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CHAPITRE IV

Les lois de la mémoire révélées par l'oubli Lois de Poubll ou lois de régression.

I. Loi de régression de la mémoire organisée : réduction du complexe au simple. Deux interprétatious de celte loi : physiologique, — psychologique.

Interprétation psychologique de la régression dans la mémoire organisée.

L'oubli normal ou logiquement fondé est la loi d'une mémoire qui néglige le détail et s'attache à l'essentiel. Marche normale ou logique de l'esprit dans l'oubli d'une langue. A l'ordre de révolution de la mémoire répond logiquement en sens inverse sa loi de dissolution.

Applications de la loi de l'oubli normal : 1° à la critique littéraire ; 2o à l'étude de l'aphasie.

La loi de régression de la mémoire organisée ou de l'oubli normal s'applique aux faits psychologiques dans l'ensemble et -à chacun d'eux, dans le détail (faits* intellectuels, affectifs, volontaires). Ce qu^est une mémoire vraiment organisée. Différents types d'organisation de la mémoire. Personnalité et mémoire. Autant de mémoires que de personnalités différentes.

L — Loi de régreision de la mémoire organisée : rédaction dn complexe au simple.

Suivant Télégante méthode instituée par liibot, en étudiant la dissolution de la mémoire, on découvre ou plutôt on retrouve et on vérifie les lois de sa

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formation. Tout d'abord on observe que la mémoire, à proprement parler, ne se perd pas, mais se désorganise, qu'elle n'est pas une succession d'images qui s'évanouit, mais un système d'images qui se désagrège. Notre définition de la mémoire se trouve donc par là confirmée. Notre distinction de la mémoire brute et de la mémoire organisée, si elle est juste, devra l'être aussi.

On sait que « la destruction de la mémoire suit une loi » ; mais il ne suffit pas d'énoncer, il faut interpréter cette loi. En d'autres termes, il ne suffit pas d'indiquer l'ordre de disparition des souvenirs, il faut découvrir la raison de cet ordre; il ne suffit pas de dire que, « limitée (d'abord) aux faits récents », l'amnésie « s'étend aux idées, puis aux sentiments et aux affections, et finalement aux actes » ; il faut expliquer pourquoi il en est ainsi, pourquoi « le nouveau meurt avant Tancien », pourquoi les idées s'effacent avant les sentiments et les sentiments avant les actes. Il ne suffirait même pas de généraliser cette loi, de montrer qu'elle s'applique à telle ou telle mémoire particulière, par exemple à celle des signes, le langage rationnel disparaissant avant le langage émotionnel et celui-ci avant le langage des gesrtes ; il faut encore rendre compte de ce fait général, démontrer cette loi. Si elle a un caractère expérimental, sur lequel Ribot insiste et a raison d'insister^, la loi de « régression » ne laisse pas d'avoir aussi un caractère rationnel et logique qu'il n'importe pas moins de faire ressortir.

D'abord elle semble pouvoir être établie a priori,

1. « Cette loi, dit-il, me paraît ressor/tr des faits, s'imposer comme une venté objective ». Et ailleurs : « Notre loi, tirée des faits, vérifiée par la contre-épreuve .. . » {Ouvrage cité, pp. 95,

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N'esfc-ii pas en eifet naturel de conclure de la con senratMm des états de conscience, c'est-à-dire en somme de leur vitalité à leur raison de vivre, à leur Ttlear ou importance, à quelque point de vue d'ailleurs qu OD se place pour juger cette importance : logique, psychologique, biologique ou pratique ? ftaisoDoer ainsi, c'est à peine dépasser l'expérience, c'est presque conclure ab actu ad passe, c'est poser que ce qui est est fondé à être, est légitime et « naturel » , en ce sens.

Si OQ s'interdit absolument de philosopher, si on prétend être un savant rigoureux et rester dans les limites de l'expérience, on ne laisse pas encore, dans ce cas, fût-ce à son insu et contre son gré, d'interpréter les lois de l'expérience et de leur assigner an sens. C'est ainsi que Ribot fait plus qu'énoncer, interprète à sa manière l'ordre de disparition des souvenirs lorsqu'il définit cet ordre « une régression !• du plus nouveau au plus ancien, 2° du complexe au simple, du volontaire -à l'automatique, du moins organisé au mieux organisé ». Bien plus, il rattache la loi de régression, à deux principes, Tun pliysiologique : « La dégénérescence frappe d'abord ce qui est le plus récemment formé >: ; l'autre psychologique : M Le complexe disparaît avant le simple, parce qu'il a été moins souvent répété dans ^ expérience ». D'autre part, ces principes, rcelle- Dttent distincts, il s'efforce de les ramener à lunité : En effet, si ce n'est pas eh tant que tel, mais « parce qu'il a été moins souvent répété dans l'expérience » , <iue « le complexe disparaît avant le simple », c'est donc que « le complexe » comme « le nouveau », revient au moins organisé et il n'y a plus dès lors deux lois de régression, mais une seule ; le principe psychologique invoqué n'apparaît plus que

comme une conséquence d'une loi physiologique, et l'explication biologique de Tamnésie est dès lors suffisante et complète, comme impliquant l'explication psychologique, et par suite en dispensant, la rendant inutile. La définition de l'oubli sera celle de la mémoire retournée. Or « la mémoire consiste en un processus d'organisation à degrés variables, compris entre deux limites extrêmes : l'état nouveau, l'enregistrement mécanique ». L'oubli sera donc un processus de désorganisation qui va des souvenirs les plus nouveaux* aux plus anciens, les souvenirs nouveaux n'ayant pas eu le temps de se constituer et de se consolider, les souvenirs anciens étant ou étant supposés être, au contraire, fortement organisés et fixés dans l'organisme.

Mais la loi de régression, ainsi énoncée, est trop simple. L'organisation a sans doute le temps pour condition, mais non pas pour condition suffisante, pour facteur essentiel et unique. De plus, c'est une question de savoir en quoi elle consiste et si sa forme achevée et parfaite est a l'enregistrement organique ». Tout en admettant la loi de régression et en la regardant même comme une loi capitale en psychologie, — la grande découverte de Ribot, — nous discuterons donc les termes dans lesquels on rénonce et nous montrerons qu'il faut la décomposer, pour la rendre précise et acceptable.

La loi de régression, se réduisît-elle à ceci : les souvenirs récents s'eff'acent avant les souvenirs anciens, serait déjà double ou du moins susceptible d'une double interprétation. En effet, veut-on dire que la mémoire est sous la dépendance de la nutrition et que celle-ci n'est jamais plus active que dans l'enfance, plus affaiblie et plus diminuée que dans la vieillesse, la loi de régression apparaît alors

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comme Texpression d'un fait naturel ou biologique. Entend-on au contraire que les souvenirs récents s effacent plus vite que les autres, non parce qu'ils sont plus récents (le temps ne fait rien à Taffaire), niais parce qu'ils sont insuffisamment établis, forïûés et fait-on dépendre en dernière analyse la conservation des souvenirs de leur degré d'organisation, '^ loi de conservation prend alors un caractère proprement psychologique, voire même rationnel et *ogique. Selon nous, les deux interprétations peuvent ^*^e admises ensemble comme s'appliquant à des cas différents, mais la seconde est, à nos yeux, la pius importante et nous l'étudierons en premier

^Ovis énoncerons donc ainsi la loi de régression r

^^ 'Mémoire disparaît par groupes d'images, et ces

^P^pes, faisant partie d'un système d'images, dispa-

raiss^nt eux-mêmes dans un ordre dépendant du

P^aii général de ce système. Dans chaque groupe et

ans la série des groupes, la dissolution va des

éta.îis à Tessentiel, de l'accessoire au fondamental;

^s images disparaissent donc dans l'ordre inverse

j ® ^leur importance logique, si on prend le mot

9^1 cj lie au sens le plus général et le plus large et

^ïi reconnaît une logique des sentiments et des

^^^s aussi bien que des idées.

*-^ès lors l'amnésie explique la mémoire, comme

^s x^uines font comprendre le monument; dans les

^*^Hs on retrouve les lignes de la construction.

. ^ l'ordre dans lequel les souvenirs se perdent on

^^tère celui dans lequel ils se forment, et de l'un

^^ïïime de l'autre on infère la valeur relative des

^^lériaux qui entrent dans l'édifice de la mémoire.

^'oufbli prouve le caractère négligeable de l'idée

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oubliée et le souvenir, Timportance ou la valeur d< ridée conservée.

Mais interpréter ainsi la loi de régression, lu attribuer ce sens logique, n'est-ce pas se placer ai point' de vue d'une psychologie finaliste qui jug< que l'esprit fait bien ce qu'il fait et n'est-ce pas con fondre la mémoire avec la raison ? En réalité, comm< on distingue une mémoire normale, qui procède pa choix, ou mémoire organisée, et une mémoire qu enregistre tout sans discernement, au hasard, oi mémoire brute et naturelle, on doit distinguer ui oubli normal, non pas seulement légitime, maii nécessaire, allégement heureux et intelligent de h pensée, favorable à l'organisation des souvenirs oi condition de la mémoire et un oubli regrettable e fâcheux, qui est une perte sans compensation, un( diminution pure et simple, une abolition ou désor ganisation de la pensée. Ces deux sortes d'oubli qui ne sont pas de même nature, qui ne réponden pas à la même fin, ne sont pas non plus, comme oi va voir, soumises à la même loi.

L'oubli normal, qui procède ou paraît procède] d'un choix, est le seul auquel s'applique là loi d( régression de Ribot. On peut dire que la pensée parfaite serait celle qui n'oublie rien de ce qu'elh doit retenir et ne retient rien de ce qu'elle doi oublier. Qu'une telle pensée reste un pur idéal, c'es ce qui est trop évident; on ne laisse pas cependan; de s'en rapprocher parfois. Ainsi Pascal, comme oi Ta dit déjà, prétendait n'avoir jamais oublié aucum des choses ({u'il avait jugé à propos d'apprendre e1 s'était promis de retenir. Si l'empire de la volontc sur la mémoire, poussé aussi loin, est exceptionne et rare, il est cependant ordinaire, pour ne pas dir( constant, que la mémoire s'ort^unise si bien d'elle-

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JDÔme par nn art instinctif qu'on soit fondé à croire ^ue ce qn'elle retient valait d'être retenu et ce qn'elle oublie, d'être oublié. « Notre mémoire, a dit Dfl romancier, ne s'encombre pas à la Jéirèro. Elle laisse d'elle-même échapper ce qui ne compte i»as, ce qui doit couler comme l'eau qui, entre les doigts, s'échappe. Ce qu'elle retient, nous pouvons lonj^tennps le méconnaître; un jour arrive où nous en apercevons la gravité* ». N'exagérons pas pourtant la portée de cette remarque ; elle n'est vraie (jue lli<^oriquement ou appliquée à la mémoire normale, laquelle, il est vrai, peut être présumée la plus fréquente.

V'oyons comment elle s'y applique. Soit par

exemple un récit. Nous pouvons dire que ce qu'il

reaforme d'essentiel, c'est précisément ce que nous

en r'^tenons. En effet, nous oublions d'abord los

mennes circonstances ou le détail du fait, comme le

nom 5 le costume des personnages, puis les grandes

lignes du fait, voire le fait lui-même; nous gardons

en dernier lieu une impression, c'est-à-dire un

jugement, une vue d'ensemble, un trait signiiicatif

on Une note caractéristique; cela seul reste donc

rina.lement en l'esprit qui mérite d'y rester ou

paraît le plus digne d'y rester. Du moins c'est ainsi

^^ les choses se passent chez les esprits sains et

judicieux; l'oubli n'est pour eux que Télagage des

souvenirs. Mais il est clair qu'il y a une autre sorte

d'oubli, celui-là, intégral ; tout sombre à la fois,

l'essentiel et les détails; c'est le naufrage au lieu

du sauvetage des objets précieux.

îHMis n'avons présentement en vue que l'oubli normal. On peut le définir une destruction des sou-

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