‹ La mendiante drame en cinq actes (volume 3)Chapitre 25 sur 91 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

' t MARGUERITE.

Grâce à tes soins, je me sens moins absente de Marienberg, et mon passé n’est pas entièrement brisé... Par toi je voir grandir et embellir ma fille... je recueille toutes ses paroles... je prends ma part de toutes ses joies... Quand je retombe dans la réalité, j’en souffre davantage, c’est vrai... Mais qu’importe toutes les tortures pour prix d’un tel bonheur !... Les regrets et le remords ne me feront jamais a niant de mal que tes lettres me font de bien.

BRIGITTE

Dame ! je vous dis tout ce que je sais... et je sais à peu près tout; car si maître Jean-Paul ne m’a pas reprise chez lui quand je suis revenue à Marienberg par votre ordre, au moins il ne trouve pas mauvais que je loge dans son voisinage, et même que je rende de petits services à madame Thérèse, ce qui me met au courant de beaucoup de.choses... Déplus, j’ai donné à Zahn l’idée d’être amoureux de moi, ça fait qu’il me conte le reste.. . C’est par lui que j’ai su l’événement de la louve; mais quand le danger a été. passé...

MARGUERITE

La louve !... un danger !... Que veux-tu dire?

BRIGITTE

Ah ! c’est vrai, je ne vous l’ai pas écrit... ça vous aurait trop effrayée.

Explique-toi ; ce danger, qui donc menaçait-il?

BRIGITTE

Faut vous dire qu’il y avait dans le pays une louve qui faisait de grands ravages et qu’on disait même enragée... Depuis quelques jours, pourtant, on n’en entendait plus parler; et la croyant tuée ou paitie, on faisait moins bonne garde à M Tienberg... Un soir, comme tout le monde dormait dans la maison, maître Jean-Paul, avant de se reposer de sa journée, était entré, selon son habitude , dans la chambre de Marie pour la regarder dormir... 11 allait quitter la chère petite , quand tout à coup la seconde porte de cette chambre qui donne sur la cour, s'ouvrit comme si une rafale du vent l’avait poussée ; maître Jean-Paul se retourne et se trouve face à face avec deux yeux flamboyants et une gueule menaçante... C’était la louve qu’il avait devant lui!

MARGUERITE

Dans la chambre de Marie I...

BRIGITTE

Prête à y entrer du moins et à se précipiter sur la pauvre enfant, qui dormait toujours.., Comment, sans armes et sans bruit,

28 LA MËNDIANÎË.

a-t-il pu venir à bout de sa terrible ehnemie... c’est un 'miracle de Dieu ! L’enfant ne s’est réveillée que le lendemain à son heure ordinaire.*. La porte de la cour était refermée.*. 11 n’y avait autour de Marie aucun désordre, aucune trace du danger qu’elle avait couru... Quant à la louve, on la trouva morte* ' étranglée sur le pavé de la rue, à cent pas de la forge de maître

MARGUBRITB.

Mais lui ? lui? ce pauvre père ?

BRIGITTE

Comme il. ne voulait effrayer personne, il prétendit s’êlre blessé en travaillant.

MARGUERITE

11 était blessé !

BRIGITTE

Oui, a la main droite... une morsure de la louve... La cicatrice y est toujours... mais personne n’en connaît la cause véritable... excepté Zahn à qui il avoua tout, en lui ordonnant de brûler sa blessure avec un fer rouge... Si, d’ici à neuf jours, lui dit-il, tu vois de temps en temps mes yeux s’animer et mon visage pâlir, ne me laisse plus approcher de Marie, et va dire au médecin que j’ai tué la louve : il saura bien ce qu’il faut faire de moi... Mais si ma santé ne s’altère pas, alors, je t’ordonne le silence pour tout le monde et pour toujours.

Marguerite , avec une anxiété.

Eh bien?

BRIGITTE

• Eh bien '.T'assurez-vous... Voilà plus d’un an que c’est passé, et Zahn n’a rien dit qu’à moi.

marguerite, avec une émotion croissante.

Mon Dieu 1 il a tout, cet homme... la force, le courage, le dévouement et la résignation! Jean-Paul, je suis trop misérable pour avoir lo droit de vous bénir... Jean-Paul qui avez sauvé ma fille, je n’oserais pas même m’agenouiller devant vous... mais Dieu permet que devant lui je prononce votre nom à genoux. (Elle s’agenouille et répète avec admiration .) Jean-Paul! Jean- Paul !

Brigitte, avec intérêt.

Chère madame Marguerite... je vous ai fait trop de peine... Ne pleurez donc pas ainsi.

MARGUERITE

Va, ce sont de douces larmes, Brigitte... J’en ai eu tant d’autres h verser,., celles-là reposent mon cœur et mes yeux.

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