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LA ^lÉMOIBE

Les exemples cités par Ribot et que tout le monde connaît confirment en tous points les idées théoriques du savant professeur et voici une étude plus récente de M. Pitres’, qui montre que chez les aphasiques dont les centres moteurs n'ont pas été détruits (altération de la mémoire de fixation), mais seulement altérés dans leur fonctionnement (amnésie de reproduction) les malades présentent dans la période de guérison des améliorations qui se succèdent dans l’ordre suivant : d’ahord ils retrouvent l'usage de leur langue maternelle, puis des langues étrangères qui leur sont le plus familières ; enfin, ils retrouvent les langues apprises en dernier lieu: l'auteur observe encore que la mémoire sensorielle des langues réapparaît avant leur mémoire motrice, les sujets comprennent les divers idiomes avant de pouvoir les reparler.

S’il scmhle légitime d’admettre que dans l'amnésie progressive les souvenirs se détruisent par couches, il faut se garder de pousser trop loin la comparaison et de dire avec certains auteurs que le cerveau impi'égné de souvenirs est comme nu terrain composé de couches superjiosées ; les somenirs les plus récents étant fixés dans les couches superficielles, les plus anciens dans les couches profondes; puis de considérer les amnésies progressives comme, le résultat d’une espèce de tremhlement de terre qui remue surtout les terrains de réjXKpic quaternaire et laisse indemnes les couches primaires. Les images cérébrales

1. iM. t’iTUES. ÉUiilo sur ra|iliaÿic clicz les jiolvglolles. (U' médecine, 189.'), 11° ii.

MALADIES DE LA AIEMOIKE DE IIEPRODUCTIOA IQQ

ne se déposent pas dans la péripliérie de l’écorce cérébrale comme si elles avaient passé îi travers le crâne et les méninges; toute impression consciente est arrivée à l’écorce cérébrale par les fibres de la couronne rayonnante; s’il [)ouvait y avoir un dépôt réel d’impressions dans l’épaisseur de l’écorce, il faudrait supposer naturellement que les plus anciennes sont déposées le plus excentriquement, les plus récentes jilus loin de la surface extérieure du cerveau, ün demeure stupéfait en lisant chez des auteurs comme M. Sol LIER que (c tous les auteurs admettent la stiatilication des souvenirs, bien démontrée, du reste, par leur mode de régression, qui a pu être formulée en loi. Les souvenirs récents semblent (!!*) occuper les coucbes les plus superficielles de l’écorce et gagner la profondeur au fur et à mesure que de nouvelles ima ges viennent s’.y fixer ' ».

(( Il serait [uiéril, dit M. Riboi " de su])|)oser que les souvenirs se dé[)osent dans le cerveau sous forme de couches, [>ar ordre d’ancienneté, à la manière de stratifications géologiques, et que la maladie descendant de la surface aux couches profondes, agit comme un expérirneiilateur qui enlève tranche par tranche le cerveau d’un animal. »

A considérer en bloc la loi de régression on aboutit, me semble-t il, à celte inter|)rélalion (pie les souvenirs des mouvements habituels organi(|ues tels f|ue la marche, la natation, etc., sont lixés dans la moelle et le bulbe ; les émotions semblent d’après

I. M. Soi.LiER. I>cs troubles de la mémoire, |). I2ij. 3. M. Hibot. Ofi. cit., [I. 100, 3® éililion.

les travaux les plus récents localisés également dans l’isthme de l’encéphale, quant aux représentations elles se forment et se conservent dans l’écorce ; mais il existe dans l’écorce des centres de projection et d’association ; les images reliées à un grand nombre d’autres images, les groupes que M. Ribot considère comme fortement et anciennement organisés sont plus stables que les associations récentes : on se corrige plus facilement d'un tic récent que d'un défaut ancien ; de même on retient plus facilement, l’expérimentation l’a prouvé, une idée fixée sous trois formes eprune image visuelle pure ; la mémoire des mots est bien supérieure à celle des sensations, la mémoire des phrases vaut plusieurs fois celle des mots ; plus un souvenir s'cleml en surface dans réenree plus II est stable. Prenons l'exemple de l’abolition et de la réapparition de la mémoire chez les polyglottes ; qu’est-ce qu'apprendre une langue étrangère? C’est associer des sons et des mouvements phonateurs et parfois scripteurs nouveaux à d’autres mouvements de même nature, appris antérieurement ; mais combien cette étude est artilicielle eu comparaison de l’éducation initiale de la lanrruc maternelle. C’i'st la solidité, la richesse, la précision des souvenirs de la première qui permet de s'assimiler les auti es. Pour connaître vraiment plusieurs langues, il faut en posséder à fond une seide dont les autres ne sont <pie les traductions. Sinon on se trouve dans le cas de ces soi-disant polyglottes cpii pensent et i^'e.rpriment en plusieurs langues (-1 (pu n'en possè<lent aucune.

(bnind on jiarle de couche, à propos de représen tâtions conservées dans l'écorce, il convient d'en-

tendre par là des groupes d’éléments reliés par des liens plus ou moins puissants ; des agrégations plus ou moins stables. Alors il est vrai de dire que les associations les plus récentes l'ésistent moins que les plus anciennes; et lorsque la guérison survient, les plus stables réapparaissent plus rapidement (|ue les moins stables.

Puisque l’amnésie de reproduction est avant tout une amnésie l'onctionnelle, il est naturel de se demander si les divers troubles c[ui la provoquent n’agissent pas d'une façon uniforme? Et l’on est tenté de ^oir la cause générale de l’amnésie de reproduction dans un ap[)auvrissement du sang ou un ralenlissement dans la circulation; et la cause de son exaltation dans l’alllux d’un liquide nourricier plus riche. Il s’agit bien entendu du jeu naturel de l’association; il peut exister des amnésies de reproduction par destruction des liens qui unissent les centres ilans lescpiels sont disposés les éléments divers des groupes ou des séries ; dans ce cas l’amnésie de iTqiroduction est incurable, tout comme celle de lixalion ; mais cpiand il y a sim|)lement altération fonctionnelle, par empoisonnement, émotion, etc., suitout anémie ou byperbémie, n’est-il pas vraisemblable que la circulation joue ici le rôle cajiital. M. Uibot', après d’autres admet cette cause. D’une manière générale, la re|)ioduclion des souvenirs paraît dépendre de l’état de la circulation ; non seulement la circulation générale mais aussi la circulation |)articulière du cerveau.

Enfin, ce n’est pas seulement la (piantilé du sang

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