‹ La mendiante drame en cinq actesChapitre 65 sur 99 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

MARGUERITE, à genoux, EVRARD, JEAN-PAUL.

(A la vue de Jean-Paul, Evrard s’est instinctivement placé entre Marguerite et fui.)

ÉVRARD

Son mari 1 -

. jean-Pao l, sans roir Marguerite d'abord.

Monsieur, voici ma lettre. (Apercevant Marguerite.) Vous n’ètes pas seul? (// ccuf s'éloigner. J

Evrard, virement à demi -voix.

Non, restez, restez, au nom du ciel ! Ne prononcez pas une parole; mais écoulez, monsieur, écoutez t { Marguerite est à genoux, son voile couvre à moitié son visage que cache encore se s deux mains jointes.)

JEAN-PAUL

Qucllo est cette femme ?

évrard, à demi-voix.

Une pauvre mendiante,

jean- paol, avec intérêt.

Une mendiante I

Marguerite, relevant la tête.

Vous ôtes toujours lè, monsieur le docteur?

EVRARD

Oui, près de vous !

MARGUERITE

Seule?

évrard, retenant Jean-Paul qui fait un pas vers Marguerite ,

à demi-voix.

Pourquoi tressaillez-vous?

JEAN-PAUL

Parceque cette voixm’a rappelé!... Oh! interrogez celte femme pour que j’entende encore sa voix!

évrard, contenant Jean-Paul, haut à Marguerite .

Vous avez, n’est-ce pas, un aveu à me faire ?

MARGUERITE

L’aveu d’une faute, d’un crime, Oht du courage, Seigneur, donnez-moi donc du courage ( { Elle semble prier ) jeak-paul, avec des sanglots étouffés.

Oui ! elle a la voix de Marguerite I do Marguerite qui est

morte.

éviunD, bas à Jean-Paul.

Pas un mot, pas un cri qui puisse trahir votre préscnco ; vou» me le jurez?

ms mi l, à c oix batte .

Je vous le jure, monsieur; que voulez-vous donc faire? Evrard.

(Il soulève doucement le voile et découvre à Jean-Paul le vitage de Marguerite.) Regardez 1

JEAN-PAUL

Ah 1

Evrard, étouffant le cri de Jean-Paul.

Chut!

JEAN-PAUL, à part.

jJarguente ! Marguerite, vivante !

Evrard.

Oui , Marguerite qui ne peut vous voir, Marguerite oui croit ne parler qu’à un ministre de Pieu, et on ne ment pas a Dieul Ecoutez ! écoutez. (Haut à Marguerite.) Toute faute se rachète par le repentir et l'expiation. Dites-moi toutes vos souffrances, toutes vos tortures, pour quo je demande pour vous grâce et miséricorde.

■AROCSRITl.

Abandonnée par l’infAme qui m’avait perdue, justement repoussée par répoux que j'avais méconnu, trahie et séparée do mon enfant, privée do la lumière, j’ai voulu mourir ; mais la justice divine m’a fait vivre! Pendant six mois je n'ai dû qu'à la charité l'asile et le pain de chaque jour; mais ce n’élaitpas là le supplice, ce n’était pas là lYxpiatiou... Pans mon horrible nuit, parfois, des images m'apparaissaient... Je revoyais dans ma pensée Jean-Paul, Marie, me souriant, me tendant les bras... Oh! comme jo les aimais tous les deuxl non pas de cet amour insensé qui n’est qu’un accès do fièvre ou de délire; mais de ee pur et saint amour que Dieu met dans le cœur des honnête» femmes et des bonnes mères. Quand cos images s'effaçaient; quand , essayant on vain do les retenir, jo me retrouvais seule

dans ma nuit et dans ma bonto, oh ! c’était là lo supplice, mon •ieur, c'était là l’expiation! Vous pleurez, monsieur, vous avez pitié do la pauvre Marguerite, vous ne la repousserez donc pas, vous lui tendrez votru main, et quand elle la couvrira (Je sis baisers et de ses larmes, la coupable se croira pardonnôe. (Marguerite cherche à saisir la main S Evrard , mais celui-ci a reculé d'un pas, if a regardé Jean-Paul qui a compris le regard S Evrard, et c'est sa main qu’il tend à Marguerite, c'est sa main que Marguerite presse sur ses lèvres. Marguerite, comme frappée Sun souvenir, touche avec ses mains ta ma in de Jean-Paul.) Ah ! la cicatrice! la cicatrice ! Jean-Paul !... Jean-Paul! c’est toi? (Jean- Paul s'éloigne de Marguerite ; elle se relève étendant le bras.) lu pardonneras, Jean-Paul, à la pauvre mère qui le rené tou eufant !

Marie, ma fille!

JEAN-PAUL

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