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sieurs hommes éclairés, qui voyaient dans mon projet une nouvelle occasion pour le Canadien- Français de se manifester auprès de ses co-nationaux: l’un me fesait tenir, mémoires de familles, lettres et documents rares ; un autre, vénérable historien, me transmettait la superbe lettre écrite par le missionnaire abénaquis, témoin oculaire de la sanglante tragédie qui se passait, il y a de cela plus d’un siècle, sur les rives pittoresques du lac George; c’est cette lettre même que j'ai traduite et que j'ai, entre autres pièces, soumise au public anglais, accoutumé à ne voir le massacre du Fort George que par les yeux de Fennimore Cooper, Moore, Carver et autres.
J'ai de plus en plus acquis la conviction que le plus beau livre français toute nationale que soit sa portée, ne parvient presque jamais à son adresse ; lorsque l’on veut dissiper les préjugés de nos frères d’origine saxonne, il faut leur parler un langage qu'ils entendent :
c’est ce que j'ai fait. Si je me permets ces remarques, c’est pour donner une explication que
Jon m'a paru désirer. On a demandé : pour-
quoi l’auteur des Oiseaux du Canada s’ingèret-il d'écrire dans deux langues ? La réponse : la voici. Les Maple Leaves n'auraient pas leur raiaon d’être, écrites en français. Neserait-ce pasen
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effet un peu présomptueux de ma part, si je prétendais peindre à neuf et avec succès en français les mœurs, les légendes canadiennes après MM. Chauveau, Taché, Casgrain, Lajoie, Lacombe et autres; et qui se pressera de compiler en cette langue l’histoire du Canada, en présence des travaux de MM. Garneau, Ferland, Bibaud et autres ?
Voilà les parterres émaillés, mais inconnus du public anglais, où j'ai cueilli pour lui les fleurs les plus odoriférantes de ma modeste offrande : les Maple Leaves.
J’ai dit que les préjugés les plus injustes existaient chez les Américains, relativement à la mémoire du général Montcalm: voyons maintenant sur quoi ils se fondent. Laissant de côté Fennimore Cooper, Moore et antres, examinons le compte-rendu du massacre du fort George, par un témoin oculaire : le capitaine Jonathan Carver,
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LE MASSACRE AU FORT GEORGE 9 AOÛT 1757 D'après le capit. Jonathan Carver, témoin oculaire
(Carver's Travels in N. America, p. 313)
# Le général Webb, qui commandait l’armée anglaise dans l’Amérique du Nord, alors campé au fort Edward, ayant appris que les troupes françaises, sous M. de Montcalm, étaient en mouvement vers le fort William Henry, détacha un corps d’environ 1,500 hommes, tant Anglais que Provinciaux, ponr renforcer la garnison. Je m’adjoignis comme volontaire à ce détachement et me plaçai parmi les Provinciaux.
Les eraintes du gouverneur anglais n’étaient pas sans fondement; le lendemain de notre arrivée, nous vimes le lac George {anciennement le lac St.-Sacrement), qui se trouve contigu au fort, couvert d’un nombre infini de bateaux: et dans quelques heures, nous nous aperçûmes que nous étions attaqués par le général français, qui venait de débarque à la tête de 11,000 hommes de troupes
e l’armée régulière et de Canadiens et 2,000 sauvages, Le colonel Munro, officier plein de
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bravoure, commandait dans le fort, n’ayant que 2,300 hommes, y inclus notre détachement.
Avec ces forces, il se défendit courageusement et il aurait probablement pu se maintenir, eût-il été convenablement renforcé, et Jui eût-on permis de continuer la défense.
À toutes les sommatione de se rendre que Jui fit le général français, lni offrant les termes les plus honorables, il répondit réitéremment “ qu’il se trouvait en position de repousser les attaques les plus déterminées que les assiégeants pouvaient tenter et qme s'il jugeait qu’il n’avait pas assez de monde pour défendre le fort, il pouvait en obtenir davantage de l’armée anglaise qui se trouvait dans le voisinage. ”
Mais le colonel Munro ayant donné avis au général Webb de sa situation et ayant demandé des renforts, le général lui dépêcha un courrier avec une lettre, l'informant qu’il était hors de son pouvoir de l'aider et lui ordonnant de capituler, et d’obtenir les meilleurs conditions qu’il pourrait. Cette lettre tomba aux mains du général français qui de suite dépêcha un parlementaire, pour proposer une conférence avec le gouverneur du fort.
Les deux commandants, entourés d’une garde peu nombreuse, se rencontrèrent en conséquence dans un endroit à mi-chemin des deux armées : M. de Montcalm informa alors le colonel qu’il était venu en personne pour demander
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la possession du fort, parce que ce fort appartenait au roi, son maître. Le colonel répliqua qu'il ignorait comment cela pouvait être :
qu'il ne rendrait jamais la place tant qu’il pourrait la défendre.
Le général français répondit, en remettant au colonel la missive: “ Voilà, dit-il, sur quoi je vous somme de vous rendre.” Le brave colonel n’eût pas plutôt lu la lettre, et ainsi connu l’ordre péremptoire que lui transmettait son commandant, qu'il baïissa la tête en silence et consentit avec regret à négocier.
. En considération de l’héroïque défense qui avait été faite du fort, la garnison reçut permission den sortir avec tous les honneurs de la guerre ; on devait lui fournir des voitures couvertes pour transporter les bagages au fort Edward et une garde pour la protéger contre la fureur des sauvages. Le lendemain du jour ou la capitulation fut signée, dès l’aube, la garnison entière, se composant d'à peu près 2,000 hommes outre les femmes et les enfants, fut rangée en dedans des lignes et se disposait à se mettre en marche lorsqu'un grand nombre de sauvages se rassemblèrent et commencèrent à piller. Nous crûmes d’abord qu’ils se borneraient à cela et nous les laissâmes procéder sans opposition. Au reste, nous n’avions pas les moyens de leur en faire, l’eussions-nous voulu ; car bien qu’il nous eût été permis de garder nos armes, on nous refusa le droit d’emporter de la poudre et des balles.
Notre première pensée sur leurs procédés
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dura peu: bientôt, quelques-uns d’eux se mi-
rent à attaquer nos malades et nos blessés; de sorte que ceux d’entre eux qui n'avaient pas la force de se traîner dans les rangs, reçurent sans retard, malgré leurs gémissements, le coup de grâce.
Nous nous imaginions que le tumulte cesserait ici et notre petite armée se mit en marche : mais dans [peu nous vimes la division la plus avancée reculer, et nous nous aperçûmes que nous étions entièrement environnés de sauvages. Nous attendions chaque instant Parri- .vée de la garde que les Français, par les termes de la capitulation, nous avaient promise, pour voir cesser notre effroi. Maïs aucune garde ne se montra. Les sauvages se mirent à enlever à chacun ses armes et ses habits ; et ceux de nous qui résistèrent, sentirent le poids de leurs casse-têtes. Je me trouvais par hasard dans l’arrière-garde, mais bientôt je partageai le sort de mes compagnons. Trois ou quatre sauvages me saisirent, et tandis que les uns tenaient leurs armes suspendues au-dessus de ma tôte, les autres m’eurent bientôt Ôté habit, veste, chapeau, boucles de mes souliers, sans omettre de me dérober l'argent que j'avais dans mon gousset. Comme ceci se passait près du passage qui débouchait des lignes sur la plaine, voisin d’un endroit où était postée une sentinelle française, je m’élançai vers elle, lui demandant protection : mais elle ne fit que m'appeler “un chien Anglais” et me repousser brutalement au milieu des sauvages.