I. Les Images cérébrales
ïuut le contenu de la conscience est constitué par deux espèces de modifications.
Les unes sont intellectuelles: ce sont les abstractions, les jugements, les raisonnements, les volitions. Les autres sont sensibles, telles sont les images cérébrales. Par images cérébrales nous entendons comme la plupart des Psychologues les représentations des choses avec leurs propriétés et leurs modifications sensibles.
Les images cérébrales peuvent apparaître seules. Les idées abstraites, les jugements ne se produisent jamais sans être accompagnés d'images qui peuvent d'ailleurs n'avoir avec eux qu'un lien purement occasionnel.
L'image ou la représentation mentale que nous appelons: rouge, mi, sol, lourd, grand etc. Sous quelle forme se montre -t- elle dans le cerveau?
Sous la forme d'un mouvement moléculaire.
L'image rouge, hleu, lourd, chaud se produit dans la conscience, lorsque certaines cellules de l'écorce du cerveau sont animées d'un mouvement particulier, de forme ou d'allure difl'érente pour chaque image psychiquement discernable.
D'où viennent ces mouvements si multiples et si infiniment variés?
Pour nous en i-endre compte, remontons aux sensations. Un son lointain que j'entends, résulte du mouvement vibratoire des molécules d'une cloche qui sonne. Ce mouvement a traversé, avec une vitesse de 340 mètres à la seconde, Tatmosphère enviroimante, s'est communicjué à son oreille: le bout périphérique du nerf acoustique a été ébranlé par ce mouvement, mais l'a converti en un mouvement autre, de vitesse beaucoup moins considérable et qui s'appelle influx
nerveux. La couleur glauque que présente la mer qui se déroule sous mes yeux, est en soi un mouvement vibratoire particulier des molécules de l'eau; la vibration a traversé avec une vitesse de 298 millions de mètres à la seconde, l'éther répandu dans l'espace qui me sépare des flots, est arrivé à mon œil, la rétine l'a reçu et Ta transformé en influx nerveux.
Pour mesurer la hauteur de l'édifice qui se dresse devant moi, j'ai regardé fixement la base puis le sommet. Pour le faire j'ai contracté au degré voulu les muscles locomoteurs des yeux. Ces mouvements de contraction et d'extension des muscles, certains nerfs les ont convertis en influx nerveux.
Le courant nerveux né dans l'oreille de la transformation du mouvement vibratoire sonore, apparu dans l'œil par suite du mouvement vibratoire lumineux, engendré par l'action mécanique de la contraction musculaire, dans les nerfs de la sensibilité générale, ce courant ou influx nerveux possède dans les trois cas un caractère commun: la vitesse de propagation; il chemine à raison de 30 à 94 mètres à la seconde. Mais l'influx produit dans l'oreille a une allure différente de celle du courant né dans la rétine, et autre que l'allure de l'influx qui doit son origine à la contraction musculaire. En effet le premier est la transformation d'un mouvement vibratoire relativement lent et de vitesse de propagation peu considérable. Le second résulte de la conversion d'un mouvement vibratoire extraordinairement rapide et se prolongeant avec une vitesse prodigieuse. Le troisième est la traduction d'un mouvement extrêmement lent, si on le compare aux deux premiers.
L'influx nerveux est, dans son allure, fonction de la vibration sonore, de la vibration lumineuse, du mouvement musculaire.
Il y a plus. Si l'oreille perçoit le la du piano et le même la donné par le violon, ces deux sons composés chacun d'une note fondamentale identique mais il la quelle
se joignent des harmoniques différentes, auront un caractère spécial, chacun des sons possédera un timbre différent. Cela veut dire que le mouvement vibratoire composé qui constitue chaque note, bien que dans l'un et l'autre cas il se propage avec la même vitesse et dans l'atmosphère comme onde sonore et dans le nerf acoustique comme influx nerveux, possède l'un et l'autre une allure particulière qui les différencie. En effet pour chacun des deux la les vibrations composantes différent par la qualité et l'intensité relative: l'onde sonore est diversement structurée. Le courant nerveux dans le quel se convertit chacune de ces ondes, accusera une correspondante différence de forme.
En résumé, toute sensation commence dans le bout périphérique d'un nerf sensitif par un mouvement mécanique physique ou chimique; se convertit dans le nerf en un autre mouvement qui dans son allure est fonction du premier.
Son, lumière, chaleur, saveur etc. sont fidèlement traduits avec leur rythme, leur intensité, leur durée. Tous les courants nerveux se ressemblent, ils marchent avec la même vitesse. Chacun est différent de tous les autres parce que le mouvement primitif d'oii il dérive est différent.
Quand ces mouvements nerveux sensitifs arrivent aux cellules de l'écorce cérébrale oii ils deviennent conscients c'est-à-dire perçus par le moi; ils y arrivent chacun avec une allure propre, qui suffit à le distinguer et à le traduire psychiquement en notions de rouge, bleu, chmvd, lojird etc.
Faut- il admettre avec quelques auteurs que chaque mouvement nerveux sensitif aboutit à une cellule déterminée unique? nous n'osons prendre parti: Il est en tous cas incontestable qu'à l'état normal il existe dans l'écorce cérébrale des territoires distincts pour chaque espèce de sensation, auditive, visuelle, tactile etc. Mais il n'est pas nécessaire d'admettre qu'une cellule déterminée n'est susceptible d'être modifiée que par une seule image. On peut aisément rendre compte des phénomènes en supposant qu'une même cellule est capable df subir phisieiirs modifications diff'érentes.
Les images cérébrales et les mouvements moléculaires des cellules corticales qui en sont l'envers matériel, sont toujours fort complexes. Lorsque retentit à mon oreille un mot quelconque „aquedn&' par exemple, il se produit au centre psycho- acoustique l'image auditive née de la transformation des vibrations sonores recueillies. Cette image affecte plusieurs cellules ou du moins se compose de différents mouvements moléculaires associés. Autre est la modification à laquelle aboutit le mouvement vibratoire », autres les modifications que produisent les vibrations eu, u, q, d, c. Ce n'est pas tout. Ce son a est énoncé sur un ton donné, avec un timbre particulier. Il est composé d'une note fondamentale et d'harmoniques toutes vibrations qui contribuent à la structure du son a et se traduisent dans la forme de la modification cérébrale. Il en est de même pour les sons eu, u,. q, d, c. On voit d'emblée quel nombre prodigieux de composantes interviennent dans ce mouvement moléculaire complexe que nous appelons l'image auditive „aquediœ." Autre considération. Une image qui surgit dans la conscience, n'y paraît jamais seule. Elle se présente dans un ensemble fort touffu d'autres images plus ou moins saillantes.
Si, passant devant la tour du Befi'roi, je jette un coup d'oeil sur Fantique édifice, en l'espace de quelques secondes, que de sensations j'aurai éprouvées, que d'images auront traversé le champ de la conscience. La teinte sombre du monument, les taches claires des angles restaurés, les divers degrés d'éclairage des recoins et des parties saillantes se seront convertis, dans la rétine, en courants nerveux d'allure particulière, qui chemineront jusqu'aux cellules psycho optiques. Le furtif mouvement de la tête et des yeux, qui me permettra de voir le sommet du monument, se convertira en image musculaire renseignant sur les dimensions du Beffroi. En outre, durant ce court instant, j'aurai vu la coulem-, la forme des maisons environnantes, le ton gris du pavé etc. Le bruit d'une voiture qui roulait, le sifflet d'un gamin, le retentissement d'un pas pesant se sei'ont trans-
formés, dans le nerf acoustique, en une série de mouvements correspondants qui arriveront aux cellules psycho- acoustiques. D'autres cellules corticales auront, pendant ces mômes instants, été modifiées par les odeurs fluttant dans Tatmosphore, par le léger souffle d'air qui passait. Enfin, un groupe très important de cellules aura reçu, de toutes les parties de l'organisme, des courants nerveux dégagés par les variations incessantes produites dans les muscles, les viscères, modifications plus ou moins nettement aperçues par la conscience et qui nous renseignent sur l'état, le habitus, de nos organes, à chaque moment de notre vie.
Ces modifications innombrables, cet enchevêtrement de mouvements moléculaires, d'images cérébrales qui coexistent en un moment donné, sont très inégalement éclairées par la conscience. On trouve parmi elles tous les degrés de vivacité, depuis les hyperconscientes jusqu'aux inconscientes.
Ce milieu si complexe, qui se présente en un même instant, se modifie sans cesse par la disparition de certaines composantes et l'apparition d'éléments nouveaux. Quelquesunes de ces composantes demeurent pendant un certain temps; mais elles varient d'intensité chaque fois que se modifie l'attention passive — celle qui résulte d'un renforcement de stimulation périphérique — ou l'attention active — celle qui provient de l'action de la volonté.
Ajoutons une dernière observation. En vertu de la connexion intime qui existe entre tous les éléments de l'appareil sensitif et moteur, il ne se produit jamais, en un j)oint donné, aucun mouvement qui n'ait son contrecoup réflexe dans tout le système nerveux. Une cellule ébranlée par un mouvement moléculaire quelconque ébranle par contrecoup, plus ou moins toutes les autres cellules cérébrales. Parmi ces dernières il en est de deux sortes. Les unes intactes, n'ont jamais été modifiées par une stimulation directe. Les autres, au contraire, ont déjà donné des images cérébrales.
On comprend que ces deux espèces de cellules se comporteront différemment vis-à-vis de la stimulation réflexe.
„Si j'effleure, dit M"" Delbœuf, la surface d'une eau „tranquille avec une plume, le liquide ne reprendra plus „la forme qu'il avait auparavant; il pourra de nouveau pré- „senter une surface tranquille, mais des molécules auront „changé de place." ^)
Si un grain de blé, échappé de ma main, tombe sur le sol, l'air refoulé sur son passage ne reprendra plus la même position qu'auparavant; des molécules auront changé de place.
Deux remarques sur ces exemples.
Premièrement: pour qu'un œil exercé pût reconnaître la trace du passage de la plume, de la chute du grain de blé, il faudrait que l'observateur eût connu la structure moléculaire de l'eau et de l'air modifiés par le mouvement; il faudrait qu'il eût su exactement quelle place chaque molécule, a, b. c, occupait dans les substances liquide et gazeuse avant et après le mouvement.
Secondement: nous savons que si une deuxième fois la même plume effleure la même surface liquide, si de nouveau le grain de blé tombe de la même hauteur, au même endroit à travers l'atmosphère, l'un et l'autre mouvement répété ne sera ni plus aisé, ni plus rapide qu'il le fut la première fois. Les lois de la chute des corps sont là pour le démontrer.
Si à un fil métallique je suspends un poids capable d'exercer, dans le sens de la longueur, une traction qui le distende, quand j'aurai enlevé le poids qui retirait, le fil reprendra sa longueur première; mais pas complètement. Si le fil avait d'abord une longueur exprimée en centimètres
1) Delbœuf. Théorie générale de la sensibilité.
par / cm., après l'action du poids P. qui Ta momentanément amené à mesurer l -\- a cm. il reprendra, au repos, une longueur intermédiaire entre / et l-\-a soit l-\ .
Ici, la trace du passage de la force produisant un mouvement d'écartement des molécules dans le sens vertical, cette trace peut être perçue et mesurée. Elle consiste en une modification durable dans la structure intime de l'objet. Les molécules étaient situées à une distance donnée les unes des autres dans le sens vertical. Cette distance est maintenant augmentée d'une quantité très minime, il est vrai, mais suffisante pour modifier la forme extérieure du fil.
En outre, si une deuxième fois je veux amener le fil à mesurer / + a cm. il faudra un poids moindre P — y pour produire ce résultat; attendu qu'il s'agit de produire non
plus un allongement «, mais seulement a — • — . Si l'étire-
ment résultait d'une traction exercée par ma main, je devrais pour amener une deuxième fois le fil à mesurer l-\- a faire un effort moindre. Une troisième, une dixième fois, l 'effort irait toujours en diminuant. On peut dire que tout corps solide qui, sous l'empire d'une force agissant momentanément sur lui, a été déformé, ne reprendra plus jamais sa forme primitive. En vertu de leur élasticité imparfaite, les molécules qui ont été écartées les unes des autres, et celles qui ont été rapprochées sous l'action de la force momentanée, demeureront toujours écartées et rapprochées 'plus (jii'cUcs ne l'étaient auparavant. Ces tassements dans certai-nes directions, ces ôcartements dans d'autres iront en s'accentuant à mesure que la déformation momentanée se répétera. Il faudra à chaque fois un effort moindre pdur produire la déformation voulue. La trace du passage de tout mouvement déformant, dans un corps solide, constitue une trace -disposition.
Nous avons dit „de tout mouvement." En effet les mouvements \ibratoires tels que ceux qui engendrent le son.
la clialeur etc. modifient momentanément l'équilibre des molécules du corps qu'ils affectent et laissent une ti-acedisp'osition. Chacun sait que la caisse du violon d'un artiste est, après un certain temps modifiée dans la structure moléculaire de ses fibres. Cette caisse a acquis des propriétés spéciales de sonorité. D'ailleurs l'action alternative du froid et du chaud sur les roches, par exemple, détermine dans leur structure des modifications très sensibles, des cassures parfois très profondes.
Au çoint de vue de leur aptitude à garder la trace d'une déformation passagère, les différents corps solides sont très dissemblables. Plus un corps est élastique, moins la déformation momentanée laissera de trace de son passage. Plus le corps est plastique, c'est-à-dire plus son élasticité
est imparfaite, plus aussi la trace — résidu de la déformation a sera profonde.
Les fibres nerveuses et, que l'on admette ou non l'existence d'un réticulum organisé, les parties fibrillaires du protoplasme des cellules nerveuses centrales, réalisent au plus haut point les conditions de plasticité voulues pour rendre profonde la déformation secondaire ou trace, réduction de la déformation première ou image. Toute sensation, dit M"" Delbœuf, s'accompagne d'un sentiment d'effort. Oui, et toute sensation répétée, toute habitude se caractérise par un sentiment d'effort relativement moindre.
Toute image cérébrale est un mouvement d'une allure particulière modifiant momentanément certaines cellules de l'écorce cérébrale. Chaque image simple, c'est-à-dire chacune des composantes du mouvement complexe qui constitue l'image composée, déforme pendant un temps plus ou moins long la structure moléculaire naturelle des cellules affectées. Les molécules vibrent dans un sens donné et gardent, après le passage du mouvement, une orientation déterminée, produisant une déformation constante de la cellule, qui rendra plus aisée la répétition de la déformation considérable qui
constitue l'image. Si la répétition de la modification est fréquente, la déformation résidu ira en s'accentuant, si bien que la moindre impulsion réflexe suffira à reproduire le mouvement habituel. Parfois, grâce à des conditions exceptionnellement favorables, la première modification aura été tellement profonde, que tout choc quelconque retentissant sur la cellule suffira pour reproduire l'image première.
Une comparaison.
J'entends le son do. Ce son est produit dans des conditions telles que je perçoive en même temps deux harmoniques seulement. J'ai Timage auditive d'une note musicale. Cette image composée est constituée dans l'exemple choisi par trois images simples.
Le mouvement particulier correspondant au son fondamental rfo, plus les mouvements d'allure spéciale correspondant aux harmoniques supérieures do^ et do^. Supposons que trois cellules psycho- acoustiques soient modifiées simultanément par les trois mouvements composants.
Comparons ces trois cellules à des rondelles de carton. Le mouvement particulier qui constitue la traduction du son fondamental Jo, modifie la première rondelle en la pliant en deux, de façon que la moitié droite recouvre exactement la moitié gauche. Le mouvement spécial qui est la transformation nerveuse de l'harmonique do-, arrive à la deuxième rondelle, et s'y traduit en un mouvement qui replie la moitié inférieure de cette rondelle sur la moitié supérieure.
L'harmonique do''' se traduira dans la troisième rondelle par un repliement dans le sens de la dingonale, de façon que le point collatéral sud -ouest vienne toucher le point collatéral nord-est.
Voilà trois cellules modifiées diversement.
Les trois mouvements représentatifs sont qualitativement différents. Ils peuvent varier aussi quantitativement. Pour reprendre la comparaison: dans la première rondelle la modification passagère peut être si marquée que les deux moitiés se touchent complètement sur toute leur surface.
Dans la seconde, ces deux moitiés peuvent former un angle très aigu; dans la troisième un angle moins aigu. Voilà trois repliements, trois images d'intensité diverse.
La cassure suivant un diamètre sera dans la première rondelle beaucoup plus accentuée que dans la seconde, et dans celle-ci plus marquée que dans la troisième. Quand les cartons seront dans la suite revenus à leur forme première, la trace -disposition, la cassure, sera beaucoup plus profonde dans la première que dans la seconde et surtout que dans la troisième.
Enfin, l'une ou l'autre de ces cassures, après de nombreuses répétitions du mouvement, ou si le premier repliement a été très violent, sera devenue si profonde, que le choc produit dans n'importe quelle direction sur une des moitiés du carton déterminera le repliement habituel.
Nous avons établi dans le précédent paragraphe, qu'une image qui se renouvelle une seconde, une dixième fois, nécessite pour se former un effort qui va en décroissant. L'image reproduite est souvent le résultat d'un renouvellement de la sensation qui l'a engendrée une première fois. J'ai vu, un jour, la tour S' Jacques: une image visuelle, très complexe d'ailleurs, a été l'aboutissant des sensations visuelles éprouvées devant le monument. Si une deuxième fois je revois l'antique tour, son image se reformera plus aisément dans les mêmes cellules autrefois affectées par les mêmes mouvements représentatifs. Mais sans nie retrouver devant le monument, je puis évoquer dans ma conscience son image visuelle. Même sans que je l'appelle, je puis la voir surgir à la suite d'autres images fortuitement apparues.
La pi'opriétc do renouveler volontairement ou involontairement, et cela en l'abscence d'impressions sensitives correspondantes, une image, un groupe, une série d'images qui ont existé autrefois dans la conscience, cette propriété constitue la Mémoire de rejjroducHon.
On peut réduire à deux les lois qui règlent et expliquent le renouvellement des images anciennes. La loi de contiguïté. I^a loi de succession.
L'image auditive „Tour S' Jacques" rappellera dans les cellules corticales tout ou une partie du groupe des images visuelles, musculaires etc. qui ont coexisté avec elle dans la conscience. Elle pourra rappeler un fragment plus ou moins considérable de la série des images qui ont succédé à l'apparition de ce groupe.
Pourquoi? — Kappelons deux faits.
D'abord, toutes les cellules nerveuses se tiennent, sont en contiguïté anatomique. Tout mouvement d'une cellule quelconque retentit par tout le système nerveux. Il se communique avec une intensité plus ou moins grande à toutes les autres cellules.
Puis. L'expérience de tous les jours nous a])proiid que l'attention se portant sur une image déterminée, avive celle-ci au détriment des autres; cela revient à dire que le mouvement d'allure spéciale, qui constitue physiologiquement l'image remarquée, s'accentue de la quantité dont les images non remarquées s'atténuent. La quantité totale du mouvement modifiant en ce moment l'écorce cérébrale, fluctue, s'écoule des cellules à images atténuées vers la cellule à image renforcée.
Quand on dirige successivement l'attention sur les images formées par trois cellules différentes, on fait passer une partie du mouvement de la première dans la seconde, puis dans la troisième. Le passage de ce mouvement laisse, dans la fibre d'association qu'il travci'se, une trace-disposition qui facilitera, une prochaine fois, la propagation dans la même direction. L'attention se portant de l'image a vers l'image
b, a forcé du mouvement à passer de la cellule a dans la cellule b. Par là même il s'est créé entre a et b une voie de moindre résistance.
Quand un enfant apprend à réciter le patc.r, son attention est portée successivement sur les sons no-tre, pè-re etc. Au moment où l'attention se porte sur l'image auditive complexe «0, le mouvement propre, qui constitue cette image, se renforce au détriment de toutes les autres images qui occupent le champ de la conscience. L'attention passant sur tre, c'est cette deuxième image auditive qui s'avive, mais en même temps l'image no s'atténue; une partie du mouvement vibrant no passe dans les cellules vibrant tre. La trace, que laisse le passage, dans un sens unique, du courant nerveux dans les fibres qui relient ces deux groupes de cellules acoustiques, ira en se renforçant à chaque répétition de la prière que l'on apprend. Elle finira par devenir tellement profonde, que, naturellement, quand les cellules donnant no auront vibré, le mouvement, dont elles étaient animées, ne s'écoulera pas indifféremment par tous les prolongements nerveux qui les relient aux autres cellules du cerveau, mais presque en totalité il passera par ces fibres là qui les relient aux cellules donnant ire; puisque, de ce côté, il trouvera une voie offrant une résistance infiniment moindre.
Remarquons que, dans le cas considéré, la moindre résistance, dans les fibres d'association, n'existe que dans une seule direction: des cellules donnant no, aux cellules donnant tre et non des secondes vers les premières. Aussi pour réciter le jjater à rebours faut- il un travail considérable et des efforts incessamment renouvelés.
Lorsqu'un écolier s'assimile les premiers mots latins, il apprend que Dieu se traduit en latin par De/ts. Pour retenir ce terme nouveau, il l'associe à une image qu'il possède déjà, soit par exemple l'image auditive Dieu. Pour le faire il fixe son attention sur l'image auditive Dieu^ puis sur l'image auditive Deus^ ensuite encore sur l'image Dieu,
fie nouveau sur l'image Den^ etc.*) Son attention passe alternativement de Dion à Dcus^ de I)eus à Dieu. Le renforcement se produit tantôt dans une image, tantôt dans l'autre; une partie du mouvement s'écoule alternativement de l'une à l'autre. Ici s'établit une voie de moindre résistance dans les deux directions, de manière que l'image auditive, qui constitue n'importe lequel des deux sons, donnera nécessairement l'autre.
S'il nous est possible de reproduire un ensemble d'images qui ont coexisté à un moment donné dans la conscience, c'est parce que pendant le temps qu'a persisté lors de sa première apparition, cet ensemble d'images, l'attention active ou passive a fluctué d'une image aux autres et de celles-ci a la première; renforçant et atténuant alternativement dans des proportions variables toutes les composantes de cet ensemble; créant ainsi entre ces composantes des voies de moindre résistance. Quand l'une des images de ce groupe reparaît, le contre -coup réflexe qui la constitue passera presque tout entier dans les cellules qui ont vibré en même temps qu'elle, et ressuscitera dans chacune de ces cellules le mouvement qui l'a une fois déformée, si toutefois la trace -disposition est demeurée assez profonde pour que le heurt réflexe puisse reproduire l'image. 2)
1) Les divers procédés mnémotechuiques se réduisent à associer, c'est-à-dire à rattacher par la création de voies de moindre résistance, des images nouvelles à des groupes, des séries anciennes devenues habituelles.
2) Prévenons une objection. On dira que si dos imagos ont coexisté ou se sont succédé c'est parceque les stimulants externes qui les ont produites, ont agi simultanément ou successivement; qu'il faut chercher dans les choses extérieures mêmes et non dans les voies nerveuses le lien qui unit les images. Nous répondons que nous ne pouvons rappeler dans un groupe ou une série que les images qui ont été conscientes, donc celles auxquelles nous avons fait attention et encore pour.
. autant que nous avons i-emarqué leur coexistence ou leur succession. Or, pour constater que des modifications ont existé en même temps dans la conscience, ou se sont produites successivement, notre attention
En résumé toute image cérébrale qui se reproduit soit directement, parce que la sensation qui la d abord évoquée, se renouvelle; soit indirectement parce qu'elle renaît comme réflexe, peut rappeler les autres images avec lesquelles elle a formé un groupe ou une série. Si l'image en question est suffisamment intense, le mouvement réflexe qu'elle déterminera dans tout le cerveau s'orientera surtout par les voies plus faciles qui relient la première cellule à toutes les autres qui ont autrefois avec elle participé au commun mouvement.
Pour terminer ce paragraphe, un mot sur la Réminiscence. Que de fois n'arrive-t-il pas que l'on ne se souvienne pas d'une notion que l'on est sûr pourtant de posséder. On a oublié le nom d'une personne, la couleur d'un objet, cet état particulier est un commencement de mémoire ou mieux une mémoire partielle que nous comprenons être incomplète.
J'ai oublié, pour l'instant, le nom de mon ami Léon. Je perçois en ce moment l'image visuelle complexe de la personne à laquelle je pense, j'aperçois l'image auditive de sons qu'elle a émis, je retrouve des lambeaux de phrase etc. etc. Plus je m'obstine à chercher directement le nom oublié, moins je le trouve. Mais, fortuitement, je me vois présentant mon ami à un étranger; voilà que l'image visuelle des têtes légèrement inclinées, l'image musculaire du mouvement
a dû passer des unes aux autres. Enfin, à ceux qui m'objecteraient que l'image cérébrale peut se renforcer directement par accroissement de la stimulation extérieure, je répondrai que cela est vrai; mais que l'existence des renforcements et des atténuations résultant des fluctuations de l'attention que j'appelle centrale est néanmoins indiscutable. J'ajouterai même que cette attention centrale est infiniment plus propice à la conservation des images, que l'attention portée sur le stimulant. Lisez dix fois une phrase en regardant le texte, vous ne pourrez probablement pas la redire. Essayez, après une lecture, de répéter en fermant les yeux; il ne faudra certes pas faire souvent cet exercice pour connaître parfaitement la phrase.
do nioii bras, fait jaillir brusquement l'image auditive cherchée, que des voies de moindre résistance reliaient à ces images particulières là.