ACTE il, 8CENE III
• BRIGITTE
Au moins, ce n’est pas monsieur Christian qui vous rend malheureuse... il vous aime toujours.
MARGUERITE. '
Lui ? je ne sais pas.
BRIGITTB.
On parlait de voire départ... c’est avec lui que vous allez voyager?
MARGUERITE
Non, Brigitte,,, non.,, Je vais savoir si après avoir été, pour lui, si coupable, je ne suis pas abandonnée par lui.
BRIGITTE
Serait-il possible !
Marguerite, t :ivement.
Mais pourquoi m’interroges-tu?.. J’étais avec les anges et tu me repousses dans mon enfer... j’y retomberai toujours assez tôt... fais-moi oublier que nous sommes à Mulrose et retournons à Morionberg. . Parle-moi encore, Brigitte, de tous ceux dont ma faute me sépare... que grâce b toi, je puisse un moment vivre en illusion de cette existence heureuse et pure qui ne doit plus être la mienne... parle-moi de cette pauvre mère qui m’avait conlié le bonheur de son fils,,, parle-moi de celui que j’ai trop longtemps méconnu.., parle-moi de Marie, surtout.,, Tu l as bien embrassée, n’pst-ce pas, en quittant Marienberg?
BRIGITTE
Mais c’est elle qui est partie la première... moi, je l’ai suivie à Mulrose.
MARGUERITE
Que dis-tu donc?., ma fille est ici... près de moi. •
BRIGITTE
Avec maître Jean-Paul et Zahn... mais oui! madame, c’était pour vous annoncer cette nôuvelle-là que je suis venue.
MARGUERITE
Marie dans cette ville? Ah! mais c’est comme un rêve... Tu ne me trompes pas? tu ne t'es pas trompée toi-même... C’est bien Marie, ma fille qui est partie de Marienberg pour venir à Mulrose?
BRIGITTE
Je l’ai vue partir et je suis arrivée presque en même temps qu’elle. Sou père, qui voyage souvent, l’emmène partout avec lui... il ne veut plus la quitter depuis l’événement de la louve. marguerite, aveç résolution.
En ce cas, tu vas me conduire près d’elle.,, car tu pas pu
venir m’apprendre cela sans avoir aussi à me dire : Vous allez la voir.
BRIGITTE
Certainement... c’est bien ce que j’espère... pourtant vous ne pouvez pas aller la trouver à l’auberge où elle est descendue...
MARGUERITE
Eh ! pourquoi donc ?
BRIGITTE
Parce que vous risqueriez d’y rencontrer maître Jean-Paul.
MARGUERITE
Oui, Jean-Paul et sa terrible sentence : Vous ne la reverrez jamais 1 Comment faire alors?
BRIGITTE
Ecoutez, car j’avais mon idée en venant vers vous. Si vous ne pouvez pas vous rendre près d’elle... on peut l’amener ici.
MARGUERITE
Qui me l’amènera... toi?
BRIGITTE
Oh! non... on ne me la confiîrait pas... mais Zahn, lui, a le droit de se promener avec elle... Zahn ne sait rien me refuser... il fera ce que je voudrai, pourvu, cependant, qu’il ne se doute pas que c’est chez vous qu’il conduit Marie.
MARGUERITE
Si tu réussis, Brigitte,' tu m’auras rendue si heureuse que je pourrai mourir après, sans plus rien regretter en ce monde... je croirai que Dieu m’a pardonné : j’aurai revu ma fille !
BRIGITTE
Soyez tranquille... j’arrangerai cela... Maître Jean-Paul, qui est sans doute venu ici pour une affaire de commerce , car il a apporté une grosse somme d’argent, a parlé d’aller ce matin chez un notaire... je profiterai de son absence pour m’entendre avec Zahn... Voilà justement l’heure où votre mari doit sortir.
MARGUERITE
Vraiment... alors, il faut te hâter.
BRIGITTE
Je cours bien vite à l’auberge ... mais je crains de le rencontrer. . . Si encore on pouvait venir ici sans prendre par la grande rue...
MARGUERITE
Mais oui, c’est possible... en sortant de ce côté. {Elle désigne la gauche.)