ACTE I, SCENE III
vailler double, j’ai laissé auprès de Marguerite une bonne fille, bien dévouée... Brigitte, qui lui sert de femme do chambre.
LÊOPOLD1NE.
Une femme de chambre !...
JEAN-PAUL
Oui, la forgeronne a une femme de chambre... Si ça n’avait pas suffi, je lui aurais donné des laquais, j’aurais dépensé pour elle tout ce qu il y a dans la maison. ( S'arrêtant en regardant sa mere.) Cane vous fâche pas, mère, que j’aime Marguerite autant que ça ?
THÉRÈSE
Non, mon ami... Aime-la plus encore, et si elle te rend en bonheur co que tu lui donnes en amour, je la bénirai.
LÉ0P0LD1NE
Ta gaieté me dit assez que tu n’as plus rien à craindre pour ta femme,
JEAN-PAUL
Non... mais j’ai eu bien peur, allez... Quand nous sommes arrivés à Spa, elle était si faible que le médecin des eaux me prit à part et me dit: Celte pauvre femme est perdue... Un coup de couteau m’aurait fait moins de mal... Mais depuis six semaines les nouvelles sont bonnes, très-bonnes; le docteur m’a écrit que je pourrais sans danger ramener Marguerite à Marienberg, et j’avais annoncé à ma femme mon arrivée là-bas pour demain ; la maladresse d’un domestique m’a fait manquer la voiture hier... et c’est aujourd’hui seulement que je pourrai me mettre en route... Encore quelques jours, et la joie, le bonheur rentreront dans ma maison, et j’aurai, là, réunis sous mes yeux, tous mes amours, tous mes trésors !
zahn, entrant.
Pardon, madame... votre voiture qui était allée relayer à la poste est revenue... et le postillon dit qu’il ne peut pas attendre.
LÉOPOLDIKE.
Merci...
JEAN-PAUL
Comment ! vous partez comme ça, tout de suite?
LÉO POLDINE.
Il le faut, mon ami; de graves intérêts m’appellent à Dresde... mais si je ne peux pas voir Marguerite, je ne veux pas quitter Marienberg sans avoir embrassé la fille... ta fille à qui tu as donné un de mes noms... et que vous me permettrez bien d’aimer aussi...
Thérèse, se disposant à conduire Lèopoldine.
Elle est là, dans ma chambre.
JEAN-PAÜL.
Oh ! mère, laissez-moi la montrer à Léopoldine... je suis si fier de ma fille... Ça n’est pas pour me vanter, mais c’est un petit chef-d’œuvre que j’ai fait là... Vous pourrez gagner votre voiture sans passer par ici... il y a un autre escalier.
LÉOPOLDINE
Alors, bonne mère Thérèse, recevez mes adieux et dites à Marguerite qu’il y a loin d’elle un cœur qui la remercie du bonheur de Jean-Paul... (Elle embrasse Thérèse, et sort à droite avec Jean- Paul.)