ALBERT, HENRIETTE
ALBERT. Quoique bien occupé cc matin, mademoiselle , me voilà prêt à vous entendre.
(11 offre une chaise b Henriette, lui fait signe de s’asseoir cl se met à son bureau.)
IIENniETTE, assise, et après un moment lie silence. Je ne sais comment m’exprimer.
ALBERT. Parlez sans crainte.
UENBIETTE. Avant tout, soyez certain, monsieur, que dans le procès qui m'amène auprès de vous , ce ti’esl imiiit un sordide intérêt qui me guide. . J’aurais préféré la misère , l'abandon. Tout ce que je désire, c’est de réhabiliter la mémoire de ma mère , c’est d’accomplir sa dernière volonté.
ALBERT. Comptez sur moi , mademoiselle.
iiENniETTB. Ma mère se nommait Rose Brizard.
ALBERT. Rose Brizard !
HENRIETTE. Elleépousafeu M. le comte de Sauvagny.
ALBERT, se levant. Il suffit, inadeinoisellc , pas un mot de plus , je connais cette affaire.
HENRIETTE , se levant aussi. De grâce, monsieur, qu’ai-je à craindre? que puis-je espérer ?
ALBERT. Je suis fàclié de ne pouvoir vous donner de conseil ; car je dois vous le dire , je suis l’avocat de votre adversaire.
HENRIETTE. Mais la cause que vous soutenez ne peut être juste , car la mienne est sacrée.
ALBERT. A vos yeux , mademoiselle , elle doit l'être, et vous remplissez un devoir qui vous honore... il m’en coûte de détruire vos illusions , cependant je ne puis vous cacher...
HENRIETTE, l’interrompant. N’acbevez pas , monsieur , je le jure sur l’honneur , la conduite de ma mère fut toujours irréprochable... elle a été mariée au comte de Sauvagny... {appuyant) au comte de Sauvagn y , mou père !
LE MAGASIN THÉATJtiL.
Am : Simple soltlat.
Je moosîeyr, son légitime enfant;
Deig nci iu*en croire , et nie mère elle-mémc ;
Sa bouche encor ra>surait en mourani»
On ne ment point à rct instant suprême !
Au monde on peut cacher, par vanité,
One faiblesse; aisément on l^ahiisc;
Mais àPaspert de son juge irrité,
Mais devant Dieu qui sait la ve'rilr.
Quand on est coupable, on s’accuse*
ALBERT. Je voudrais vous croire, iiiadeuioisclle; mais à la justice il faut plus que des paroles ; si vous aviez des preuves , quelques papiers...