Millot, cité par Germery, la Mémoire, p
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pouvoir de 1 esprit sur ses images mnémoniques, dans lequel réside le rappel véritable ou proprement dit. Donc tous les excitants sont nuisibles, à différents degrés, de différentes manières, en ce qui concerne la mémoire, quelles que soient ses opérations.
L'hygiène de la mémoire n'est pas uniquement préventive. Elle indique les moyens, non pas seulement de préserv^er la mémoire, mais de la développer. II y a des lois naturelles du fonctionnement de la mémoire, par l'observation desquelles on ne dépassera pas sans doute, mais on se proposera d'atteindre ces limites, variables selon les espèces et, dans chaque espèce, selon les individus, que la nature a assignées à la mémoire, entendue comme pouvoir de fixation.
Telle est la loi dite de u maturation ». Rarement lin fait mental se Vixe d'emblée dans l'esprit ; presque toujours, pour être retenu, il a besoin (1 être répété. Le nombre de répétitions qu'exige la formation d'un souvenir varie, suivant que les répétitions se succèdent sans interruption ou par intervalles et suivant que les intervalles eux-mêmes sont plus ou moins espacés. Il y a avantage à ménager l'ellort de mémoire, à le décomposer. Le progrès (l'acquisition n'est pas continu ; il est utile, même nécessaire, de laisser prendre à l'esprit des temps de repos.
Ainsi soit à « apprendre définitivement une série de syllabes déjà lues un certain nombre de fois. Des moyennes montrent qu'après 30 répétitions, en un jour, il fallait 6,5 répétitions pour apprendre compiôlemonl la série de syllabes et 5,5 seulement. apivs 10 répiMitions par jour, pendant trois jours ». Los laits ol>s»*rv(vs so comprcMinent aisément. « Les pj'occssiis (le fixation exigent un certain temps »> :
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il convient d' « attendre le plein achèvement du premier processus pour en provoquer un second » . De plus, chaque processus, pris isolément, doit être répété et les répétitions les plus favorables sont celles qui se produisent, non immédiatement Tune après Tautre, mais à intervalles suf'Qsamment éloignés. La raison en est
qu'une action déclenchée dans le système nerveux persiste après la cessation de l'action excitatrice et n'atteint même son maximum qu'un certain temps après; le phénomène peut se représenter par une courbe semblable aux courbes bien connues de la contraction musculaire, avec période d'établissement, période d'état et période d'amortissement.
Dès lors, si une excitation nouvelle vient déclencher une nouvelle réaction, supposée d'intensité égale à la première, trois cas peuvent se présenter : ou bien le point de départ de la réaction se trouvera placé sur un point de la période d'établissement de la courbe, ou sur le sommet correspondant à la période d'état, ou enfin sur un point de la période d'amortissement.
Dès lors le renforcement de la réaction se trouvera d'autant plus grand que le point de départ sera plus proche du sommet de la courbe, d'autant moindre que le point de départ anticipera davantage sur ce sommet ou retardera davantage.
La répétition s'accomplit dans les conditions les meilleures, lorsque « l'intervalle entre les acquisitions successives se rapproche davantage de la durée de la période d'établissement : lorsque l'intervalle entre le début des deux actes d'acquisition est égal à la durée de cette période, on obtient le maximum d'effet ; c'est là l'intervalle optimum au-dessous et au-dessus duquel les effets utiles des répétitions successives sont moindres* ».
Il y a ainsi, pour chaque sujet, selon le genre
1. H. Piéron, V Évolution de la mémoire, liv. HT, ch. ii, § 5.
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d'étude ou de travail à fournir, un « intervalle optimum » entre les répétitions nécessaires, difficile sans doute à déterminer^, qu'il serait pratiquement fort utile de connaître.
Tout au moins doit-on savoir qu'on ne gagne rien à vouloir hâter l'éclosion naturelle du souvenir. La fatigue vient qui empêche tout progrès et ne permet pas d'acquisition durable. Au contraire, le repos, à lui seul, produit des effets merveilleux. Non seulement « tout progrès nécessite une certaine maturation avant que d'autres puissent survenir », dit Piéron, mais encore « Bourdon a noté qu'après des intervalles de vingt à trente jours il se trouvait surpris des progrès effectués en l'absence de tout exercice nouveau, les exercices anciens n'avant achevé que dans cette période de temps l'organisation définitive de leurs acquisitions, de leurs traces de mémoire ». Chacun sait d'ailleurs par son expérience personnelle que la mémoire vient, comme la fortune, en dormant : on débrouille une leçon le soir en se couchant; le lendemain, au réveil, on la sait. La «< maturation » entraîne donc « ce résultat paradoxal qu'un souvenir paraisse mieux acquis sans répétition ultiTieurc, après un certain temps de repos, qu'aussitôt fait le dernier effort d'acquisition. Ainsi s'expliquent encore les faits suivants : pendant longtemps on s'acharne à nager, à pédaler, à jouer un morceau de piano, sans acquérir le mécanisme; puis on se dépite, on lâche la partie ; des semaines après on recommence et on s'étonne de savoir ce qu'on avait désespéré d'apprendre. La mémoire (si
1. Qiiel(iuos-iins le décoiivrent empiriquement, par tàtonneiiK^nl, (lo là leur succès. D'après lUérou [ouvrage cité, p. 248), Uobert-lloïKliu a ct)uuu la loi de maturation et en cite des cxomplos.