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EN PRÉPARATION

Le système nerveux: Introduction à la Psychologie Expérimentale.

L'Intelligence.

La mémoii-e, la plus précieuse peut-être des facultés de rionirae, puisqu'elle lui permet de convertir ses aptitudes passagères en capacités définitives, la mémoire, nous est inconnue dans son essence. Ce n'est pas que les savants et les penseurs aient négligé de l'étudier. D'innombrables travaux se sont accumulés sur cette matière depuis les origines de la Philosophie jusqu'à ce jour.

Chsz les Psychologues contemporains, la théorie de la mémoire revêt trois formes principales.

Une première école [Volkmann, Lnys, Bichet etc. etc.) veut que l'image cérébrale demeure intacte pendant toute la vie de l'individu; qu'elle subsiste à l'état de modification psychique inconsciente; qu'elle ne s'efface pas pour renaître dans une circonstance donnée, mais que la conscience, à de certans moments, l'éclairé et la fait saillir de l'ombre où elle était cachée.

Quelle est la nature de cette indélébile modification cérébrale? — Les avis diffèrent.

Elle est due, dit Luys, à une sorte de phosphorescence organique.

„ Cette curieuse propriété que possèdent les substances „ organiques de pouvoir' conserver, pendant un temps plus „ou moias long, une sorte de prolongation des éléments „qui les ont tout d'abord mis en mouvement, se retrouve, „sous des formes nouvelles, avec des apparences appropriées, „il est vrai, mais calquées et similaires, dans l'étude des ,, phénomènes dynamiques de la vie des éléments nerveux. „Eux aussi sont capables de vibrer et ri 'emmagasiner des „ impressions extérieures, de persister pendant un certain „temps, comme dans une sorte de catalepsie passagère, dans „rétat vibratoire où ils ont été incidemment placés, et de

„ taire revivre à distance les impressions preiiiières.'") Pour Kicliet l'image cérébrale est une irritation indéliniment persistante dans la cellule corticale. Un muscle excité se œntracte, puis revient à son état premier. Une cellule cérébrale excitée une seule fois, garde pendant toute la vie rirritation produite par le stimulant. „ Quelle collection „ incomparable de faits, d'idées, de mots, d'images est en- „fermée dans notre petite boîte cninionne! Quelle puissance ,, alors i3€ut s'en dégager par la combinaison et Tassoeiation „de ces images! On s'étonne parfois des propriétés nier- ,, veilleuses que certains psychologues assignent à la pensée „humaine; mais cette fixation indéfinie de toutes les images „anciennes n'est elle pas un phénomène plus merveilleux ,, encore? "2) Toutes les théories qui s'efforcent d'expliquer la faculté rétentive en admettant la persistance indéfinie des images cérébrales comme telles, tombent sous cette critique fort juste de Sergi:

„Mais d'abord je veux dire les raisons principales pour „ lesquelles les doctrines de l'école herbartienne, de Luys, „de Bain, comme toute doctrine qui admettrait la persistance „des impressions, ne me semblent pas acceptables. Que „les éléments nerveux aient la propriété de persister pendant „quelque temps dans l'excitation, c'est ce que je ne puis „nier, c'est un fait assez clair et que prouvent les images „qui se forment sur la rétine entre autres, et certaines im- „pressions auditives. De là il est encore facile de conclure „que les éléments centraux ont, comme les éléments péri- „phériques, cette même propriété rétentive. Mais cette per- „sistance est relativement de ])eu de durée, dans les organes „sensoriels, et si elle était de plus longue durée, elle finirait „par épuiser totalement les éléments nerveux, et il ne pourrait „plus se produire d'autre excitation sensitive, ou l)ien cette

1) Luys. Les fonctions du cerveau \). 100.

2) Richet. Origine ot modalité de la mémoire. J\<>vu«' l'hilosophifjue 188G.

,, excitation serait tellement troublée qu'il ne pourrait y avoir „de perception distincte, comme on le voit par les images .,rétinicj[ues accidentelles quand on regarde un autre objet. „D'ailleurs quelle est la durée d'une impression sur la rétine; ,, pourquoi voudrait -on admettre dans le centre psychique „une excitation d'une durée plus longue, même continuelle „et constante? On sait qu'un état d'excitation produit une ,, dépense et par suite un épuisement dans les éléments ,,nerveux. Nous aurions donc au bout d'une longue période „de la vie, un cerveau entièrement en excitation, avec des „ différences de degré peu sensibles, par suite une dépense ,, considérable d'éléments, que tout l'afflux sanguin ne suffi- „rait pas à réparer."^)

Une deuxième théorie, professée par un grand nombre de Psychologues (M. M. Maudsleij, Bibot, Belbœuf etc.) explique la mémoire par la persistance dans les cellules cérébrales de résidus, de traces.

„I1 est impossible, dit M"" Eibot, de dire en quoi con- „siste cette modification, ni le microscope, ni les réactifs, „ni l'histologie, ni l'histochimie ne peuvent nous l'apprendre, „mais les faits et le raisonnement nous démontrent qu'elle „a lieu."-) et M'' Delbœuf: „Une première impression laisse „une empreinte qui va en s'effaçant, mais ne disparaît „jamais. C'est là une remarque de la plus haute importance „et que les faits viennent confirmer." 3) et plus loin: „La „résistance vaincue, la force interne étant mise en équilibre „avec la force externe, il y a eu des forces moléculaires, „ sinon détruites du moins affaiblies. Or, toute impression „laisse, on l'a vu une certaine trace ineffaçable, c'est-à-dire „que les molécules une fois arrangées autrement, ou forcées „de vibrer d'une autre façon, ne se remettront plus exacte- „ment dans l'état primitif." "i)

1) Sergi. La Psychologie Physiologique, trad. française, ji. 259.

2) Ribot. Maladies de la mémoire.

3) Delbœuf. Théorie générale de la seusibilitr p. 28.

4) Delbœuf. ibid. p. 60.

Citons encore Hering: „Dics zeigt uns in schlagender „\Yeise, dass, wenn auch die bewusste Emplindung und .,Walirnehmung bereits langst verloschen ist, docli in unse- „rem Nervousysteme eine matérielle Spur zurûckbleibt, eine .,Veràuderung des molecularen oder atomistisclien Gefiiges, „diirch welclie die Nervensubstanz befahigt wird, jene phy- „sischen Processe zu reproduciren, mit denen zugleicli der „entsprechende psychische Process, d. h. die Empfindung „iind Wahrnehmung gesetzt ist."^)

Enfin, quelques penseurs (M. ^L Wundt et Senji et aussi jusqu'à un certain point M. M. Ribot et Delbœuf) expliquent la faculté de la mémoire par une certaine adaptation de l'appareil nerveux, adaptation résultant de l'exercice: „Les excitations externes, dit M. Sergi, ne sont pas „au premier moment, aptes à donner une sensation définie „ comme on l'a déjà montré par l'exemple des nouveaux „nés; il faut non seulement qu'elles se répètent, mais que „les éléments sensibles des centres et de la périphérie „s'ac?apifew^ aux excitations mêmes." 2) et M. AVundt: „ Chaque „ élément est d'autant plus apte à la fonction déterminée, ,,que plus souvent les conditions extérieures l'ont obligé à „exercer cette fonction." 3) et plus loin: „Sous le rapport „ physique, le fondement ou base de la mémoire doit donc ,,etre cherché dans les modifications de l'irritabilité, qui „facilitent le retour ou réapparition de processus d'excitation „ ayant déjà existé, et provoquant de cette manière les phé- „nomènes de l'exercice." *)

Citons encore M. Ribot: ,,La mémoire organique ne „suppose pas seulement une modification dos éléments ner- „veux, mais la formation entre eux d'assoiiat lotis déterminées ,^])Our chaque événement particulier, l'établissement de cer- „tainesas50C•^a^/o^^.s• dynamiques qui par la répétition deviennent

1) Hering. Uebor das Gediichtniss p. 8.

2) Sergi. Psychologie Pliysiologique j». 2.09.

'i) "NVundt. Psychologie Physiologique 1. 1 p. 2.02. 4) AVimdt. ibid. t. U p. 260.

„ aussi stables que les connexions anatomiques primitives. „A nos yeux, ce qui importe, comme base de la mémoire, „ce ji'est pas seulement la modification imprimée à chaque „ élément, mais la manière dont plusieurs éléments se groupent ,,pour former un complexus." ^)

Au fond malgré ce que dit Sergi^) les deux dernières théories peuvent se confondre. La trace laissée dans l'élément nerveux détermine la disposition.

„ Quand nous disons, écrit Maudsley, une trace, un „vestige ou un résidu, tout ce que nous voulons dire c'est „ qu'il reste dans l'élément organisme un certain effet, un ^^quelque chose qu'il retient et qui \q prédispose à fonctionner „de nouveau de la même manière."^)

Ce quelque chose qu'est ce? „ C'est, dit M'' Delbœuf, „une modification dans l'équilibre des molécules: „Le résidu „de l'action extérieure consiste donc simplement en un nouvel „an-angement imposé aux molécules."'^)

Cette hypothèse du savant professeur de Liège nous allons la reprendre en essayant de la mettre en lumière d'une manière nouvelle.

Après avoir expliqué rapidement la nature des modifications cérébrales que la mémoire peut conserver nous verrons à quelles conditions la trace d'une pareille modification peut se fixer dans le cerveau, quelles lois président à la reproduction de l'image, comment l'intelligence reconnaît et localise dans le temps un phénomène psychique qui reparaît. JN'ous terminerons ce court essai par une esquisse de la Physiologie, de la Pathologie et de l'hygiène de la faculté rétentive envisagées au point de vue de la trace disposition.

1) Eibot. Maladies de la mémoire }). 17.

2) Sergi opus cit. p. 258.

3) Ribot op. cit.

4) Delbœuf. Le sommeil et les rêves p. 144.

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