‹ La mendiante drame en cinq actesChapitre 23 sur 99 · MARGUERITE, JEAN-PAUL · texte numérisé non relu

MARGUERITE, JEAN-PAUL

JAN-PAÜL.

Qui donc id demande à voir Marie?

MARGUERITE

Moi, monsieur.

JEAN-PAUL

Alargue... (5e reprenant .) Madame de Rhendoif

MARGUERITE , Û part.

Oh! ce nom... ce nom... Jamais il ne m’a fait tant de mal.

JBAN-MÜL.

J’aurais dû le supposer, mais je me croyais si bien corlain que ▼ous n ctiez pas è .Mulrose... C'est pour vous cependant quo j’y «uis venu... niais certes, ce n’était pas avec la pensée de vous y rencontrer, {.Çi/rnca,) Vous no me demandez pas, madame, comment il so fait que Jean-Paul soit ici pour vous?

marguerite, balbutiant.

Mnn Difu, monsieur... J’trtenils bien que vous pnrles... Jt vms bien que vous du» li. . mais la furre mo mauque... la raison ni échappé... lo ne sais plus si jo tSvc ! Je ne sais plus ‘i j existe! v

JEAN- PAUL

Dieu m’est témoin, madame, que ce n'est pas ma volonté qui nous remet en presenco... Je vois bien le mal que cela vous fait, et mot-meme je n 'avais pas assez pressenti tout ce quo peut lairo souffrir une pareille rencontre... Si je n’avais pas surpris Zann au moine cl où, cédant à je no sais quelles instances, il amenait ici .Marie, je m’occuperais maintenant de votre avenir... mais vous ne m’eussiez jamais revu.

MARGUERITE

Do mon avenir.

jean-paul , avec résolution.

Tenez, puisque lo sort nous a rapprochés, autant vous dire ce qui m'amène îi Mulrose... Nous avons à parler d'affaires. . mais, pour on parler librement , je un veux pas me rappeler qui roui ôtes... oubli-z vous- môme qui je suis... ne voyons en nous quo deux inconnus, que le hasard rassemble et qui ont h régler

des intérêts qui nous sont étrangers... Vous me comprenez?

MARGUERITE

J'essaye, monsieur... co n’est pas ma faute si l'intelligence trahit ma volonté... car je vous écoute... Oh 1 oui.... jo vous écoute bien 1

JEAN-PAUL

Lu nommé Jean-Paul Berghcn a épousé, il y a sept ans, une certaine Marguerite YVenzell. . (Pïvttnent.) Vous ne connaissez pas le mari... je no connais pas la femme... Jean-Paul n'apporta en mariage h Marguerite que la volonté de la rendre heureuse et du courago au travail... Elle, c’est différent.

margceruê , suppliant.

Monsieur... si vous saviez ce quo lui coûto son crime.

JEAN PAUL

Je ne voulais vous pari i que de sa dot... I a f-»-*re <> |J. ■ . inrd Wi-nzell, son père, a eteostiniée vingt mille francs... Lo ptre Wenzell avait du : Jean-Paul doublera celle fortune... Jean Paul n y eût-il rien ajouté, aurait agi comme il vient de le faire... il a vendu la forge, il a réalisé los vingt mille florins et pref a quitter Murit-nb.ig où il n’a plus lo courage de vivre, il a voulu que celle somme fût déposée chez un notaire dt* Mil rose pour être remise à Marguerite Wenzell... Jean-Paul a dû chasser la femme, il ne peut pas garder la dot!

MARGUERITE

Mais Marguerite a une fille... co serait la déposséder... M. Jean- Paul ne peut pas vouloir cela, lui qui comprend si bien à quel point on peut aimer sa fille !

JEAN-PAUL

Fortune ou non, Mari* no devra rien qu’à son père. . D’ailleurs il ne faut pas qu'elle se fio au luxe qui l’entoure aujourd'hui cette malheureuse femme... H y a toujours une menace de Dieu qui plane sur toutes ces existences- là... (Juoi qu’il arrive, la sienne du moins sera à l’abri de la misère.

UARGUERITÉ.

Non, elle ne peut accepter.

jean-pacl, sévèrement.

Il s’agit de dignité personnelle et de probité, madame... Jean- Paul ne l’admet mis pour juge entre lui et sa conscience... {Reprenant ai t e calme.) Ma démarché auprès du notaire devient inutile maintenant... Le quo j’allais y porter pour Marguerite Wenzell, je puis le confier à la comtesse de Ithendorf. {Jl tire un portefeuille de sa poche et le présente à Marguerite.) Tenez... prenez, madame.

Marguerite, à elle-même, Us yeux fixé* sur la main de Jean- Paul.

üh * la blessure... la blessure faite par la louvo I jean-pal'L, tendant toujours le portefeuille.

Eh bien 1 po voyt z-vous pas ce portefeuille ?

MARGUERITE, 0«C CXplosioil.

Je ne vois que cette cicatrice que je voudrais baigner de mes larmes. Jo ne vois que la main qui a sauvé inoû enfant l

JEAN- PAUL

Marguerite... qui vous a dit ?

marguerite.

Qu’importe !... pourvu que je le sache... Vous devez vouloir mon châtiment, monsieur... Eh bi*n, co châtiment, il me vient do vous ; car plus je vous vols grand et généreux , mieux jo sens mon infamie. *

Au moins celle infamie n’n-l-i-lte qu’un jour rejailli suf tooi. Excepté à Marienberg où je ne reviendrai plus, et où vous ne dev. t pas reparaître , on ignore partout qui vous avez été Je vous sois gré de co respect pour mon nom ; je vous remercie de ne vous être nommée que M**de Ithendorf, aussi bien à Lerpsick où l’on vous a rencontrée le mois dernier, qu’au château de votre amant où vous étiez, il y a huit jours, et même où je vous croyait encore.

Marguerite, à elle-même.

A Leipsick, il y a un mois... au château de Rhendorf, il y a huit jours... moi?

JEAN-PAUL

Vous garderez partout le même silence ; car si mon nom é‘ail prononcé, j'aurais à mo venger de c*-lui qui, je lo crains bien, ruade me, se chargera de me venger de vous.

Marguerite, à elle-même.

Chez son père... une femme qui se nomrno la comtesse do Ithendorf... üh! Christian est marié !... et c’est Jean-Paul qui vient me l’apprendre... Justice de Dieu ! justice de Dieu !

J kan-paul, qui pendant ce temps a placé le portefeuille sur la cheminée.

Vous trouverez là le prix de la forge de Bénard YVenzell, vous savez pour qui... Madame ta comtesse... adieu.

MARGUERITE

Vous quittez Mulrose?

JEAN-PAUL

Dans une demi-heure.

MARGUERITE

Et Mario... Je no verrai donc pas Marie?

Vous I et à quoi titre ?

MARGUERITE

A quel titre ?

JEAN- PAUL

Vous n’en av. z plus, madame. Tous £» soirs ma fille prie pour sa mère absente, pou» sa mère qui no doit plus revenir, qu'elle no doit jamais voir.

MARGUERITE

Monsieur, après quatre ans du séparation, et quand je vais la reperdre pour toujours, que jo n'aie pas la douleur de me dire: Elle a passé près de moi, sans quo rues regards aient rencontré le sien... Je ne mérite pas de recevoir une de ses caresses, d'entendre une de sus paroles... mais que je la voie, mon Dieu, que jo la voie... C’est pour la dernière fois en ce monde... C'est pour l'éternité dans l’autre ; car je no serai pas pardonnee, moi, et sa place est avec les anges... («S'ajjc/muif/a'il et Us mains jointe*.} Monsieur ! monsieur ! c’est pour Toierniié !

JEAN-PAUL

Celte fenêtre donne sur la grande rue, je crois.

Marguerite, (iwc anxiété.

Oui.

JhAN-PAtlL.

Dans une demi -heure, nous partons Marie et moi, et celte fenêtre est sur notre chemin.

MARGUERITE, avec JOÎC.

Ah ! monsieur !

v JEAN-PAUL, la retenant à distance d'un geste»

L'envoyé de Jean-Paul n’a plu» rien à dire à la comtesse de lUieiiiiorf. (Il sort.)

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