VII. Hygif'iH' (le la 3Iémoire
L'hygiène de la mémoire n'est encore que vaguement ébauchée.
Les données de l'observation vulgaire, l'expérience des pédagogues ont mis en relief quelques règles empiriques. I^s lois définitives, que l'on doit suivre, pour obtenir le maximum de développement de la mémoire, avec le minimum d'efforts et d'usure organique, ces lois sont encore à établir.
Nous présentons ici quelques conclusions qui , logiquement, sortent de la théorie des traces - dispositions. Le lecteur pourra se convaincre qu'elles ne sont pas en contradiction avec les données les plus générales de l'expérience vulgaire.
Toute l'hygiène de la mémoire doit tendre à fixer la trace -disposition le plus profondément qu'il est possible, et cela en dépensant le moins de forces organiques.
Quels sont les facteurs qui interviennent pour aviver l'image cérébrale et, en conséquence rendre la trace de cette image profonde et durable? — Ces facteurs sont au nombre de trois.
Premièrement le degré de vitalité, d'intégrité de l'organe sensible: appareil périphérique, cordon nerveux, cellules corticales. Pour graver profondément un souvenir, pour obtenir des modifications intenses, il faudra les recevoir dans le moment où l'organisme possède son maximum d'énergie. Comme l'a dit fort bien A. Bain, ,,0n peut „admettre qu'aux premières heures de la journée l'énergie „totale de l'organisme est cà son maximum, tandis qu'elle „baisse vers le soir; ainsi la matinée est le moment des „acquisitions intellectuelles." i) Le travail de unit, malgré le
1) A. Bain, La science de l'éducation, p. 19,
silence, et Tabsence des stimulations distrayantes, pourra donner des résultats favorables; mais l'effort indispensable pour tendre l'organisme, fatigué par toutes les stimulations subies dans la journée, amènera une usure plus prompte et plus intense.
Le second facteur, qui intervient pour aviver les images, et les traces qui en sont la suite, c'est l'attention périphérique; j'entends par -là la tension de l'organe impressionné se combinant avec le relâchement voulu des organes inactifs. Le résultat de cette double action des muscles est de rendre plus vive la stimulation qui affecte l'organe en jeu et d'atténuer les stimulations troublantes des autres organes; par conséquent le renforcement des images apportées par l'un, l'aftaiblissement des images venues des autres.
On entendra et on retiendra beaucoup plus facilement un air de musique si on l'écoute en tenant les yeux fermés.
Le troisième et le plus important des facteurs dont l'intervention rend nos souvenirs profonds et durables, c'est ce que j'appelle l'attention centrale. J'entends par attention centrale l'effort que l'on fait pour considérer uniquement, non pas l'objet sensible stimulant l'organe, mais l'image môme qui a été l'aboutissant de la sensation.
Plus attentivement on considère les diverses composantes d'un groupe de modifications conscientes, plus intimement on les relie les unes aux autres par des voies de communication facile.
- En résumé trois lois se dégagent nettement de notre théorie. Il faut:
Pnmo. Fixer les modifications psychiques à l'instant (»ù l'organisme possède son maximum d'énergie vitale.
Secundo. Accommoder le ou les organes qui sont, pour l'acquisition choisie, les facteurs principaux; relâcher les muscles accommodateurs des organes qui n'interviennent pas dans le travail poursuivi.
Tertio et surtout. Renforcer l'attention centrale, celle qui porte sur les modifications centrales résultant des stimulations périphériques.
Enfin, voici une loi peu suivie jusqu'à ce jour: on obtiendrait peut-être des résultats plus rapides et plus aisés en se basant, dans le développement intellectuel, sur le genre spécial de mémoire que possèdent les différents types mentaux.
Un individu du type auditif devrait être formé par une méthode différente de celle qu'il convient d'appliquer à un individu du type visuel. Certes, il serait difficile d'appliquer ce système aux élèves des écoles; mais chacun en particulier, ayant reconnu le genre de mémoire dont il est doué, devrait s'efforcer de graver dans son cerveau, les images et les idées, sous la forme qui laisse la trace la plus profonde.
Conclusion.
Toute modification qui déforme passagèrement un corps solide, laisse dans celui-ci une réduction d'elle même, une déformation constante, qui rendra plus aisée la reproduction de la modification renouvelée.
La propriété qui permet de fixer sous forme de ti'acedisposition une modification momentanée; la possibilité de reproduire avec un moindre effort toute modification qui a laissé une semblable trace, se retrouvent dans tous les corps solides. Entre autres dans les éléments nerveux.
Toute modification psychique est, vue par le dessous, un mouvement d'allure spéciale affectant les cellules, les
fibres nerveuses. La mémoire de fixation, la mémoire de reproduction sont des propriétés de la matière. Reconnaître est le fait de l'esprit. La mémoire d'identification, la mémoire intelligente est une faculté de l'âme.
Gand, V mars 1893.
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