‹ La mémoire chez convolutaChapitre 5 sur 70 · HUE · texte numérisé non relu

HUE

reprise. (était deux heures trente minutes avant l'heure de la pleine mer.

Les C. apparaissent donc, au plus tôt, deux heures dix minutes après la mer haute, et disparaissent, au plus tard, deux heures trente minutes avant que la mer ait achevé de monter. |

Cette descente des C. est la conséquence de leur antipathie pour le choc des vagues. On verra que, si elles sont placées dans un récipient, tout ébranlement dont elles sont l’objet sous l'influence d’un choc quelconque les fait immédiatement effectuer un mouvement de descente, et que la répétition prolongée de ces chocs supprime chez elles le phénomène de la mémoire des marées. Sur la plage, on peut artificiellement provoquer cette descente des C. : il suffit de frapper à petits coups, avec un caillou, le galet qui retient l’eau tranquille où les C. pullulent ; rapidement, la tache vert foncé, produite par leur accumulation, s’éclaircit, diminue d’épaisseur et d’étendue : les C. se laissent tomber au fond, sur le sable, puis elles disparaissent au-dessous ; une minute et demie à deux minutes après la cessation des chocs, elles commencent à réapparaître ; cinq à sept minutes après le début de leur réapparition, la tache primitive est reconstituée. Il semble donc bien que la disparition des C. à l'approche du flux soit due à leur préférence pour des régions plus tranquilles. Cette conclusion résulte à la fois de l'expérience précédente et de l’observation qui les

TE montre choisissant, au temps du reflux, un habitat d’eaux dormantes.

Cette « antipathie » des C. pour les chocs, cette «préférence » pour les eaux calmes n’est que l’expression subjective d’une nécessité de fait: vivre. Elle traduit leur instinct de conservation. Si les C. demeuraient à la surface du sable lorsque la mer la recouvre, elles seraient entraînées hors du lieu où elles trouvent réunies les conditions de leurexistence. En se réfugiant dans la profondeur du sable, elles ont recours à l’unique moyen de défense dont il leur soit possible de faire usage. Il leur faut s’adapter aux oscillations de la mer, ou périr.

On peut maintenant comprendre la persistance des oscillations verticales chez les C. placées dans un vase, à l'abri de la mer. Il n’est pas surprenant que les manifestations d’un sentiment aussi fort que celui de sa propre préservation survivent quelque temps aux conditions objectives qui rendaient ces manifestations nécessaires. Le péril des marées est si grand qu'ignorant sa disparition l’animal obéit au souvenir de la nécessité de se soustraire à sa menace, et, dans le cristallisoir tranquille où il est à l’abri de l'offensive de la mer, il prend aux heures accoutumées son habituel refuge. Mais, très vite, les C. s'aperçoivent que la précaution est devenue inutile: les unes s’affranchissent du rythme de prudence, le plus grand nombre en oublie l’astronomique rigueur ; bref, les infractions et les irrégularités se multiplient, tant qu'après un certain nombre de

Page 1