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CHAPITRE III

L'Art de se rappeler ou d'évoquer ses souvenirs.

L'art du rappel fïst, sinon la ninémotechnie tout entière, du moins là partie essentielle de la mnémotechnie. Cet art suppose la « prénotion » du souvenir particulier qu'on cherche dans Tensemblft des souvenirs préalablement classés (Bacon). — Suivant W. James, on nt^ peut modifier sa mémoire (rétention), mais on peut la systématiser, et par là favoriser le rappel. L'association est la grande loi de la mémoire. On peut, avec une facuiti'- ^\^t rétention moyenne, accomplir des prodiges de mémoire, grâce à l'association, exemple : Darwin, Spencer. Mais l'association, le lien logique qu'on établit entre les idées, développe la mémoire tout entière, et non pas seulement le rappel. De plus le rappel ne vaut qu'en tant que volontaire : il doit être enrayé aussi souvent que stimulé, aidé; il s'agit d'évoquer tous les souvenirs utiles, mais rien que ceux-là. Comment les isoler? Il ne peut être question de rompre toutes les associations d'un souvenir donné, puisqu'il n'existe que par elles, mais seulement de briser les « associations impératives », et cela même n'est possible qu'en opposant association à association, qu'en multipliant « les liens associatifs (jui permettent, à tout propos, d'évoquer des souvenirs multiples ». En outre la recherche d'un souvenir suppose une fin, présente à l'esprit, dirigeant, orientant celte recherche; c'est cette fin, logiquement poursuivie, qui explique le succès du rappel, succès préparé par les rétlcxions antérieures, les habitudes de discipline d»^ l'esprit.

Mnémotechnie artificielle : rapports factices établis entre les idées à retenir et à évoquer. Ses inconvénients. L'esprit s'arrête trop sur le signe évocateur, ou bien oublie le sens

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de ce signe. Valeur médiocre des procédés mnémotechniques : ils ne servent pas à apprendre, ils ne servent qu'à rappeler et au plus à fixer ce qu'on sait déjà. Ils sont de simples procédés d'évocation, ce qui ôtera généralement l'envie d'y recourir.

Quelques modernes, et Bacon le premier, ont cru renouveler la mnémotechnie en la définissant Tart, non plus d'enregistrer et de conserver, mais d'évoquer les souvenirs : ce qui importerait, d'après eux, ce n'est pas tant d'avoir beaucoup appris et retenu que de savoir retrouver à propos et sur l'heure ce qu'on a appris, que d'avoir tous ses souvenirs sous la main; en d'autres termes, ils feraient consister la perfection de la mémoire moins dans la ténacité et la fidélité que dans la promptitude au rappel ; tout au moins ils jugeraient que, de ces deux qualités, la seconde est celle qu'il est le plus en notre pouvoir, pour ne pas dire la seule qu'il soit en notre pouvoir, de cultiver et de développer.

Cependant il n'est pas tout à fait exact de dire que les Anciens réduisaient la mnémonique à l'art de retenir. Aristote distingue la mémoire et la réminiscence, rapportant l'une aux sens, l'autre à l'entendement, attribuant l'une aux esprits « lents », l'autre, aux esprits « vifs et bien doués pour apprendre » et par « mémoire >» il entend la conservation, par « réminiscence » le rappel, et particulièrement le rappel volontaire. La mnémotechnie est donc, pour lui, l'art de se rappeler aussi bien, sinon plus encore, que l'art de retenir. Elle est conçue de morne par Platon qui la définit d'une façon si pittoresque et si heureuse dans le Thééttte,

Les modernes n'ont donc pas fait et ne pouvaient guère faire, sur une question si simple, une décou-

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verte proprement dite. En fait cependant ils ont été bien inspirés en signalant comme la partie essentielle de Tart mnémotechnique l'art de provoquer et d'assurer le rappel des souvenirs.

Cet art, suivant Bacon, tiendrait tout entier en deux règles : pour retrouver ses souvenirs, iL faut 1° les avoir tous préalablement classés, 2** procéder avec méthode à la recherche de Tun ou de quelquesuns d'entre eux en particulier. Ces règles pourraient elles-mêmes à la rigueur être ramenées à une seule : c'est l'ordre qu'on établit entre ses souvenirs, qui permet de les retrouver et l'ordre avec lequel on les recherche et qui fait qu'on les retrouve, ne diffère pas de celui avec lequel on les assemble et on les forme. Ce que Bacon appelle « l'ordre », c'est ce qu'on appellera après lui 1' « association ».

Bacon, avec ses préoccupations de logicien, s'est proposé de résoudre le problème suivant : Etant donné l'ensemble de nos souvenirs, comment isoler l'un d'eux, celui précisément que nous cherchons? Si nous faisions appel à tous nos souvenirs à la fois, nous nous perdrions dans « l'infini »; il nous faut limiter le champ de nos recherches et partir d'une « prénotion » ou connaissance anticipée de ce que nous voulons rappeler. « Cette prénotion est la partie essentielle de la mémoire artificielle ». Mais en quoi consiste-t-ellé? Bacon l'explique par des exemples : Si les vers sont plus faciles à apprendre (il faudrait dire : à retrouver) que la prose, c'est que, si on s'arrête sur un mot, qu'on ne se le rappelle plus, on « sait d'avance » [subest prœnotio) ce que ce mot doit être pour s'accorder avec le vers; de même, si on a des « lieux » tout préparés pour loger ou situer des « représentations », « on sait d'avance » si telle image ou « représentation » répond à tel « lieu »,

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peut y être située ^. (Bacon revient, comme on voit, à la mémoire topique des Anciens).

Ces remarques sont ingénieuses, mais le problème du rappel nous paraît mal posé. Bacon n'indique pas, à proprement parler, comment reviennent les souvenirs, mais comment, lorsqu'ils reviennent, ils sont reconnus. Au problème du rappel il substitue donc celui de la reconnaissance. Le rappel a lieu suivant les lois de l'association. Mais une même idée peut éveiller par association des idées différentes. Pounpioi réveille-t-elle telle idée plutôt que telle autre? En raison de V « intérêt » que présente pour nous l'idée évoquée, c'est-à-dire de son rapport avec nos préoccupations présentes, notre ton émotionnel. Je veux me remémorer toi fait; j'ai un point de départ et une direction; je maintiens mon attention sur l'idée dont je pars jusqu'à ce qu'elle ait épuisé sa puissance d'évocation, jusqu'à ce qu'elle ait amené le souvenir cherché et, comme je sais ce que je cherche, je reconnais ce souvenir lorsqu'il surgit.

1. « Quuni quis alitiaid revocare in memoriam conatur, si nullain proenotionem liabeat aut perceptionem ejus quod quferit, quneril certe et molitiir et liac illac disciirrit lauquam in infmilo; quod si cerlam aliquam prœnotionem habeat, statim abscinditur infliiituni et tit discursus nienibriae magis in vicino, ut veualio darnoo intra scpta. Itaque et ordo manifesto juvat memoriam : subost enim prœnotio, id quod quaerit, taie esse debere ut conveniat cum ordine. Similiter carmina facilius disciintur memoriter quam prosa : si enim hœretur in aliquo verbo, subest prœnotio taie debere esse verbum quod conveniat runi \ersu. Alque ista prœnotio est artificiaîis memoriœ pars prima : nam, in artificiali memoria, locos habemus jani anle «iigoslDS et paratos, imagines tempore, prout res postulat, confioimus: at subest prœnotio talem esse debere imagineni, «îualis aliquutenus conveniat cum luco : id quod vellicat niemoriam et aliiju») iiKsdo munit ad i-em quam quœrimus. » De diipiitiite et auymenfis scientiarum, liv. V, ch. v, 3.)

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Ainsij d'après Bacon, le rappel suppose qu'on a l'idée de la chose qu'il s'agit de rappeler. Mais alors, comme disaient les sophistes grecs, si on a l'idée de cette chose, pourquoi la cherche-t-on? et, si on ne l'a pas, comment peut-on la chercher? Ne nous embarrassons pas de ctîtte question captieuse; cherchons comment les souvenirs reparaissent, et comment nous pouvons les faire reparaître, ou du moins y aider; peut-être reconnaîtrons-nous alors que le problème est résolu autant qu'il peut l'être et qu*il n'y a pas à chercher au delà.

C'est William James qui, en raison de ses idées théoriques sur la mémoire, a été amené à donner au rappel une importance capitale au point de vue mnémotechnique; c'est donc chez lui qu'il convient d'étudier les conditions du rappel et les règles de l'art de se rappeler.

\V. James indique deux conditions d'une bonne mémoire : 1" la persistance des voies nerveuses ou traces cérébrales, 2° le nombre de ces voies. Nous pouvons suppléer à la première de ces conditions, ^ sur laquelle nous ne pouvons rien, par la seconde qui dépend de nous. Là-dessus repose toute la mnémotechnie. La mémoire a un coefficient naturel et immuable de ténacité: donc on ne la développe qu'en augmentant le nombre des associés des souvenirs. « Aucune culture ne paraît capable de modifier la rétention générale d'un individu. C'est là une qualité physiologique donnée une fois pour toutes, et qu'il ne faut jamais avoir l'espoir de changer. » Mais, si l'on ne change pas la mémoire naturelle, on peut en tirer merveilleusement parti. L'art mnémotechnique est limité, il n'est pas impuissant; mais il faut qu'il soit bien dirigé et ne sorte pas de sa voie. <( Celui qui veut améliorer sa mémoire

doit tendre uniquement à la systématiser; il doit viser à pouvoir éveiller l'association d'idées opportunes aussi méthodiquement, par exemple, que Ton cherche un ouvrage sur une bibliothèque d'après Tordre arbitraire ou logique suivant lequel elle est rangée. » Si ce n'est pas là proprement développer la mémoire, c'est l'utiliser, ce qui revient au même.

La mnémotechuie étant ainsi définie l'utilisation méthodique de la mémoire naturelle, voyons sur quels principes elle repose et quelles applications elle comporte.

Il n'existe pas de souvenirs à l'état isolé, sortes d'atomes psychiques; il n'existe qu'une trame, qu'une série ou succession de souvenirs, se dévelop])ant dans le temps et reliés entre eux suivant des rapports de causalité, de finalité, etc. Il suit de là que l'objet naturel et propre de la mémoire, ce ne sont pas tels ou tels faits, mais Vassociaiion qu'ils forment, telles ou telles idées, mais le système dont elles font partie. C'est pourquoi plus un phénomène est simple, plus il s'oublie facilement; « ceux qui présentent des caractères et des articulations multiples sont mieux retenus ». Exemples : on s souvient mieux des sentiments, associés à de représentations que des sentiments purs, noc? accompagnés d'images; on se souvient mieux des oscillations et transformations du sentiment que du sentiment lui-même ; on se souvient mieux des sensations de la vue, qui sont complexes, que des sensations organiques, qui sont simples ; on se souvient mieux enfin des rapports (jue des termes^ de la forme (jue du contenu, (lu rapport (T espace (d'où la inemorki localis) que de celui de temps, du rapport.de temps (ju(' (le celui de di/férence, de contraste^ etc.*.

l. D'après Iloffding, Psychologie, Irad. fr., pp. 184 et suiv.

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S'il en est ainsi, si « la conservation d'un souvenir est fonction du nombre de ses associations, ... le secret d'une bonne mémoire n'est que Fart d'engager le souvenir dans de multiples et diverses associations », c'est-à-dire de « le penser sous le plus grand nombre possible de rapports ». Ainsi, u de deux hommes munis d'un même coefficient de rétention naturelle et ayant exactement les mêmes expériences, celui-là aura la meilleure mémoire qui les pensera sous le plus grand nombre d'aspects et qui les systématisera dans un réseau de rapports plus serré * ».

On dirait que la mnémotechnie est conçue par W. James comme un moyen de suppléer à la mémoire naturelle, quand elle fait défaut, ou d'y remédier, quand elle est insuffisante. « Il y a, dit-il, des esprits qui sont comme la cire : tout s'y imprime au hasard et rien ne s'en efface ; d'autres font penser à la gélatine qui vibre et ne garde pas d'empreinte. » C'est pour ces derniers que la mnémotechnie a été inventée. Certes elle n'en fera jamais ces « in-folios d'humanité » qu'ont été, grâce à leur merveilleuse mémoire physiologique, « les grandes vedettes qui ont paru sur la scène du monde : un Charlemagne, un Luther, un Leibniz », mais elle leur permettra d'être « les petites plaquettes in-32que nous sommes, incapables de contenir jamais autant de texte, mais pouvant encore en contenir de l'excellent ». « Sans une mémoire physiologique extraordinaire on ne peut être sans doute un grand encyclopédiste, mais on peut encore devenir un spécialiste », et par là il faut entendre un homme qui, dans un ordre donné, scientifique, technique, professionnel, est capable d'acquérir un nombre considérable de connaissances

1. w. James, Précis de Psychologie. Cf. Causeries pèdagogigues, ch. xii.

<liversG8, de les ^Touper, de le» relier enlre elles, d'en former un syslème et par là de les retenir, La niéiiioiru d' " ii!<suciaUo]i », la n mémoire organisée » est la ressuiirce de ceux qui n'ont point celle mt'muire naturelle, que \V. James appelle encore la u mémoire sauteuse •• parce qu'au lieu d'aller pas à pas, iFune idée à une autre, elle fraticlilt les iutermt^diaire'!: <'t procède par bonds. Mais la mémoire d'association u'est-clle pas, en un sens, la plus préciensc, le rappel, c'est-à-dire l'usage et le choix des souvenirs inipurtant plus que leur possossiou ou conservation? En tout cas elle est la seule nécessaire: un Darwin, un Spencer, « dont les livres attestent une si grande mémoire des l'ails ■>, n'en ont pas eu d'antre; ils ont eu, ou du moins ils ont pu aTOir « mie faculté de rétenlion moyenne »; mais, cbei (!ux, tous les faits se firoupaient autour d'une idée centrale, l'idée d'évolution; ils en dérivaient, ils y ciiiiduisaient, ils la cunlirmaient; par là ils s'enctiainaif^iit, s'appelaient les uns les autres; ils foruiatest uuL' « grappe ■■ serrée, un système. Si ce sysIÈint' réunit une niasse imposante de faits, il faut savoir que ces l'ails ne tiennent dans la mémoire que parle lien ijui les rassemble et que « l'érudition encyclopédique ". mais spéciale, des plus grands parmi "OS savants e^t •< duiililée d'une ignorance presque aussi encyclopédique « à l'égard de tout ce qur est en deliors de leur théorie, n'entre pas dans les mailles de leur systf^inp.

'.V. .liunes nODs démontre ainsi une fois de plus le rnlc. riii>port;!iir,i; <le la méiniiirc organisée el sa siipi'i'iurili', f;n :iii sens, sur l;i mémoire nalurcllcou pli,. ■;i)l.i.-ii]iii>. 'iirrlle conipcusi', qu'elle remplace, bicii plus, diiul .■lie c?l la l'iivine ^iavante, ordonné.' et systématique. Si la mémoire se mesure, non à La

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quantité, mais a la qualité des connaissaiïces, c'està-dire à leur enchaînement, à leur valeur logique, la mémoire d'association, la seule que nous puissions nous donner, est aussi heureusement celle qu'il nous importe le plus d'avoir.

En résumé, selon W. James, au lieu que la mémoire prenne la place de Tentendement, comme trop souvent il arrive, il faut que Tentendement supplée à la mémoire ou plutôt la fonde, en soit, non pas le substitut, mais le principe. Mais en quel sens Tentendement peut-il être la base de la' mémoire? W. James ne prétend pas se passer de la mémoire physiologique; elle sera toujours nécessaire, mais sou rôle peut se simplifier et se réduire : il suffit d'une trace profonde, laissée par Timpression nerveuse initiale, pour réveiller toutes les autres traces, si légères et superficielles qu'elles soient; une cellule impressionnée, marquée pour le souvenir, impressionne par influence d'autres cellules qui, sans elle, n'eussent point gardé la trace de l'excitation première. Créer un réseau d'associations entre les, cellules nerveuses, ou un lien^ logique entre les idées, voilà donc le moyen de développer la mémoire.

Mais en quoi consiste au juste ce moyen? A préparer les voies à l'évocation des souvenirs, à multiplier les chances de rappel. Il s'agit en somme, non point de diriger l'évocation mnémonique, de la provoquer, de la faire naître, mais seulement de la rendre possible. La mnémotechnie n'est donc pas proprement et uniquement pour W. James, comme je le disais plus haut, l'art de se rappeler ; elle est Fart de se rappeler, inséparable de lart de retenir, dépendant lui-même de l'art d'apprendre. C'est à celui-ci en dernière analyse qu'il faut toujours en

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venir. En perfectionnant Fart d'apprendre, on développe et perfectionne par là même la mémoire : d'abord la conservation, ensuite et mieux encore, le rappel.

W. James écrit : on ne développe pas la mémoire en Texerçant; si on paraît la développer, c'est qu'on la discipline et on la règle. La mémoire se développe en réalité par Texercice; mais il est vrai qu'elle se développe mieux encore par la discipline et la règle, par la bonne manière ou méthode d'apprendre, et j'ajoute qu'elle se développe par là sous toutes les formes. W. James fait tort à la mnémotechnie en la réduisant à l'art de se rappeler, fondé sur l'art d'apprendre ; il ne voit pas ou semble ne pas voir que l'art ajoute aussi à la faculté de retenir, qu organiser les connaissances, c'est les fixer. Il est étrange qu'ayant si bien observé les effets de 1' « association » sur le rappel, il n'ait pas remarqué que ces effets sont les mêmes sur la conservation ou plutôt que, le rappel étant fonction de la conservation, les conditions de l'une sont aussi celles de l'autre. "

Mais W. James se trompe plus gravement encore, en faisant consister la perfection de la mémoire dans le rappel ou le pouvoir d'évocation, sans distinguer entre l'abondance et la valeur des souvenirs rappelés. Loin d'être en effet toujours avantageux, le rappel peut être un excès dangereux et la mnémotechnie a pour but de le circonscrire au moins autant que de le susciter ou de le faire naître.

Il faut distinguer deux sortes d'évocation ou rappel des souvenirs : l'une, automatique, fatale, s'imposant à l'esprit, l'autre, volontaire, procédant par sélection ou par choix. La première n'est rien moins qu'enviable : c'est la mémoire du maniaque, celle de l'écolier incapable de réciter sa leçon autrement que d'un bout à l'autre ; c'est la mémoire globale, qui ne

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se décompose pas et a pour type la récitation du chapelet ; c'est le jeu des « associations impératives » ou obsédantes. La seconde est formée d'images, sans doute aussi associées entre elles, mais qui ne forment pas un bloc, qui se laissent isoler, déplacer, qui ne se succèdent pas mécaniquement, ne se commandent pas, ne s'entraînent pas, mais se suggèrent, se sollicitent seulement et sont susceptibles d'entrer dans des combinaisons diverses. La première, raide, brutale, se mouvant tout d'une pièce, est encombrante et fâcheuse ; la seconde, souple, intelligente, vient à point, à propos. J'appelle encombrante et inutile la mémoire « de l'écolier qui sait sa table de multiplication par cœur, lorsqu'il la récite à la file », mais qui « ne peut évoquer un produit, lorsqu'il effectue une opération ». (H. Piéron).. J'appelle opportune la mémoire qui sait s'organiser, qui ne se borne pas à entasser les connaissances, qui en dresse le bilan, qui les tient prêtes pour l'usage, qui sait former d'abord mille associations diverses, et trouver ensuite, quand il faut, Tassociation utile, évoquer l'image précise, unique, qui répond aux besoins de la recherche. La mnénotechnie aura pour but de substituer ce dernier mode d'évocation au premier.

La mémoire parfaite, en effet, est celle qui peut évoquer, à chaque moment, tous les souvenirs utiles, et qui n'évoque que ceux-là : il s'agit de chasser de l'esprit tout ce qui fait obstacle à la pensée et d'y rappeler tout ce qui la sert, autrement dit, de se souvenir où il faut et d'oublier où il faut. Mais comment faire le départ des souvenirs à remettre en lumière et à laisser dans Tombre ? La question paraît logiquement insoluble. Il faudrait comparer entre eux tous les souvenirs, pour distinguer les appelés et les élus, et ceux-ci par définition doivent seuls se pré-

tenter à la pensée. D'autre part, il s'agit de réunir (les qualités de la mémoire qui s'excluent : la sûreté, la rapidité, qui ne se rencontrent que dans le mécanisme, et la souplesse, le pouvoir d-adaptation et le choix.

Au premier abord on serait tenté de dire : les sou* venirs étant associés entre eux de telle sorte qu'ils se déroulent nécessairement dans un ordre inyariable, on devra les séparer, détendre ou briser leur chaîne, en faire autant d'éléments distincts, indépendants, de sorte qu'ils puissent être évoqués chacun à part. Mais, s'il en pouvait être ainsi, s'il n'était pas contraire aux lois du rappel qu'un souvenir puisse être évoqué, qui ne se rattache à rien, puisse surgir de lui-même par une création em/ii/o, le résultat serait désastreux, car il ne s'agit pas seulement d'afTranchir un souvenir donné de ceux qui ordinairement lui font suite et avec lesquels il n'a logiquement rien à voir, mais encore de laisser à ce souvenir ses attaches naturelles, afin qu'il puisse se présenter, quand d'autres surgiront qui lui feront signe et auxquels il devra répondre. En un mot, il s'agit d'assouplir la mémoire pour la mettre au service de la pensée, mais non pas de l'ompècher d'être, en supprimant l'association qui ost sa vie même et la loi de son développement.

Le but à atteindre est de briser ce qu'on a appelé les « associations impératives », en laissant subsister ce que j'appellerai les associations libres, les premières étant telles qu'un souvenir donné déclenche tous les autres fatalement jusqu'au bout. Il faut libérer la mémoire, rafïranchir du joug insupportable (le la répétition, de l'habitude, lui donner du jeu, lui permettre de s'exercer dans des conditions autres que celles où elle s'est exercée déjà, et d'une façon adaptée aux circonstances, appropriée, intelligente.

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Mais comment cela, si on ne peut ni on ne doit dissocier purementet simplement les souvenirs ? On combattra Tassociation par l'association. On ouvrira des Voies d'association diverses : le courant nerveux pourra s'engager dans telle voie au lieu de telle autre et acquerra ainsi une indépendance relative. C'est là toute la liberté que comporte le jeu de la mémoire ou plutôt de révocation des souvenirs. On ne « libère un état mental de sa liaison avec un autre, dit très bienH.Piéron,que pour l'assujettir à un troisième ». Si A n'est associé qu'àB, il évoquera toujours et nécessairement B, mais, s'il est associé à B, G, D, etc., il n'évoquera plus nécessairement B, il pourra évoquer C ou D ; ainsi le mot livre évoquera le souvenir aussi bien d'une livre ou d'un livre et de tel ou tel livre, d'un roman ou de la Bible. Ce mot ne lie donc pas l'esprit d'une façon aussi étroite, aussi impérieuse que le commandement: fixe! lequel n'a qu'un sens et entraîne toujours immédiatement la même pensée, le même geste. Toute la différence entre rassociation impérative et l'association libre est donc que les termes associés n'ont pas de rivaux dans l'une et en ont dans l'autre. Pour dissocier les souvenirs, pour en briser l'enchaînement rigoureux, on n'en rompt pas la trame, mais on la compose de fils de plus en plus ténus et entrelacés, qui permettent d'attirer à soi dans un sens ou dans l'autre telle ou telle partie ; on multiplie « les liens associatifs qui permettent, ù tout propos, d'évoquer des souvenirs multiples » ; ce sont les interférences de ces liens associatifs qui produisent la variété des souvenirs évoqués et leur indépendance apparente.

Mais on ne songe pas et on ne doit pas songer à afifaiblir l'association des souvenirs ; cette association ne saurait être trop forte, trop rapide, trop sûre.

^ La supériorité de la mémoire, dit Piéron, nous apparaît dans une évocation sûre des souvenirs utiles à chaque moment et, de fait, un souvenir conservé est inutilisable, il est pratiquement inexistant, s'il n'apparaît point quand il est nécessaire. » Autrement dit, un souvenir ne doit apparaître que quand il estnécessaire et doit apparaître toutes les fois qu'il est nécessaire. Cependant M. Piéron n'explique pas encore assez comment on arrive à réunir les qualités d'une mémoire prompte et sûre et d'une mémoire souple et opportune ; il croit que la richesse ou la complexité des souvenirs y suffît : « Il faut pour cela, dit-il, une [)ensée, éminemment active et qui laisse chaque fois entre les éléments de l'esprit comme les fils d'une gigantesque et précieuse toile, grâce à laquelle elle peut ensuite retrouver plus facilement la route déjà suivie. » Nous croyons que ce n'est pas assez de Pentre-croisement des routes qui s'ouvrent devant la pensée pour expliquer la liberté, même relative, de celle-ci : pour que l'esprit choisisse entre ses souvenirs, il ne suffit pas qu'il les ait tous présents à la fois ou prêts à sortir, il faut qu'il ait une raison de choisir, il faut qu'il saisisse le lien de ceux qu'il évoque avec la question qui présentement l'occupe ; il ne suffit pas même que ce lien existe, il'faut qu'il s'en avise et en prenne conscience. Ce qui distingue l'évocation volontaire et sélective de l'évocation automati(jue, c'est que celle-ci suit l'impulsion aveugle d'associations inconscientes, et que celle-là surveille le cours de ses associations, le dirige, le trace. Deux hommes conversent ensemble : l'un se perd en di^^^ressions, rassemble tous ses souvenirs autour de lo ([uestion posée et les donne pêle-mêle, l'autre ne se ra{)pelle et n'évoque que ce qui a trait à cette question ; f un suit sa mémoire, l'autre la conduit.

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Le perfectionnement de la mémoire consiste à organiser ses souvenirs, à remarquer les liens qu'ils ont ou peuvent avoir entre eux ou avec d'autres états mentaux et â évoquer ensuite, une fin particulière étant posée, ceuxd'entre eux qui se rapportent à cette fin, et ceux-là seulement. Savoir, non pas sans doute d'avance ce qu'on veut se rappeler, mais en avoir déjà « ridée » et être capable de juger si ce qui se présente à l'esprit répond à ce qu'on a ainsi dans l'esprit, voilà ce que suppose le rappel volontaire, lequel est ainsi une opération logique et peut se définir le contraire du lâchage ou de l'incontinence des souvenirs, de Vignoratio elenchi.

M. Piéron appelle « une mémoire supérieure... celle où les souvenirs, considérés isolément, gardent une vivacité qui ne s'atténue que lentement, mais surtout où ils s'enchaînent par des liens extrêmement nombreux, d'autant plus forts que les évocations de certains termes par certains autres sont plus utiles; les liens de contiguïté pure ne sont jamais trop faibles par rapport aux liens de ressemblance intellectuelle qui ne sont jamais trop puissants.

Aussi, dans le progrès de la mémoire humaine, dans ce progrès qui comporte une individualisation croissante de souvenirs et un affaiblissement de leurs liens associatifs par suite de leur multiplication incessante, ce qui importe surtout, c'est cette multiplication des chaînes qui réunissent tous les souvenirs en une trame continuel

A cela je n'ai à ajouter qu'un mot, mais essentiel : il ne suffît pas que les liens associatifs se multiplient ni même que les liens logiques prédominent sur les liens de pure rencontre, comme ceux de contiguïté, il faut encore que l'esprit se rende compte

i. H. Piéron, l'Évolution de la mémoire^ liv. III, ch. r, ii, §8.

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et par là se rende maître du mécanisme de Tassociation, remploie à ses fms, le surveille et le dirige. Une mémoire prompte, sûre, opportune, qu'est-ce autre chose qu'une mémoire que l'entendement conduit ? Ce souvenir qui jaillit de votre esprit à point nommé, qui répond à votre appel, ne dites pas qu'il vous vient d'un hasard ou d'une inspiration du ciel, à moins que vous n'entendiez désigner métaphoriquement par là la logique de la situation, sentie par vous, et dictant à votre mémoire la réponse à fournir. Telle mémoire, déclarée prodigieuse, n'est souvent qu'une puissance de déduction, qu'une pénétration et une sûreté logique, méconnues. On attribue alors à la mémoire ce qui appartient à l'entendement, et l'erreur estnaturelle,tant leurs opérations se pénètrent, mais la différence du rappel involontaire, global et du rappel volontaire, opérant par choix, nous interdit de confondre des fonctions si distinctes.

La mémoire est-elle donc au service de la pensée, (4 y a-t-il un art de l'interroger, de la fouiller ? Assurément, et cet art, dont les effets sont si remax- <|uables parfois, est lui-même fort simple. Le secret (l'une bonne mémoire, retrouvant sur l'heure des souvenirs abondants et précis, c'est une pensée acti^^e, revenant sans cesse sur les idées acquises, l(îs tournant et retournant en tous sens, découvrant sans cesse entre elles des rapports nouveaux et ainsi ne pouvant jamais être prise au dépourvu dans los choses qu'elle sait, parce qu'elle y a beaucoup r(M16clii. Quelqu'un à qui on disait : Gomment faites-vous pour vous rappeler si vite, si sûrement <'t (l'uiic faron si exacte, toutes les choses, sur lesqurllrs on vous interroge, quelles qu'elles soient, répondil : D'abord vous exagt'rez, jen'aipas la faculté

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de me rappeler ainsi toutes choses et, s'il en est que je me rappelle tout de suite et bien, c'est que j'y ai souvent et beaucoup pensé, et quand on m'interroge et que j'ai l'air d'être pris à l'improvisle, je bénéficie de mes réflexions antérieures, j'en fais sans peine l'application ; c'est aussi qu'en disciplinant ma pensée, qu'en l'empêchant d'être vagabonde et "faneuse, j'ai discipliné par là même mes souvenirs; enfin j'ai, comme tout le monde, ces bonnes fortunes de la mémoire dont on me fait gratuitement honneur : à côté des souvenirs que j'évoque en les cherchant, il y a ceux qui me viennent sans que je les cherche; tout cela réuni me vaut une réputation d'heureuse mémoire, alors que j'ai seulement une mémoire cultivée et disciplinée. Ceux qui me Tenvient en auraient une pareille, s'ils avaient pris autant de peine que moi.

C'est la vérité même. Il n'y a point d'art de retenir et de se rappeler qui dispense de l'elTort d'attention ; il n'y a point « de méthode facile pour apprendre les choses difficiles » (J. de Maistre), et c'est sur l'observation ou la non-observation de ce principe que repose l'importante distinction de la mnémotechnie artificielle et décevante et de la mnémotechnie naturelle et fondée.

Etablir des rapports entre les idées ou les faits, c'est le moyen de les retenir et de les rappeler. Mais tous les rapports n'ont pas la même valeur. Il en est de si indirects, de si éloignés, de si étranges, qu'il faut se mettre l'esprit à la torture pour les découvrir. Il est vrai que leur étrangeté même fait qu'on les retient. Cependant on répugne alors à s'en servir et cette répugnance est fondée. Le signe mnémonique 'retient dans ce cas la plus grande part de

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Tattention qui devrait se porter toute sur Tidée. L'accessoire : ce qui ne sert qu'à rappeler, devient le principal : la chose qu'on^se rappelle. C'est le défaut des trucs mnémotechniques trop ingénieux. Ainsi cette phrase : « Un jour que j'avais une soif de lionne^ je vis à quoi Veau sert; en homme de sens^ j'y joigni.s un peu de sucre et je dis : Tonnerre^ avalons ! » est sans doute plus aisée à retenir que les noms géographiques qu'elle rassemble, mais elle ne devrait servir qu'à retenir ces noms, et elle fait trop penser à une histoire niaise. Même remarque sur le vers célèbre de Lancelot :

àiJLiç, pot qu'en chambre on demande.

L'élégante et poétique inversion : « pot qu'en chambre on demande » fait vraiment trop ma joie ; je m'y arrête plus que de raison, et pas assez sur

àtxiç.

Le signe mnémonique doit être tel que l'esprit lut accorde le minimum d'attention et passe aussitôt à l'idée à évoquer. C'est ce qui arrive toujours dans le cas des signes naturels, jamais, dans celui des signes artificiels. Ainsi la fumée rappelle immédiatement le feu ; elle le rappelle si bien, si naturellement et si vite, qu'on ne sépare pas les deux phénomènes^ qu'on croit les percevoir ensemble ou l'un dans l'autre. Au contraire, quand une convention seule lie deux idées, il faut avoir cette convention présente à l'esprit et l'interpréter : l'évocation, dans ce cas, ne saurait être évidemment aussi prompte. En outre deux incoiivénioiils se produisent : ou Ton oublie la convention ou l'on y pense trop. Ou l'on a dans l'esprit uiuy formule mnémotechnique, mais l'on n'en sait [)lus le sens et Tusage, ou l'on ne pense qu'au rapport artiliciollement établi entre deux idées, on.

l'art de se rappeler ou d'évoquer ses souvenirs 333

le trouve ingénieux ou ridicule, on s'y arrête, on s'en amuse et on oublie de s'en servir : le but est manqué dans les deux cas. Je ne parle pas d'un autre inconvénient, celui d'associer l'idée à retenir à une autre idée, avec laquelle elle n'a logiquement rien à voir, bien plus, par laquelle elle se trouve défigurée et travestie. Ainsi j'ai retenu cette phrase biblique : « Il dompte les superbes, rassure les timides et ramène les égarés » pour l'avoir vue appliquée... au « corset ». Il est vraiment fâcheux que ma mémoire lui ait donné un voisinage aussi compromettant. C'est là, au degré près, l'inconvénient de tous les procédés mnémotechniques artificiels, calembours et autres.

Gela suffirait à les condamner, quelle qu'en soit la forme, savante ou vulgaire, qu'il s'agisse des procédés topologiques des Anciens, de la méthode alphabétique des modernes (Aimé Paris), ou des trucs courants. Mais une simple remarque ùtera peut être l'envie d'y recourir. On croit généralement que ces procédés sont des moyens d'apprendre; ils sont seulement des moyens de fixer ce qu'on a appris. Les mémentos sont faits pour ceux qui ont à se souvenir, et non pas pour ceux qui auraient à apprendre ce qu'ils résument. De même les vers, les formules mnémoniques ne peuvent être retenus que de ceux qui possèdent déjà les notions exprimées par ces vers et ces formules. Sully-Prudhomme a mis en vers les théories scientifiques, les systèmes philosophiques ; cette poésie laborieuse n'est lisible que pour ceux qui ont la connaissance de ces théories et de ces systèmes ; elle ne saurait initier personne à une telle connaissance, encore moins la remplacer. D'une façon générale, ceux-là seuls prennent plaisir à apprendre des vers mnémoniques' et seront

capables de les retenir, qui y trouveront l'expression de leurs connaissances antérieures. Ainsi les chimistes seuls goûteront et sauront la formule poétique de la préparation de l'hydrogène, les logiciens seuls, les vers latins qui énoncent les règles du syllogisme ou indiquent les modes de chacune des ûgures du syllogisme. Ces vers, les derniers surtout, si laborieusement, mais si ingénieusement construits, si pleins de sens pour Tinitié, seront, pour les autres, simplement ridicules et justiOeront Tétymologie qui fait venir « baroque » de « baroco ».

Dès lors nous n'avons pas à redouter l'abus de la mnémotechnie artificielle, puisque l'usage d'une telle mnémotechnie n'est heureusement à la portée que de ceux qui veulent bien préalablement s'astreindre à une connaissance rationnelle des choses soumises à cette mnémotechnie. Autrement dit, les procédés mnémotechniques sont uniquement des moyens d'évoquer les connaissances acquises, ne sont aucunement des moyens d'acquérir des connaissances. Les définir ainsi, c'est les réhabiliter sans doute, mais c'est aussi les discréditer auprès de ceux qui peut-être en attendaient plus, car l'art charlatanesquea pour complices les crédules, entendant par là ceux qui veulent être trompés.

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