‹ La mémoireChapitre 139 sur 148 · I. \ MIÎMOIHE · texte numérisé non relu

I. \ MIÎMOIHE

jour aucune recherche expérimentale n'a été faite sur la localisation ; il a entrepris de combler cette lacune en faisant des expériences sur la localisation immédiate des souvenirs des mots.

Dans la mémoire, dit-il, on distingue quatre éléments : 1° La conservation ; 2“ la reproduction-^ 3° la reconnaissance-, /j“ la localisation.

Entre la reconnaissance et la localisation, il faut établir la dilVérence suivante : la première a lieu lorsque nous jugeons ou que nous avons le sentiment confus qu’une sensation, une perception, un souvenir, une idée, une émotion, etc., nous sont déjà connues et ont été l'objet d’un acte de conscience antérieur; la localisation achevant l'œuvre de la reconnaissance consiste à désigner une place quelconque dans notre vie psychologique à cel état de conscience qui nous est déjà connu. La localisation n'est pas nécessairement un acte de mémoire’.

\ oilà pour la théorie, voici pour la pratique :

Dispositif expérimental. — L'auteur a fait ses expériences, d’abord sur lui même, puis sur dix sujets dilTérents.

Jœs tests étaient des carrés do iiapier au noiuhre tic 2 200 sur chacun desquels était écrit un mot de deux syllabes : noms communs connus et inconnus, mais tous français. Ces tests étaient placés dans trois sacs : le premier contenait les mots connus, le deuxième les mots inconnus, le troisième des uns et des autres.

Le sujet retire lui même de ces sacs 8. 10. 12. 20

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tests, les lit à mesure f|u’il les prend, puis les relouruc et les dispose sur une table. (I)aus la [)lu|)art de ees expériences, le sujet ne lisait |>as lui uu'iiie les umts, mais ou les prononçait à haute voix devant lui.)

Les séries-mots ont été euleudues ou lues avec une vitesse de 8, lo, 12, 20 secondes; il y avait des temps de re|)ns de \ et 8 minutes. Sitôt cpie le sujet a entendu ou vu le dernier mot de charpie série, il écrit eu colonne, sur une l’euille de ])apier, les tests retenus. <Ju recouvre cette colonne et, a[)iès ([uebpies secondes rrintervalle, ou l'ait re\[)érieuce suivante ; rexpérimeutateur prronoucc un des mots de la série, le sujet l'éciit sur une ileuxièmc l'euille de [lapicr et inscrit à côté un chillre assignant à ce test sa place dans la série. Le mot aussitôt écrit est recouvert. Lu coui[)araut ces deux colonnes à une troisième où les mots se suivent dans l’ordie exact, ou peut l'acilemeut contrôler les résultats. Les ex[)ériences ont dmé environ un mois; leur total atteint 221). L’auteur a lait sur lui-même ré|)reuve avc'c des séries :

i" De S mots : 85 séries de mots coiiims, 2Ü de mots inconnus, et 20 de mots mélaufrés;

2" De /ty mots : .52 mots couims, 10 mots iucou nus et ir) mélangés;

.'D De t'2 mots : 10 de charpie grou[)C ;

De 20 uirits : f\ de chaipie grou|)C.

Pour dix autres persouiK's, la |)hi])art des expériences ont été laites avec des séries de luiil mots et surtout de mots connus. Lharpie sujet a lait de 10 à séries. Ou avertissait le; sujet du genre d’ex[)érieuces rpi’ou allait tenter, puis ou lui lisait avec une vitesse miirorme les séries de 8, 10, 12, rarement

LA MÉ^IOTHE

20 mots, le sujet répétait immédiatement ce qu’il avait retenu. Alors on citait un des mots et l’on posait deux (jueslions : « Quel rang occupait-il dans la série? Pour quel motif lui attribuez-vous tel rang plutôt que tel autre? » Le sujet s'expliquait sur ces deux points avec plus ou moins d’abondance et de précision et on notait ses réponses par écrit.

1/auteur a remarqué que les localisations sont beaucoup plus exactes lorsque le sujet connaît à l’avance la longueur de la série qui va lui être ]>rcsentée. Cela facilite grandement les procédés qu’emploient ordinairement les sujets pour mieux retenir la place du test ; (Ixatiou de jioints de repère, subdivisioii de la série des mots en plusieurs groupes indéjiendants.

Ces expériences, dit M. ^ asciiide. sont particulièrement fatigantes; il ne faut pas les prolonger.

Les résultats généraux montrent qu'il existe de profondes dilTérences indi^ iduelles. Certains sujets [mrvicnneni à k)caliser la |ilupart des mots retenus, mais ils ne peinent dire ipielles raisons les guident : d’autres personnes ont uu grand nombre de réminiscences plus ou moins cousciouti’s : d autres encore foui (les raisonuemonls liés clairs cl très logicpies.

Voici les di\erses sortes de procédés employés ]>ar les sujets pour localis('r leurs someuirs : i" localisalion illrcrlc imnu'ilialc : •>." localisai ion jiar associalion ; '.V' localisation incilialc sans associalion : ![" localisalion arci' lin scnilincnl siihicdlf: ÜV' localisation par rcinlnisi'cncc: ti" localisation par raisiaincincnt : locali-

sation inc.cpliipicc on inconsciente.

Les dilVén'iices indi\ iduelles au |'oinl de Mie du

TH WATT i:aim:himi:m AT\

procédé de localisation résultent suiiont de l’action prépondérante de l’iin on de cpielrpies-uns de ces facteurs.

Localisalion direcle. — l'’aute d’un meilleur terme — dit M. V AScniDE — nous appelons localisation directe, consciente, le procédé cpii consiste à fixer le rang d'un mot dans la série, d’apres la connaissance de son rang qui est impliquée par le souvenir luimême et sans autre motif que ce souvenir. Ce mode de localisation existe chez tous les sujets, mais il ne se manifeste ordinairement que pour le premier terme de la série, le dernier et parfois pour le terme du milieu.

En règle générale, après l’audition des mots d’une série, le sujet peut immédiatement localiser le premier et le dernier. Quand la série est longue, le premier mot et celui du milieu sont oubliés, le dernier seul demeure. La localisation exacte d’un terme du milieu de la série n’est pas déterminée par sa signification. Dans les séries de 8 tests, c’est presque toujours le fi° mot (sur 85 expériences le 4“ mot est rangé 4® 56 fois). 11 faut cependant ajouter que si la localisation directe des mots initial et (inal est [irécisc celle du mot médian l’est hcaucoiq) moins.

Localisalion par association. — Sons ce chef, fauteur groupe beaucoup de localisations d’espèces différentes, de simples associations verbales, des réminiscences auditives; dans l’un et l’autre cas, le mot est localisé par rap[)Oi t à un autre cpii sert de point de repère. Certains sujets ont employé des associations numériques; à chaque mot, ils associaient un cbilfre qu’ils prononçaient mentalement, la rapidité

des operations ne leur permettait pas d'associer les chillres i, 2, 3, etc., à tous les mots de la série; en général, ils ne pouvaient se servir de leur truc que pour les quatre ou cinq premiers termes de chaque série.

Heauconp de sujets ont usé de divers procédés de mnémotechnie.

Dans une série de 8 mots, dont le 7^ était « dollar » et le 8“ « bourreau », un sujet a retenu la place respective de chacun de ces tests en formant la phrase suivante : « on paie des dollars à un bourreau. » Ce procédé de mnémotechnie consistant à faire une phrase avec les tests successifs a été largement utilisé par plusieurs sujets.

Enfin, certains sujets associent les tests en se basant sur la ressemblance phonétique des dernières syllabes, ou l’identité des lettres initiales.

Ils forment des groupes avec trois mots qui commencent par la même lettre, ou remarquent que les initiales successives se présentent dans un ordre facile à retenir : un sujet a remarqué que les initiales des cinq premiers mots d'une série étaient disposés dans l’ordre suivant : c-b~a-d-e ; ce qui est l'ordre de l'alphahet avec le renversement pour les trois premières lelti'cs.

Lnru/isalion iiu^iliule sans associai ion . — (ie .«ont comme les précédentes des localisations médiates; le sujet a besoin de points do repère, mais il n'v a |>lus ici d'association.

Heaucoup de sujets, grâce au procédé de localisation directe, connaissent le premier, le dernier cl. mettons le(piatrième terme de la série des tests ; le sujet

TU VVAl X EXPKIUMENTAI \

se rappelle que tel mot qu’on prononce précède le mot médian, mais il est incapable de marquer exactement le rang qu’il occupe.

Localisation par association avec an sentiment. — M. Vasciiide entend parler des tests retenus par association avec une certaine émotion fpii s’est manifestée quand on prononçait les termes de la série. Il a noté deux sentiments dominants : l’angoisse et le sf)u lagement ; le prenner est é|)rouvé d’ordinaire vers le milieu de la série, quand les premiers mots prononcés cessent de résonner dans l’oreille, qu’on sent qu'ils \ont écliap[)cr, et que néanmoins on ne peut les (ixer [)arce qu'il faut ])rcter toute .son attention |)onr saisir ceux rpii vont suivre; le second sentiment se manifeste surtout à la liii des séries, le sujet sc sent soulagé, déliu'é d’un [)oids, c’est un sentiment agn'-ahle, il s'associe aux derniers vocables, et aide à les localiser.

Localisation par réminiscence. — Le sujet a l'iin pression vague qu’nn mot occnpc tel rang, il y est conduit par nn cotdlit d'images, d’inqndsions, de souvenirs dans l(‘Sfpiels il se perd, |)arfois aussi il obéit à une tendance émotionnelle; mais ce qtii est constant, c'est que le sujet é|)ronvc un sentiment indistinct et ne localise pas au hasard.

Localisation par raisonnement . — t'-e derniei pro cédé dillère nettement de tous les autres, le snj('t n’y recourt querpiand les autres procédés ne donnent plus de résultats. Il a|)[)araît notamment rpiand il y a des lacunes à cond)ler.

Hcsamé et exemples. ■— « L’esjuit commence géné-

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râlement par retenir des points de rejiere ». on divise des lors la série en diverses parties encadrées entre CCS points de repère, dans chacune de ces séries plus courtes on localise les lcrmes en s'aidant des associations, des émolions, des réminiscences et enfin du raisonnement.

Voici un lablean résumant les expériences faites ]iar l’auteur sur lui-méme avec une série de 8 tests.

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