‹ La mémoireChapitre 91 sur 148 · M. UüLlI.l.AHIJ. ()p. cil., [I. I2(J · texte numérisé non relu

M. UüLlI.l.AHIJ. ()p. cil., [I. I2(J

l.A MK moire

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l’épilopsic est duc à des décliargcs nerveuses qui se font iaslanlancinent dans les centres supé*rieurs et qui arrêtent leur action. Libres de tout frein les centres inférieurs continuent à fonctionner, mais d’une façon purement automatique.

Cet automatisme mental aboutit à une sorte de rêve ; le rêve é[)ileptique, dû à l’anarebie des centres supérieurs est toujours précédé d'accès plus ou moins courts, plus ou moins faibles. Ün les trouve toujours, il s’agit de les chercher.

Les décharges nerveuses qui produisent l'épilepsie perturbent d’abord les organes des sens, et déterminent des hallucinations, surtout de la \aie. Celles-ci peuvent constituer à elles seules toutes les manifestations de l’épilepsie.

L’accord étant rétabli entre les centres supérieurs et les inférieurs, les uns ne peuvent retrouver les souvenirs des actes accomplis par les autres pendant l'anarchie », Cette interprétation formulée en iSyô, repose sur une conception des localisations cérébrales fort analogme à celle de jM. Fi.ecusu:.

En tout cas pour Jacksoa il s'agit évidemment d’une amnésie de reproduction ; le souvenir des actes accomplis jiar les centres inférieurs jiendant (juc ceux-ci n’étaient jtlus en relation avec les supérieurs, les a retranchés de l'ensemble du moi.

Le somnambulisme et le ilédoublement peuvent être provotpiés ; dans ces états de fragmentation de la personnalité, on peut étudier de plus juès les modilicatious de la mémoire.

l n d('s plus curieux (-xemples de dédoublement pro\o(pi(- est !(' cas de ce négociant cité jiar

M. Féré' et qui s’élail dcdoiihlé petit à petit luimême, par une sorte d’au lo-suggcstion .

Je résume la citation :

Lu homme de 3“ ans, commerçant appartenant à une famille dans laquelle on [leut relever un certain nombre d’accidents nerveux, a eu, tlurant son en lance, des terreurs nocturnes, et des accès IVécpicnts de tristesse ; il cherchait la solitude ; il n’est pas hystérique, il est marié depuis dix ans. Il n’a cpi’à se féliciter de sa situation, cependant il est morose, taciturne ; on rernaripie qu’il a des absences. Ces absences se répètent et se [irolongent. On consulte un médecin, celui-ci interroge et linit par obtenir la confession du malade.

La voici : dès sa plus tendre enfance, jiorté à la tristesse, il a eu la tendance à interpréter en mal tout ce (jui SC passait autour de lui ; n’osant laisser voir ses antipathies à son père, très sévère, il [)i-end riiahitiide de s’isoler dans les endroits les |)his reculés de la maison, plus tard il sort seul ; et dans sa solitude il s’habitue à vivre par rimagiiialion, à cons truire des châteaux en Ks|)agne.

,\u début, CCS constructions étaient é|)liémères, renqilacées clnupie jour par d’aiilics uoiivi'lles ; plus tard, il reprerul le lendemain son rêve de la veille, le continue, le perfectionne, garde le même rê\e peu daiit |)lusieurs jouis, plusieurs semaines. Le malade a [larcouru ainsi plusieurs carrières, lanlùt militaire, tantôt marin, tantôt ingénieur.

I. \I. Ch. Fékk. P/tlliol()"ie des (’inotioiis. Paris, Alcan, uSy.!, |).

Hiekvi.iet. iJ

A la sortie du collège, la vie en commun avec les employés de la maison, le tracas des affaires, son mariage, rcmpêclient de s’adonner à la rêverie ; mais deux ans environ après son mariage il reprend son habitude ancienne, refait des constructions imaginaires qui durent plus ou moins longtemps, et enfin aboutit à un rêve unique, toujours le même et qui s’installe définitivement.

Depuis pins de cjiialre ans voici son rêve : le malade a fait construire à Cbaville, à proximité d'un bois, un chalet entouré d’un jardin. Puis successivement des agrandissements ont transformé le chalet en château, le jardin en parc ; il a bâti des écuries, acheté des chevaux. Toutes les fois que le malade ]iouvait s’isoler il se transportait dans son domaine idéal, modifiant un détail, changeant la disposition des meubles, etc.

11 y avait mené une femme ; deux enfants étaient nés, son ménage idéal prenait toutes ses affections, ’l’rès froid à l’égard de sa femme réelle et de ses propres enfants, il négligeait ses affaires. Et voici, au point de vue de la mémoire, le point saillant : quand on lui demande ce ipi’il a fait le dimanche précédent, il croit, parce cpi’on le lui allirme. (pi'il a été avec sa femme à la nu'sse de dix heures, mais il ajoute ; « si on ii(' me l’avait pas dit, je jurerais (pie je suis allé à \ ersailles acheter des plantes vertes pour rem placer celh's de la salle à manger de (’-lunille. (|ui étaient mortes. » l n jour occupé, dans son château imaginaire, à surveiller un tapissier qui modifiait l’arrangement d’une tenture du salon, il est interpellé par un client ; il l'st tellement absorbé (pi'il ne

volt pas l’homme se diriger vers lui, et à la demande de ce dernier : « M. M. s’il vous plaît ?» — il répond « il est à Chaville ».

Sa réponse, faite à haute voix en public, le rappelle à lui, il craint qu’on le prenne pour un fou. 11 est malheureux, essaie de se délivrer du délire qu’il a volontairement créé, mais au bout d’un certain temps d’isolement il ne pouvait s’empêcher de retomber dans sa manie. Voilà bien, me semble-t-il, le plus curieux exemple du dédoublement de la mémoire en deux touts, associés entre eux ; l’un, l’imaginaire, finissant par envahir la conscience, y formant un ensemble compact d’images reliées entre elles à tel point que le sujet se rappelle des milliers de représentations visuelles enchaînées en une construction harmonique qui se modilie à mesure qu’il fait des transformations imaginaires.

.Mais un autre fait des plus curieux, que cette observation nous révèle, c’est que le sujet sait ipi’il se dédouble, et se dédouble volontairement, (juandil lui [liait. Le cas de ce malade est une forme de transi tion entre l’état normal et l’état de dédoublement proprement dit; il montre bien l’état de la mémoire dans ce dernier cas; dans la conscience de M. M. il existe deux noyaux, deux grouj)ements de souvenirs nette ment distincts : le j)rcmiei' coni])rcnant la mémoiie de la vie réelle, le second la mémoire de la vie rêvée, ce dernier groupe semble mieux organisé (jue l’autre; mais si les deux groupes sont distincts, ils ne sont pas séparés, le malade passe de l’iin à l’autre ; su[)prl niez ces liens qui unissent les deux groupes oiganisés de souvenirs, et vous avez le dédoublemeni viai.

la dualité de personnes telle qu’elle apparaît spontanément chez certains hystériques, ou telle qu’on la provoque par suggestion.

Le phénomène bien connu de la suggestion hypnotique à terme montre l’existence de ces groupes détachés de la mémoire organisée. On hypnotise un sujet et, quand il est endormi, on lui donne l’ordre de se rendre le lendemain, au moment ov'i trois heures sonneront au helTroi, chez le procureur de la République s’accuser d’un crime imaginaire ; on lui cite tous les détails qu’il devra rappeler, puis on le réveille. Le sujet revenu à l’état normal n’a aucun souvenir de la suggestion ; il ne saurait en ce moment se rappeler, ni qu’il doit se rendre chez un magistrat, ni qu'il a commis un crime, ni aucune des circonstances dans lesquelles il l’a commis. Cependant, dans une partie de son cerveau dort le groupe des images associées que l’hypnotiseur y déposa ; ce groupe n'a aucun lien avec les souvenirs de sa vie habituelle : il est placé en dehors do son moi ; mais qu'une stimulation extérieure éveille directement une des images faisant partie du groupe isolé; aussitôt toutes les autres se réveillent |)arco (pi’olles sont associées à cette image rajipelée par une stimulation directe; les représenta tions du crime, les circonstances, le souvenir du procureur de la Képuhlicpie, l’ordre reçu de s'accuser, tout revient ; l’image auditive ipie le timlire de l'horloge introduit dansla couscience est le bouton (pii presse sur la porte .secrète du réduit ignoré où se cache le grou|ie des souvenirs cpie l'h v|uiotiseur y a mis. .l'ignore si tous l('s Inpnotiseurs admettront mon interprétation; pour la rendre indiscutable, il faudrait faire la contre-

épreuve: suggérer à quelqiruti uu acte à acconqilir, mais en prenant le soin, si cela est possible, crcxclurc du groupe d'images (|uc l’on dépose dans son cerveau toutes celles qui, d’une manière quelcoiupie, |)eiivent être éveillées directement par stimulation extérieure ; et constater ipie dans ce cas les elTets de la suggestion ne se protlnisent pas.

Dans les dédoublements plus ou moins iirolomls, que l’on obtient chez un même individu, on constate l’existence de trois, même de ipiatre de ces groupes indépendants de souvenirs organisés. «Le I)'' IIerrert Mayo cite un cas de ipiintu|)le mémoire : l’état normal du sujet était interrompu par quatre \ariétés d’états morbides dont il ne conservait [las le souvenir au réveil ; mais cbacun de ces étals présentait une forme de mémoire cpii lui était pro[)re '. » Ces états ne sont pas tous indépendants de la même manière; souvent dans l’un d’entre eux le sujet se souvient do ce qui s’est [)assédans plusieurs autres.

,M. Ci RXEY^, dans une étiule très cuiieuse, montre que certains sujets ont des stades tie mémoire distincts, f[u’ils traversent pendant leur sommeil bypnotique, cbaipie état de conscience ne conserve en ell'ct le souvenir ipie de lui même. Voici comment l’auteuiexplique CCS phénomènes délicats : « Vprèsavoir amené un état [larticulicr dcsommcil que nous appelons l’état

1. .M. Herbert Mayji. A [iperiilicc lo llio ro[)orl of mcsiiii'riMn . Proceediuf’s S. P. K., iftMa, p. attU, (ra[)rè.s M. Pierre .lAxrr, 1’ .Automatisme j)sycliologi<pie, édition, [). H.i. Paris, .Alcan, 189',.

2. M. (lunNEY. Stages of lijpnotic memory. /‘rocrca ings S. P 1{-, 1887, p. 017, d’après lu., id., p. 80.

LA MÉMOIUE

A, nous causons d’une chose quelconque avec le sujet. Celui ci est alors amené à un état plus profond, l'état

B, et si l’on veut continuer avec lui la conversation précédente, il se trouve tout à fait incapable de s'en souvenir, et même de se souvenir de quelque chose qui lui a été dit. On commence alors avec lui une nouvelle question, en le priant de se la rappeler, après quoi on le ramène à l’état A. Il ne peut se rappeler ce qu’on vient de lui dire dans l'état B, mais continue la conversation commencée dans le premier étal A, dans lequel il se retrouve. Mené de nouveau à l’étal B, il se rapj^elle de même ce qui lui a été dit dans cet état, mais a oublié ce qui a été imprimé en lui dans l’étal A. Eveillé, il ne se souvient de rien de ce qui lui a été dit'. » L’auteur a constaté ainsi trois états de mémoire pendant le sommeil hvpnotique, ce qui faisait pour ce sujet, en tenant compte de la mémoire pendant l’étal de veille, quatre formes de mémoires diirércnles et entièrement indépendantes, semhlc-l-il.

Les phénomènes que nous venons de rappeler ont fait surgir de multijdes théories: pourquoi et comment s’ojière la fragmentation de la mémoire? Pour ma part, je crois que c’est uniquement dans les lois de l’association (pi'il faut «-herchcr l'eAplication de ces phénomènes, f't tout d'abord pour que des images puissent s’associer en groupes ou séries, il faut que le sujet ait eu consc'icnce que ses éléments se présentaient ensemble ou successivement ; une représentation tpiclconquc trop faihloou trop fugitive qui scscra

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