JOSEPH, ALBERT
JOSEPH. Ca me fera plaisir de le revoir,
ce iM. Ferdinand ! je me rappelle le
terni où il venait chez monsieur votre père avec feu son oncle , M. le comte de ' Muvagny c’était bien le plus malin
petit diable! Des cheveux bien bouclés, un petit sabre plus grand que lui.
ALBERT. Que dis-tu?
JOSEPH. Il est vrai aue depuis vingt ans il doit être un peu changé.
ALBERT. En effet, Joseph, tu as dû connaître le comte de Sauvagny.
JOSEPH. Si je l’ai connu! il était
très-liéavec monsieur votre père, qui avait
toute sa conGance Il ne faisait jamais
rien sans le consulter., et presque tous les ans nous allions passer un mois à son château de l’Anjou.
ALBERT. Dis-moi as-tu connu aussi
de Sauvagny ?
JOSEPH. Pas précisément; attendu qu’à
cette époque , elle était déjà décédée
monsieur le comte avait celui d’clre veuf.
ALBERT. Dans ce tems-là, lu n’aurais pas enleiidu parler d’une jeune personne qui habitait chez M. le comte à titre de deiiioiselle de compagnie, de femme de charge , je ne sais trop au juste , et qu’on appelait Rose firizard?...
JOSEPH. Rose Brizard! attendez donc,
j’ai quelque idée une grande brune....
les yeux agaçans oui , oui, parbleu, je
m’en souviens parfaitement même
qu’elle avait une réputation de sagesse et de beauté....
ALRERT. Tu n’as jamais ouï dire que M. de Sauvagny l'ait épousée secrètement?
(11 VI l’aiieoir à son Immu.)
JOSEPH*. Par exemple !.... je sais bien qu’il passait pour avoir un goût très-prononcé pour les jolies filles.... mais il était un peu trop fier pour se inésallier ainsi....
ALRERT. C'est bien.
JOSEPH. Mais à propos de quoi.... monsieur m’adresse-t-il toutes ces questions?
ALBERT. Elles ont rapport à la cause que je plaide ce matin même... ce que lit viens de me dire me confirme dans mon opinion... oui, je gagnerai mon procès...
d’Ermilly sera Gère de ce nouveau succès.
JOSEPH. Quelle aimable femme vous aurez là! ... plus je la vois, plus je trouve qu’elle reœmble à votre mère.
ALBERT. Brave Joseph ! toutes les femmes que tu aimes, tu trouves qu’cllei ressemblent à ma mère.
JOSEPH. Ah! c’est qu’elle était si bonne!.
* Albert, âouph.
LE lUGàSm THÉATBAL.
Aia . Vaudeville de VAuonymt.
S'a(;iuait-il d^onf bonne œuvre k faire?
4Saui héiiler, on la voyait courir.
'roujoura au bal elle élail la première,^
Menant de front le* bienfait*, le plaisir.
Elle employait noblement sa journée, l>Vri vraiment jccrolsencor la voir,
H?cttrcr cliea Tpauvr' toute la matinée,
Et chem le riche aller danser le soir.
Eli bien ! maigre tout ça , elle avait encore des ennemis qui trouvaient qu’elle dépensait trop... on disait que votre père était faible pour cifc.
ALBERT. Il l'aimait tant.
JOSEPH. Ca, c’est vrai on amait dit
qu’il voulait , à force de soins , de prévenances, lui faire oublier qu’il avait près de
trente ans de plus qu’elle comme il
l’entourait de petites attentions! Lui si sévère pour tout le monde, si rigide pour lui-méme, il n’osait rien lui refuser ; il tremblait de lui faire de la peine., c’était comme un enfant auprès d’elle !... et puis, après tout , si clic dépensait un peu d’argent , n’était-clle pas bien excusable ?
quand une fortune vous tombe tout-àcoup sur les bras, ça vous tourne la tête. .
ALBERT. J'étais bien jeune quand ma famille fit cet héritage ; mon père ne m’a jamais dit d’oOi il nous éwit arrivé, et je n’ai rien trouvé dans ses papiers qui eût trait à cela.
JOSEPH. Ca u’a* rien d’étonnant ; votre mère était créole, c’est une fortune qui lui sera venue , comme on dit , de l’autre monde. Au surplus, elle était à elle ; elle l’a dépensée... et quoiqu’un peu entamée , il vous en reste encore une assci bonne part.
ALBERT. Pauvre mère ! je l'ai perdue bien jeune.
JOSEPH. Votre père n’a jamais pu se consoler de sa mort? ça lui a porté le dernier coup... il n'a pas tardé à la suivre.
SLnERT. Je n’oublierai jamais cet instant solennel, nous étions là tous deux —
JOSEPH. Seuls, aux pieds de son lit.
ALBERT. ” Mon fils , me dit-il , après
• m’avoir engagé à prier pour lui , si tu » arrives jamais au moment de transiger » avec ta conscience , sacrifie ta vie jiluiût
> que de céder; car, vois-tu, mon Albert,
• le remords, c’est un poison qui dévore,
> c’est une serre de vautour qui brise le « coeur d’un honnête homme. »
JOSEPH. Oh! oui, il vous a donné de
sages conseils que vour avez suivis, parce que les paroles d’un père mourant , c'est
sacré ; nous sommes restés l'i Orléans
vous avez continué la iiiciuc carrière
vous n’avez rien changé dans son cabinet...
c’est encore sa bibliothèque {muiilniiit le bureau au fond à dmiie) , voiLi le bureau devant lequel il s’est assis pendant trente ans... {tlési-gnani U seirétaiie qui est à ^m/che auprès de la chrminér) , il n’y a pas jusqu’à ce vieux secrétaire...
ALBERT. Que je me suis fait un devoir de conserver.
JOSEPH. Je ne sais pas trop pourquoi.
ALBERT. C’est un souvenir de famille...
(// se lève.) Mais j’y pense... c’est là sans doute que je dois trouver ces titres dout tout-à-l’heure je parlais à madame d'Ermilly.
(On sonne.)
JOSEPH. Diable de sonnette!.. (On sonne enrore.) Vous verrez qu’ils ne me laisseront pas le teins d’essuyer mes yeux .
(11 son.)
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