I. M. I’. .Ianet. 0/1. cil., ]i. 8(i
produite en même temps que d’autres plus durables et plus intenses, ne sera pas reliée à celles-ci. J’ai assisté hier à une soirée intime, je sais que nous étions douze personnes, je me rappelle plus ou moins bien les dix premières, mais je ne puis retrouver aucun souvenir de la onzième. Et je me demande si nous n’élions pas, moi compris, onze seulement.!' J’interroge la maîtresse de la maison, nous étions bien réellement douze. Celui que je n’ai pas remarqué est le jeune M. II. T rès timide, il s’est glissé dans les endroits les plus écartés, n’a presque rien dit de toute la soirée ; maintenant qu’on me rappelle un détail, je me souviens d’avoir vu très vaguement la silhouette d’un dos et c|iie cette vue m’a causé un certain étonnement. Si on ne m’avait pas renseigné ce malin, dans le groupe des milliers d’images que mou cerveau a enregistrées hier soir, tout ce qui rappelle M. II. aurait fait défaut. Pourquoi;' Parce que je n’ai pas remarqué M. II. au milieu des autres invités.
M. P ierre Janet explique ces fragmentations de la mémoire par des anesthésies partielles. Si un aveugle garde le souvciiir des images visuelles déposées dans ses centres nerveux avant l’altéiation île ses organes, et s’il peut, comme cela se démontre, construire, an moyeu de ses souvenirs, de nouvelles combinaisons d’images ; un sujet ipii aurait perdu les centres nerveux de la vision, alors même que ses yeux seraient intacts, ne [)onrrait [)lns se souvenir (rancune des images dépos('‘es dans ses centres. C’est évident, la's anesthésies hystériques produiraient ce n'sidtat.
iN’onhlions [>as ipie les (l('douhleuienls de la pei’sonnalilé s’accompagnent de luodilications dans l’étal
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de la sensibilité, et que celle-ci peut être dilTérente de qualité et de quantité dans chacun des étals de dédoublement.
Al. Pierre Jaaet a essayé de démontrer expérimentalement la justesse de son hypothèse. « 11 est assez facile de vérifier maintenant ce point par des expériences précises : on pourrait faire éprouver à des personnes une sensation déterminée, quand elles sont bien sensibles, attendre que le cours de la maladie les rende anesthésiques et voir si elles ont alors conservé le souvenir de la sensation précédente. Mais l’expéiience serait ainsi bien longue et très difficile <à surveiller. 11 vaut mieux, je crois, se servir des changements artilicicls produits dans leur sensibilité au moyen des agents oesthésiogènes. Après quelques tàlonnemenls, j’ai reconnu que l'on pouvait rendre momentanément à Rose la sensibilité d'une partie de son corps par trois procédés : ou bien par l'application prolongée d’un fort aimant, ou bien par l'apjdication de plaques métalli(jucs d'étain ou de jilomb. ou enfin et plus facilement au moven d'un courant électrique de moyenne intensité (ao ou oo éléments Trouvé).
Pose était donc à l'état de veille, je lui rends la sensibilité tactile du bras droit, par un cmirant électriipie et je m'assure ipfelle sent bien les jii(]ùres et les at loucbements. Je lui mets alors dans la main droite un pHit objet ipie je la jU’ie de reconnaître au loucher, sans le regardi'r. « (l'est un petit cravon », me dit ('lie. .le supprime alors le courant éleclri(pie et pendant (piebpies minutes, je lui |iarle d'autre cbos('. \u bout do (juebjues minutes je lui demande :
« Qu’avicz-vous dans la main tonl à l’heure i* — Un petit crayon », répond-elle. J’examine la main droite et je vois ([u’elle est encore sensible, cet examen peut se faire rapidement sans la prévenir. Kepassant auprès d’elle une heure plus tard, je répète la meme question et elle me répond alors : « ^'ous ne m’avez rien mis dans la main, je ne me souviens de rien. » Si j’examine alors rapiilement la main droite, je constate fpi’elle est de nouveau complètement anesthésique. Mais, dira-t-on, en une heure elle a pu oublier une chose aussi insignifiante que le contact de ce petit objet. Soit, mais poursuivons l’expérience. Le lendemain, je retourne la voir, et je constate naturellement qu’elle n’a ni sensibilité de la main droite, ni souvenir de mon crayon. Je lui applique encore sur la main le même courant électri([uc ; au bout de deux ou trois minutes, le bras est de nouveau sensible, et elle se met Èi dire spontanément : « Ab ! mais, c’est nn petit crayon que vous m’aviez mis dans la main hier'. »
Dans le cas de Hose, il s’agit d’une fragmentation fie la mémoire tonte particulière; la ménmiie tactile du bras flroit, séqiarée de la mémoire générale, dis paraissant on renaissant avec la sensibilité dn membre Si l'on admet ipi’iin sujet dans l’état I, par exemple, a l’acuité visuelle très développée, mais tous les antres sens [laralysés, on pouria par slimniation visuelle communifjuer avec lui et dans cet état se déposera tout un complexiis d’images visuelles dont aucune ne sortira des centres visuels. Sujijiosez alors