‹ La mémoire et l'oubliChapitre 2 sur 92 · RUE RACINE · texte numérisé non relu

RUE RACINE

Tous droits de traduction, d'adaptation et Je reproduclion rétervéi pour tous les pays. •

Droits de Iraduclion et de reproduclion réBervés

pour louB les pa^s.

• bj Ernest Plahhariok.

Méthode suivie : l'introspection. Elle n'implique aucune doctrine métaphysique; elle consiste à accepter le fait du souvenir dans toute sa complexité, au lieu de le n'»duire à un fait biologique ou physique. Le souvenir n'est ni un phénomène d'inertie, ni un simple phénomène de fixation, ou de reproduction, ou d'intermittence, ou d'adaptation, ou d'habitude; il suppose la conscience, la notion de temps, la reconnaissance, et prend place dans l'ensemble de la vie psychologique, s'y met à son rang.

Ma méthode dans ce livre sera précisément inverse de celle qu'on a coutume de suivre, qu'on a même systématiquement adoptée et érigée en règle dans l'étude de la mémoire : je partirai de l'introspection, m'y référerai toujours et n'en sortirai guère.

Je ne me condamne pas parla aux banalités et aux redites : on est loin d'avoir épuisé les données de la conscience, entendue comme la réflexion. J'essaierai, d'autre part, d'échapper au danger du sens propre et aux préjugés du sens commun; mais j'aurai au moins l'avantage de dépister la « philosophie », engagée dans la question. En eff'et, .lorsqu'on ne paraît discuter encore que de la méthode, on a déjà fait choix d'une doctrine. C'est parce que, pour lui, la mémoire psychologique est sortie de la mémoire organique que M. Ribot estime qu'il faut d'abord étudier celle-ci; la marche ou le progrès de la connaissance doit reproduire la marche et les étapes de dévolution.

'.'jt »..' -i. O» *

« La mémoire, telle que le sens commun l'entend et que la psychologie la décrit, dit-il, loin d'être la mémoire tout entière, n'en est qu'un cas particulier, le plus élevé et le- plus complexe», lequel, «^pris en lui-même et étudié à part^ se laisse mal comprendre; elle est le dernier terme d'une longue évolution et comme une efflorescence dont les racines plongent bien avant dans la vie organique; en un mot, /a mémoire est, par essence, un fait biolofjique, par accident, un fait psychologique^, »

Ainsi sç trouve posée d'emblée la thèse à établir comme justification et raison d'être delà méthode qui / devrait servir à l'établir.

Je ne m'élève pas contre cette thèse; je dis seulement que la méthode qu'on en déduit ne s'impose point, bien plus, qu'elle pourrait être dangereuse, que M. Ribot lui-même l'a senti et s'est gardé de la suivre jusqu'au bout. En effet, si la pensée se ramène à la vie, la vie elle-même so ramène à la matière; il faut donc faire sortir la mémoire biologique d'une mémoire inorganique, comme on fait sortir la mémoire psychologique d*' la mémoire organique.

Kibot cependant ne veut pas aller jusque-là : il écarte, comme analogues sans doute, mais non point identiques ou réductibles ;'« la mémoire. 1** des faits physiques, comme la [)ropriété qu'ont les vibrations lumineuses d'être einniagasiiiées sur une feuille de papier et de persister latentes, prêtes à paraître à l'appel d'une substance révélatrice ; 2" les habitudes du monde végétal.

Mais c'est là une timidité, un scri.ipule exagéré. Pourquoi dire àla mémoire : Tu n'iiîis pas j)lusloiri

Page 1