‹ La mendiante drame en cinq actesChapitre 18 sur 99 · MARQUERAI · texte numérisé non relu

MARQUERAI

Quatre ans, ma pauvre Brigitte!

BRIOITTI.

I J’ai bien pensé à vous... toujours

MARGUERITE

Et moi, chaque jour je t’ai remercié» du cœur do ta fidélité à tenir tes promesses.

BRIGITTE

Unn lettre tous les quinze jours, commn c’était convenu.... Vous me les payez si généreusement que je suis comme uno rentière là-bas.

Grâce à tes soins, je me sens moins absento de Marienberg, et mon passé n’esl pas onlièremerit brisé... Par toi je voir grandir et embellir ma fille... ie recueille toutes ses paroles... je prends ( ma part de toutes ses joies... Quand jn retombe dans la réalité, j’en souffre davantage, c’est vrai... .Mais qu’importe toutes les tortures pour prix d’un tel bonheur !... Le 9 regrets et lo remords ne me feront jamais autant do mal quo tes lettres me font do bien.

, BRIGITTE

Dame ! jo vous dis tout co que jo sais... et je sais à peu près tout; car si maître Jean-Paul ne m’a pas reprise chez lui qtnnd jo surs revenue à Marienberg par volro ordre, au moins il ne trouve pas mauvais quo je loge dans son voisinage, et mémo que je rende de petits services à madame Thérèse, ce qui me ne t nu courant de beaucoup de choses... Do plus, j’ai donné à Zahn l’idce d'étre amoureux de moi, ça fait qu’il nie conte le reste,. . C'est par lui que j’ai su l'événement de la louve; mais quand le danger a été passé...

MARGUERITE

La louve!... un danger !... Que veux-tu dire?

BB1GITIE.

Ah ! c’est vrai, jo no vous l’ai pas écrit... ça vous aurait trop effrayée.

MARGUERITE

F.xpHque-toi ; ce danger, qui donc menaçait-il?

BRIGITTE

Faut vous dire qu’il y avait dans lo pays uno louve qui faisait do grands ravagos et qu’on disait même enragée... Depuis quelques jours, pourtant, on n’en entendait plus parler; et la croyant tuée ou partie, on faisait moins bonne garde à M’rienberg... Un * ir, comme tout le monde dormait dans la maison, maître Jean-Paul, avant do so reposer do sa journée, était entré, selon son habitude , dans la chambre do Marie pour la regarder dormir... Il allait quitter la chère petite , quand tout à coup la

! seconde porte de celle chambre qui donne sur ln cour, s ouvrit comme si uno rafale du veut l'avait poussée ; maître Jean-Paul se retourne et so trouve faco à faco arec deux yeux flamboyant*

et une gueule menaçante... C’était la louve qu'il avait devant lui!

MARGUERITE

Dans la chambre de Marie!...

BRIGITTE

Prête h y mirer du moins et à se précipiter sur la pauvre enfanl, qui dormait toujours... Comment, sans armes et sans bruit, a-t-il pu venir à bout de sa terrible ennemie. . c’est un miracle de Dieu! L'enfunt no s’est réveillée que le lendemain à son heure ordinaire... La porte de la cour était refermée.. . Il n’y avait autour de Marie aucun désordre, aucune trace du danger qu’elle avait couru... Quant h la louve, on la trouva morte, étranglée sur la pavé de la rue, h cent pas de la (orge de maître Jean-Paul.

MARGURRITE.

Hais lui ? lui? ce pauvre père?

BRIGITTE

Comme il ne voulait elTrayer personne, il prétendit s’ôtro blessé en travaillant.

11 était blessé !

BRIGITTE

Oui, h la main droite... uno morsure de la louve... La cicatrice y est toujours... mais personne n’en connaît la cause véritable... excpptéZahn à qui il avoua tout, en lui ordonnant de brûler sa blessure avec un fer rouge... Si, d’ici h neuf jours, lui dit-il, tu vois de temps on temps mes yeux s’animer et mon visage pAlir, ne me laisse plus approcher de Marie, et va dire ou médecin que j’ai tué la louvo : il saura bion ce qu’il. faui faire do moi... Mais si ina santé ne s’altère pas, alors, je t'ordonne le silence pour tout le monde et pour toujours.

marguerite , avec une anxiété.

Eb bien?

BRIGITTE

Eh bien! rassurez-vous... Voilà plus d’un an que c’est passé, et Zahn n’a rien dit qu'a moi.

■argubritr, avec une émotion croissante.

Mon Dieu! il a tout, cet homme... la force, lo courage, le dévouement et la résignation! Jean-Paul, je suis irop misérable pour avoir le droit de vous bénir... J^an-Paul qui avez sauvé ma fille, je n’oserais pas môme m'agenouiller devant vous... mais Dieu permet que devant lui je prononce votre nom à genoux. (Elle s'agenouille et répète avec admiration.) Jean-Paul! Jean- Paul!

brigittb, avec intérêt.

Chère madame Marguerite... je vous ai fait trop de peine... Ne pleurez donc pas ainsi.

MARGUERITE

Va, ce sont de douces larmes, Brigitte... J’en ai eu tant d’autres à verser... celles-là reposent mon cœur et mes yeux,

Au moins, ce n’est pas monsieur Christian qui vous rend malheureuse... il vous aime toujours.

MARGUERITE -

Lui? je ne sais pas.

BRIGITTE

On parlait de votre départ... c’est avec lui que vous allez voyager?

MARGUERITE

Non, Brigitte... non ,. Je vais savoir si après avoir été, pour lui, si coupable, je ne suis pas abandonnée par lui.

BRIGITTB.

Serait-il possible I

Marguerite, vivement.

Mais pourquoi m’interroges-tu?.. J’étais avec les anges ot tu me repousses dans mon enfer... j’y retomberai toujours assez tôt... fais-moi oublier que nous sommes à Mulrose et retournons à Marienberg... Parle-moi cnrore, Brigitte, de tous ceux dont ma faute tuo sépare... qun grâce b toi, je puisso un moment vivre on illusion de celle existence heureuse ot pure qui no doit plus être la mienne... parle-moi de cette pauvre mère qui m'avait confié le bonheur de son fils... parle-moi de celui que j’ai trop longtemps méconnu... parle-moi de Marie, surtout... Tu l'as bieu ombrassee, n’esl-ce pas, en quittant Marienberg?

BRIGITTE

Mais c’est elle qui est partie la première... moi, je l’ai suivie à Mulrose.

MARGUERITE

Quo dit-lu donc?., ma fille est ici... prés de moi.

BRIGITTE

Avec maître Jean-Paul et Zahn... mais oui! madame, c’était pour vous annoncer cette nouvelle-là que je suis venue.

MARGUERITE

Marie dans cette ville? Ah! mais c’est comme un rôvo... Tu ne me trompes pas? tu ne t’es pas trompée toi-même... C’est bien Majie, ma fille qui est partie de Marienberg pour venir à Mulrose?

BRIGITTE

Je l’ai vue partir et je suis arrivée presque en même temps qu'elle. Son père, qui voyage souvent, l’emmène partout avec lui... il ne veut plus la quitter depuis l’événement de la louve.

MARGUERtTK. a icc résolution.

En ce cas, tu vas rao conduire près d’elle... car tu n’as pas pu vemr m'apprendre cela sans avoir aussi à me diro : Vous alioz la voir.

BRIGITTE

Certainement... c’est bien ce que j’espère... pourtant vous ne pouvez pas aller la trouver à l'auberge où elle est desoendue...

MARGUERITE

Eh ! pourquoi donc?

BRlGtTTE^

Parce que vous risqueriez d’y rencontrer maître Jean- Paul.

MARGUERITE

Oui, Jean-Paul et sa terrible sentence : Vous ne la reverrez jamais 1 Comment faire qlorsî

Ecoutez, « ar j’avais mon idée en venant vers vous. Si vous ne pouvez pas vous rondro près d’elle... on peut l’amener ici.

MARGUERITE

Qui me l’amènera... toi?

BRICITTB.

Oh ! non... on no me la confierait pas... mois Zahn, lui, a le droit de se promener avec elle... Zahn ne sait rien me refuser... il fera ce quo je voudrai, pourvu, cependant, qu’il ne se doute pas quo c’est chez vous qu’il conduit Marie.

MARGUERITE

Si tu réussis, Brigitte, tu m’auras rendue si heureuse que je pourrai mourir après, sans plus rien regretter en ce monde... je croirai que Dieu rn’a pardonné : j’aurai revu ma fille !

BRIGITTE

Soyez tranquille... j’arrangerai cola... Maître Jean-Paul, qui est sans doute venu 'ici pour une affaire de commerce, car il a appt né une grosse somme d'argent, a parlé d’aller ce malin chez un notaire... je profiterai de son absence pour m’entendre avec Zahn... Voilà justement l’heure où votre xn&ri doit sortir.

MARGUERITE

Vraiment... alors, il faut te hâter.

BRIGITTE

J e cours bien vite à l'auberge. . . mais je crains do le rencontrer... Si encore on pouvait venir ici sans prendre par la grande rue...

MARGUERITE

Mais oui, c'est possible... en sortant de ce côté. (Elle désigne la gauche.)

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