‹ La mémoireChapitre 6 sur 148 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

OCTAVE DüIN, ÉDITEUR

8, PLACE UE l’oDÉON, 8

fil-:

Dans celte sommaire étude,je me propose d’esquisser riiistoire du problème de la mémoire et son évolution dans l’espace de ces quinze dernières années. Je glisserai sur les diverses théories récentes, si ingénieuses qu’elles soient, pour appuyer sur les ol>servatic>j;is cliniques cl m'étendre longuement sur les travaux de recherche entrepris dans les laboratoires de psychologie expérimentale.

Je ne veux point faire un catalogue critique conq)lct de tous les travaux- récents, mais, donner, tlu mouvement actuel, une connaissance suHisanlc pour pré|)arer le lecteur à enlre[)rendre (ju simplement à comprendre des recherches originales sur la mémoire.

Les causes de la transformation a[)[)aruc depuis quelf]ues années seulement dans la [)sycliologie de la faculté rétenlive, remontent assez haut. Si les philosoj)hes seuls eussent continué à étudier la mémoire, en ap|)liquanl à cette élude leurs méthodes à eux, nous en serions probablement encore réduits à croire que, la fcicullé fie retenir et de reconnaître est relativement simple ; que c’est une des grandes facultés de l’Ame. Certains spiritualistes vont jiiscpi’à faire d(' l’existence

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de la mémoire une des preuves les plus solides de la vérité de leurs doctrines. Le fait de conserver identiques, durant de très longues années, des représentations conscientes, cependant que l’organisme se renouvelle plusieurs fois intégralement, prouverait l’existence de Pâme, substance modifiée par les souvenirs et qui seule demeure immuablement. Heureusement pour le spiritualisme, il existe en faveur de la nature de l'esprit des arguments plus sérieux.

Les philosophes avaient bien remarqué que la mémoire n’a pas la même puissance chez tous les hommes, qu’elle varie dans le cours de la He, mais les uns en attribuant toute variation de la faculté rétentive à des inégalités purement intellectuelles, reculent indéfiniment la solution du problème ; les autres, tout en admettant que la mémoire est une propriété essentiellement organique ne l'étudient néanmoins que par l’introspection ou l'observation simple. Ni les uns, ni les autres n’avaient même songé à l'expérimentation contrôlant les observations rigoureuses faites par des savants de profession.

Cependant que les philosophes, depuis les orirrincs jusqu’à nous, étudiaient la mémoire ]iar l'obsenation simple on par 1 introspection, en dehors du domaine philosophique, les médecins observaient chez leurs malades des altérations de la faculté rétentive. Dès I antiquité on avait releve des laits île ce irenre ; Pi.ive le naturaliste s’exprime ainsi : « Rien n'est plus frarrile ipic la mémoire de riiomme, les maladies, les chutes, une simple Irayeur I altèrent . soit complètement, soit partiellement. Lu homme frajipé d’une pierre n’oublie que, les lettres, un homme tombé d'un toit très élevé

LA MKMOIUE

ne reconnaissait plus ni sa mère, ni ses parents ; une maladie enlève à un autre le souvenir de ses esclaves.

L’orateur Messala Couviaus oublia son pro[)rc nom. »

Pliae, Ilist. iNat. lib. \11 C. 2/1 ‘.

Les médecins en général, et les aliénistes en particulier, ont eu l'occasion il’observer un nombre protligieux de pertes, de troubles, d’alVaiblissemenls ou d’exaltations des souvenirs ; mais ils ont observé en médecins et non en psycbologues.

Il semble qu'ils u'aieid babituellement attribué à ces troubles qu’une importance secondaiie ; d’après M. Soi.i.iEK^, le plus ancien travail systémati(pie paru sur les amnésies date de 1S17, c’est « VEssaisurlcs maladies fie la mémoire » |)ublié pai' M. Louvek- ^ iLLEKMw dans les « Mémoires de la société de médecine de Paris. » Depuis, un nombre considérable d’études systématicpies, d’observations, ont vu le jour.

Les maladies de la mémoire, comme les autres altérations morbides, ont l'ait l’objet de thèses soutenues {)Our l’obtention du titre de docteur en médecine; et quebpies-unes de ces thèses, remartpiablemeut composées, sont précieuses par la richesse* de leur documentation.

A cote des [)bilo.sopbes (;l des médecins, les physiologistes se sont occiqeés de la mémoire, et pour ne pas remonter trop haut, dans son système bàtil et prématuré de localisations cérébrales, (i vi.i, n’avait

I. Jo cite, d’ajin’s Nt. Udi ii.i.aiii), Kssai sur 1rs amiiùsics priiicipalcrncril au point ilc vue oliülogi(|iic. Tlirsr, t’aiis, i88.').

a. M. SüM •1ER. IjOS troubles de la mémoire, l’aris, i8y:!, p. 17.

point omis de fixer le siège de la laculté rélenlive. D’apres lui, un caractère assez étrange indique le développement de la mémoire : il avait cru remarquer que les enlanlsaux yeux de bœuf (à fleur de tète) ont plus de mémoire que les autres, mais n’ont que cette supérioritédà

Tous les travaux innombrables entrepris dans tous les pays sur les fameuses localisations cérébrales, depuis lÎROCA jusqu’à Fleciisig, ont pour objet de déterminer les points du cerveau où se forment les images, les émotions, les sensations brutes, et par conséquent leurs souvenirs.

Sans doute, quelques psychologues connaissaient, vaguement, les travaux intéressants des biologistes cl des cliniciens ; mais les résultats de ces observations, de ces rccbcrcbes restaient en dehors du cadre de la psvcbologie proprement dite. En i883, M. Uirot. dans un livre dont le succès retentissant dure encore, introduisit, pour ainsi dire ofliciellemenl, dans la ]isvcbologie, les résultats si importants obtenus en dehors d’elle. Du couji le problème de la mémoire apparut ])rolond('iueni luodifié et singulièrement élargi. Au lien d une laculle relali\ emcnl simple, des rouages multiples d une comjilication qui lait encore, à 1 heure actuelle, le désespoir des chercheurs.

« fm lait, il n’y a pas une mémoire mais des mémoires*. »

Au lieu de modilications simples, immuablement

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