EVRARD. MARGUERITE
EVRARD
Votre fille? celte enfant est à vous ?
MARGUERITE
Oui, monsieur t Quand vous m'avez ordonné de vivre. Dieu loi-môme vous inspirait. Il voulait, dans sa miséricorde, aue la mère retrouvât son enfant, son enfaul, que des infâmes allaient tuer peut-être après l’avoir volée !
ÉVRARD
Cette femme, dont j’ai entendu parler è Leispick, qui a repris sa fille des mains de misérables bateleurs...
MARGUERITE
C’est moi !
ÉVRARD
Je devine ce que vous attendez de moi, Marguerite; vous venez solliciter le bienfait que ce matin vous avez repoussé. C’est en effet votre devoir, à présent, d’accepter ce que voulait faire pour vous l’inépuisable chanté de madame de Rhendurf.
MARGUERITE
Non, monsieur, non. Je ne veux rien d’elle, rien t
ÉVRARD
Réfléchissez, Marguerite, vous n’étes plus seule è souffrir, et vous dovrez rendre compte un jour de la misère que toub anrez volontairement infligée à voire fille'.
MARGUERITE
Ma Allé t oh I elle aura un soutien, un ptotocteur, je la ramène à sou père I
ÉVRARD
A son père ! cet homme la protégera-t-il, lui qui vous a abandonnée sans doute?
MARGUERITR, riccmcnf.
Oh ! ne l'accusez pas, monsieur, ne flétrissez pas, môme par la pensée, le plus généreux des hommes. Pour tout ce que je lui ai fait souffrir, j’espérais que le ciel me réservait de rendre b ce pauvre père son trésor, son seul bonheur dans ce monde. Mais, à peine au début de mon voyage, je comprends que ce voyage est impossible ; les forces de mon enfant l’ont déjà trahie; puis, si elle tombait malade en route, je no pourrais pas la secourir; si on voulait me la ravir encore, je ne pourrais pas la défendre... Tenez, monsieur, ce n’est pas sans but que la Providence m’a conduite ici; elle veut que la sainte mission que je me suis donuée soit remplie par un autre.
EVRARD
Un antre P
MARGUERITE
Par un autre plus digne que moi de l’accomplir ; par vous, monsieur, par vous qui direz h Jean-Paul Berghen...
évrard.
Jean-Paul Berghen... cette enfant est h Jean-Paul Berghen de Dresde?
MARGUERITE
Oui, monsieur, h Jean-Paul, mon mari.
EVRARD
Vous vous nommez, alors, Marguerite Wenzell?
MARGUERITE
Oui, monsieur.
évrard, à part.
Celle que monsieur de Rhendorf avait perdue t Pauvre femme, elle a cruellement racheté ses fautes.
MARGUERITE
A présent, il faut que vous sachiez tout le secret que j’ai refusé de vous avouer... Je vais vous le dire... mais, pour cet aveu , laissez-moi recueillir un moment mes forces et mon courage. [Elle tombe à genoux et reste comme en prières. A ce moment Jean-Paul sort du pavillon une lettre à la main.)