M. Tovi.oesi;. Op.x'il.. p. ao5 et ao
LES TYPES DE MEMOIRE ^3
Encore quelques observations sur la mémoire du langage.
M. Toulouse étudie la mémoire de M. Zola sous les quatre formes classiques : mots vus, entendus, prononcés, écrits ; il étudie successivement sous ces quatre formes la mémoire des lettres et celle des mots.
La mémoire visuelle littérale de M. Zola semble remarquable, elle ne l’est qu’en apparence.
Test ; lire des lettres à la vitesse de 2 à la seconde et les répéter immédiatement. Hésultats :
lecture : b. m. h. r. t. p. 1. f. , répété exactement.
2® lecture: a. g. m. k. i. n. z. r., répété exactement.
La remarque qui suit montre que ceci ne donne en rien la mesure de la mémoire vcrbo-visuelle. « M. Zola lit mentalement les lettres et les répète en se servant surtout de l’image auditive et peut-être de l’image motrice que la lecture évotpie en lui.
L’image visuelle ne l’aide pas, tout au moins d’une façon consciente. »
TesL pour la mémoire aiidUire des lellres. Entendre prononcer à raison de deux à la seconde 8 lettres et les répéter immédiatement. Késullats:
1“ En tendu : c. f. r. c. k. ?.. 1. m., répété: c. t. k. g. 1. m,
2" Entendu : m. k. o. c. d. r, u. f'., répété : m. k. o. c. d. r. i. f. (2 auditions).
Ces résultats semblent en contradiction avec les précédents, ils ne le sont [>as [lourtant; au |)oint de vue du langage le sujet n’est pas auditif, mais auditif moteur; on a déjà observé plus liant qu’il iic peut Hiervlibt. 5
suivre un discours ; il lui faut lire pour retenir ; chez lui, semble-t-il, la conversion des images visuelles des lettres en images auditivo-motrices se fait très rapidement; la conversion des images auditives pures en auditivo-motrices moins aisément.
« M . Zola éprouve une grande difficulté à retenir les lettres qu’il ne fait qu’entendre. 11 est curieux de remarquer que les lettres ne sont bien retenues par lui que s’il les voit et cependant le souvenir de la lettre n’est pas évoqué à l’aide de l’image visuelle, mais plutôt avec le secours de l’image auditive qui a été éveillée par la perception visuelle. » Cette remarque de M. Toulouse me paraît confirmer mon interprétation.
Ce qui montre l’importance relative de l’image motrice, ce sont les deux résultats obtenus dans les expériences sur les souvenirs graphiques et auditivomoteu rs.
Test pour la mémoire graphique des lettres. — Ecrire des lellres les yeux fermés et sous une impulsion étrangère, les reconnaître aux mouvements et les reproduire. Résultats :
Écrit : g. r. m. l. s., rcpélé : g. r. ni. t. s.
'Fest pour la mémoire auditive et motrice des lettres. — l'inlciulrc et répéter 8 lettres. Résultat :
Enlcmln l'in'iiûlc avec \mc (jrciiuir facililé ' : li. ?.. n. q. p. 1. r. t.
Dans les expériences faites sur la mémoire des mots
t. Ces mots ne sont ]>as soulignés dans le texte dn Dr Toui.oesE.
LES TYPES DE MÉMOIRE
et des phrases, mesurée au moyen des procédés imaginés par MM. Binet et Henri et que nous exposons pins loin, je relève ces remarques :
1) La mémoire des mots est aussi fidèle que celle des objets.
2) -M. Zola retient mieux les vers à cause de leur rythme, il les retient comme mots cadencés, en dehors de leur sens; quant aux autres phrases il a une tendance marcpiée à les déformer d’après scs [uocédés d’écriture personnels.
La mémoire des chiffres : sur 20 chiffres vus, M. Zola n’en peut retenir que 10 cl, ce qui est plus étonnant, sur 5o chiffres entendus qu’on lui prononce à raison de 2 par seconde, il n’en a retenu que 27.
I.’élude intéressante de M. le D" Toulouse montre combien la mémoire individuelle peut être étudiée sous de nombreux aspects ; les résultats recueillis montrent la grande complexité de la (acuité rélentive d’un sujet. M. Zola, an point tle vue de la mémoire générale, est un ty[>e remanpiahle. Il est netlemenl olfactif, type ré[)nté rare dans l’espèce humaine ; mais cet élément fondamental est modifié par d’autres mémoires ; au point de vue du langage le sujet ohsei vé s’écarte peu des types courants; c’est un verho aiuli livo-moteiir quelque peu teinté de verfio-visualisnie, par hafiilude professionnelle, semhle-t il.
Les hommes et les femmes recevant dans tous les pays civilisés une éducation différente; il est natuiel de supposer que l’esprit masculin diffère d(î res[)rit féminin, on s’accorde généralement à reconnaître aux femmes une imagination plus vive, et une émotivité
plus développée ; la mémoire doit nécessairement être inlluencée par l’imagination et même par le sentiment. L’idée est venue à un auteur américain. M"® CoRDF.LiA Nevehs, de s’assurer du fait par une enquête sur les idées communes aux hommes et aux femmes. A vrai dire son travail n’était pas nouveau, elle a simplement répété les expériences faites par ÎVl. Jastrow'.
Voici la description des expériences : On prie un sujet d’écrire en un temps très court les cent premiers mots qui lui viennent à l’esprit. Le sujet choisit naturellement, semble-t~il, ceux qui lui sont les plus familiers. Cela n’est cependant pas certain. Il faudrait interroger les sujets, peut-être apprendraiton alors qu’un mot donné en rappelle une foule d'autres pour des raisons très variables. Quoi qn’il en soit l’auteur croyait par ce procédé opératoire extraire de la mémoire de chaque sujet ses images hahiluellement prédominantes. Les copies étant recueillies, on classe les mots en dilVérentes catégories puis on com[)are l’inqiorlance relative de ces catégories chez les divers sujets. M. Jasïroav avait opéré sur 5o sujets : 25 hommes et 20 femmes ; et avait fait écrire à chaipie sujet loo mots.
Les 2600 mots écrits ])ar les hommes sont di\isés en catégories ; on divise de même les 2 5oo mots donnés par les femmes.
M"® ÎNevers a fait la même expérience sur des femmes seules, elle leur a fait écrire une liste de 100
. M. .Iastuow. a stiuiy ou Mental sintistics New Revive,
mots ; et les a divisés en catégories ; l’importance relative de ces catégories dilTcre extrêmement dans les résultats obtenus par les deux auteurs :
M. Jastrow donne ceci :
.1 pour les hommes.