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Bergson, Matière et mémoire, p

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lement ordonnés 5 leur lien logique ou le principe li préside à leur organisation devient leur loi d'évotion ou le principe qui préside à leur restauration ; s autres ne sont pas organisés, mais assemblés au isard des circonstances et comme pris dans un éme coup de filet par Tesprit fonctionnant à un loment donné. Pour que ces derniers se réveillent, faut que l'esprit retrouve par hasard, gratuitelent en quelque sorte, Tétat où il était lors de la remière expérience, mais, s'il retrouve cet état, s'il ! revit, il rentre par là même en possession de ses )uvenirs d'alors, reparaissant brusquement, au rand complet, et se faisant aussitôt reconnaître : istauration intégrale, reconnaissance immédiate, il est le mode de régression de cette classe de souînirs. Au contraire, les souvenirs organisés peuvent î réveiller par la vertu même de leur organisation, se réveillent en effet ainsi, par degrés, méthodi- Jement, amenés les uns par les autres, se déroulant giquement comme une chaîne, bien plus, chose irieuse et paradoxale ! ils sont comme poussés les •s par les autres et il peut arriver qu'on n'en prenne ûscience, qu'on ne les reconnaisse que lorsque ir reconstitution ou recomposition est achevée : ^tauration partielle et progressive, reconnaissance û toujours initiale et immédiate, parfois finale, le est donc la loi de régression de cette seconde me de souvenirs.

Nous avons déjà remarqué plus haut qu'un des 'actères des souvenirs bruts est de se présenter is à la fois et en bloc, ce qui a fait supposer à Biques auteurs qu'ils sont aussi tous conservés et 'il ne s'en perd aucun. Or ce caractère d'une cont^ation et d'une restauration intégrales appartien- ^it précisément, selon Bergson, à la première

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catégorie de souvenirs, ceux dont « la perte est généralement brusque »>.

L'étude de Tévanouissement doane lieu à des observations analogues : cette étude, nous l'avons faite ailleurs^ ; nous ne la reprendrons pas en détail, nous en dégagerons seulement les points principaux et les conclusions.

La perte et le réveil de la conscience, et par suite de la mémoire, se produisent brusquement ou par degrés : brusquement, s'il s'agit de la mémoire entendue comme la reconnaissance j graduellement, s'il s'agit de la reproduction avec ou sans reconnaissance. '

Ainsi, en un sens, on tombe évanoui et on revjen^ à soi tout d'un coup. Montaigne décrit en ces term^pittoresques son retour à la vie après une chute c^L cheval : « Quand ma mémoire vint à s'entr'ouvrir à me représenter l'état où je m'étais trouvé en Ti :■: tant où j'avais aperçu ce cheval fondant sur mo â il me sembla que c'était un éclair qui me frapf^ Vdme de secousse et que je revenais de l'aiL monde ».

Mais, si l'acte par lequel on reconnaît ses souver:: est simple, indécomposable , la reproduction restauration en est au contraire complexe et p gressive ; on les recouvre, comme on les perd, L après l'autre, et selon l'ordre indiqué par la loi Ribot : on recouvre en premier lieu, on perd en d nier, les souvenirs qui se rapportent aux moi merits réflexes, simples réponses aux excitât sensorielles, les souvenirs-habitudes de Bergsoi

1. In Revue philosophique y d'après les cas de Mon (Essais, II, VI; ol ilousseau (Rêveries lVuh promeneui taire ^ II}.

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^ui caractérise l'évanouissement, c'est la conservation de tels souvenirs, avec le sentiment aigu qu'ils ^'appartiennent plus au sujet, qu'ils lui échappent, qu'ils n'en sont pas reamnas, Montaigne dit du langSLge qu'il tenait, évanoui : Il semble qu'il « dût partir d'une àme éveillée ; si est-ce que je n'y étais aucunement ; c'étaient des pensemens vains , en nue, qui étaient émis par les sens des yeux et des oreilles ; ils. ne venaient pas de chez moi ». Rousseau est encore plus net. Il décrit ainsi la reprise de ses sens. « Tout entier au moment présent, je ne Jne souvenais de rien, je n'avais aucune notion ^'ïstincte de mon individu, pas la moindre idée ^^ ce qui venait de m'afriver, je ne savais ni Çï^i j'étais ni où j'étais, je ne sentais ni mal ni C'^ainte ni inquiétude. Je voyais couler mon sang cora me j'aurais vu couler un ruisseau, sans songer seulement que ce sang m'appartînt en aucune sorte. »

Analysons le retour du sentiment ou de la cons-

c^^nce après l'évanouissement. Au premier moment,

^® moi est comme en dehors de ses états; il ne les

^^Connaîtpas ; il ne les identifie pas ; s'il perçoit par

exemple un son, il ne sait pas quel est ce son, si c'est

^^ déchirure d'une étoffe, ou le froissement d'une

î^uille de papier; de même, s'il a des souvenirs, il

^^ les reconnaît pas comme tels, il ne se les attribue

pas ; ce sont des états renouvelés, reproiluils, mais

qui restent en dehors de lui, qu'il ne ratlache pas à

son passé. Il a le sentiment va^ue de son existence

comme de l'existence des choses. A un degré plus

bas encore, il ne sait pas même (ju'il existe ; il agit

cependant, ou plutôt il réagi ( contre des excitations

■données, prononce des paroles, accomplit des actions

appropriées; il a aussi, si Ton veut, des souvenirs.

[.A MIMOIRK I:T L oubli

il n'a même (jue des souvenirs, si l'on donne nom aux habitudes, puisqu'il ne se conduit que se des habitudes et par habitude; mais, en un sens n'a point de souvenirs, parce qu'il n'en a pas de p sonnais et de conscients, et il est fondé à dire en sens, comme Rousseau : « Je ne me souviens rien ».

Si par souvenirs on entend, avec Ribot, les é simplement conservés et reproduits, les états réc pérés les premiers au sortir de la léthargie, à sav les états reproduits sans qu'on en ait conscien apparaissent alors comme «la base de la mémoire étant les plus anciens, les mieux fixés, les plus p fonds. Mais si par souvenirs' on entend au contrai— ceux-là seuls qu'on reconnaît parmi les états repr duits, l'homme qui sort de léthargie n'a point pr prement de souvenirs, car on ne peut appeler ain ce tumulte d'images dont il est assailli et qui ne 1^ apporte que trouble et confusion. Donc les souveni» les plus stables, les plus fortement organisés, 4es de:: niers à disparaître et les premiers à reparaître, son en un sens, les moindres souvenirs, s'ils sont mè des souvenirs. Les vrais souvenirs, les souveni complets sont ceux qui se réveillent les derniers da le retour à la conscience, à savoir les souvenirs pr cis, individuels, se rapportant à un objet détermin et que de plus le moi reconnaît, s'attribue, rêve dique pour siens.

Selon nous, l'élément essentiel et caractéristiqu du souvenir, sa forme propre est la reconnaissan ou le sentiment du déjà vu. Ce sentiment, qui e simple, indécomposable, qui naît et disparaît to d'un coup, marque, si on peut dire, le seuil de 1 mémoire ; tout ce qui est au-dessous de ce seul tout ce qui n'implique pas ce sentiment, réflexe

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mouvements automatiques secondaires, phénomènes d'habitude, est Vinfra- mémoire. Le sentiment du déjà vu est à la mémoire ce que la conscience est au fait psychologique. Le souvenir n'existe pas avant i'ètre reconnu non plus que le fait psychologique ivant d'être connu. La mémoire suppose la reconlaissance, comme le fait psychologique la consience. La reconnaissance ne s'ajoute pas seulement

ia mémoire pour la compléter ; elle la constitue, our qu'il y ait souvenir, il ne suffit pas que Tesprit >it assailli d'images provenant du passé et le reprolisant, il faut qu'il replace ces images dans la îrspective du passé ; il ne suffît pas que le mécasme de la reproduction fonctionne régulièrement, lis d'une façon mécanique et aveugle ; il faut qu'à

mécanisme s'en ajoute un autre, qui rattache au ssé du moi ses images présentes. La mémoire, îst la reprise de possession par le moi de sa vie et

ses états antérieurs, se déroulant à nouveau dans ir ordre et rétablis dans cet ordre, mis en place. Cette reprise de possession de ses états par le moi, tte rentrée en scène de la mémoire correspond à e tension cérébrale, laquelle n'existe pas au >nient du premier éveil de la conscience, au sortir

l'évanouissement. A ce moment la défaillance ^siste; il y a un relâchement de l'attention, une •blesse et comme une langueur dans Kappréhenïï des sens et dans l'exercice de toutes les fonces mentales ; c'est alors que se reproduit le 'oulement des états ou actes passés, non recon- 5 comme tels, que Ribot considère comme la inoire fondamentale et que nous nous refusons à ^6ler mémoire.

définissant la mémoire autrement que M. Ribot, ^s sommes amené aussi à concevoir autrement

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