboratoire, au souvenir de l’action combinée de ces deux causes ; et leur obéissance à ces deux phénomènes ou à leur image n’est que l’expression de leur instinct de conservation qui, en dernière analyse, explique le rythme de leurs oscillations.

Ho =

Ïl est désormais possible de déterminer la nature de la mémoire des C.

Puisqu'’elles vivent en colonies, on peut induire qu’elles ont conscience les unes des autres, d’où une influence de chaque individu sur les autres qui permet d'ajouter à l'explication de l’oscillation rythmique par l’action physique du milieu physique l'explication de ce même rythme oscillatoire par l’action du milieu social, par l’imitation ; on verra plus loin par quelles expériences ce facteur psychosociologique élémentaire peut être mis en évidence.

Puisque, d’autre part, les C. vivent dans un habitat d’une nature particulière et seulement là, on peut légitimement induire qu’elles en ont une représentation, qu'éloignées un peu de ce lieu elles se dirigeraient vers lui, autrement dit qu’elles ont un souvenir spatial.

Et évidemment ces souvenirs sont les souvenirs d’un état social et d’un état spatial hors lequel elles ne pourraient vivre : ces mémoires traduisent l’instinct de conservation. Mais la persistance de leur état social et leur permanence dans un certain état spatial ne sont possibles que si elles ont la crainte de la marée qui peut les séparer les unes des autres et les tirer hors de leur habitat nécessaire. Le maintien de leur mémoire sociale et de leur mémoire spatiale, dont leur vie dépend, est donc subordonné à la mémoire d’un danger périodique. La manifestation suprême de leur instinct de conservation est la mémoire d’un péril qui fait retour dans un temps

00 = donné. La mémoire de C. est donc, en dernière analyse, une mémoire temporelle.

En résumé, sur la plage, les Convolutæ roscoffenses Gr. apparaissent et disparaissent deux heures trente minutes environ après etavant mer haute. Elles sont attirées par la lumière à raison de la chlorophylle que contiennent leurs tissus. Elles fuient l'agitation de l’eau montante ou descendante qui les expose à être tirées du seul milieu où elles puissent vivre. De ces deux facteurs de leurs oscillations le choc du flux subsistant seul pendant la nuit, elles restent, durant la nuit, sous le sable. Pendant le jour, elles ne demeurent à la surface qu’autant qu’elles y trouvent un peu d’eau. Cette oscillation verticale s'impose aux C. comme la condition suprême du maintien de leur existence. L’habitude contractée de l’oscillation en relation avec le va-et-vient de la mer subsiste quelque temps lorsque les C. ont été placées dans un récipient : alors se produit le phénomène de la mémoire des marées (1), mémoire d’un danger à retour périodique, mémoire temporelle dont nqus allons étudier la manifestation.

1. V., aux documents, le graphique schématique de l’oscillation des C. en corrélation avec les marées.

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