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CONCLUSION

Mais comment arriver à ce résultat? Par quels moyens obtenir et des colonies de répression et des ateliers de préservation?

Les premiers doivent être demandés à l'État et c'est là le difficile, non pas de les lui demander, mais de les obtenir; car chaque fois qu'on parle d'innovation, le gouvernement, quel qu'il soit, vous répond invariablement : « Je n'ai pas d'argent » .

Cependant nous devons être un peu encouragés dans notre demande par ce fait que ce n'est pas une charge nouvelle que nous proposons, mais une économie que nous voulons faire réaliser.

Et cela n'est pas douteux, puisque la suppression de la mendicité et, par conséquent.

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des mendiants, réduira au moins de cinquante pour cent le nombre des pensionnaires de nos prisons, et que l'Assistance Publique se trouvera allégée, d'autant plus qu'il n'y a presque exclusivement que les mendiants professionnels qui profitent de ses revenus.

Un exemple venant de l'étranger confirme, d'ailleurs, ces prévisions.

La nouvelle loi Belge, internant tous les mendiants dans une colonie agricole, a fait bénéficier annuellement le budget des prisons d'une économie de huit cent mille francs, et celui de TAssistance Publique d'une économie de trois cent mille francs.

Or, comme l'annuité destinée à subvenir aux nécessités des colons de Merxplas, Hoogstraten et Wortel, et à rembourser le capital initial, est de neuf cent quatre-vingt mille fr., on voit que le budget de l'État belge a deux cent mille francs disponibles, deux cent mille francs qu'il doit à la répression de la mendicité.

Les Chambres, les journaux, le public même, induit en erreur, ont blâmé en Belgique, pendant un certain temps, le Ministère

Lejeune qui avait eu l'audace de changer ainsi tout d'un coup les habitudes législatives, mais aujourd'hui ce sont des actions de grâce qui lui viennent de partout.

II ne s'agit ici, comme là-bas, que d'un bon mouvement du gouvernement, que d'un ministre intelligent.

Je sais bien que Dupuy, s'inspirant de nos études, a ordonné des mesures sévères contre Ips chemineux et les roulottes des bohémiens.

Je sais bien que le Préfet de police a interdit, ou plutôt a tenté d'interdire la progression des diseuses de bonne aventure des fêtes foraines, et a donné des ordres sévères contre les entresorts.

Mais ce ne sont là que des demi-mesures qui n'apportent aucun changement, aucune amélioration véritable à la situation actuelle.

Le Parlement a voté, et qui mieux est, les pouvoirs publics sont parvenus à faire appliquer une loi sur la médecine légale.

Quelque intéressante que soit cette loi, elle aurait dû ne venir qu'après celle qui aurait eu pour but de guérir cette maladie dont sont atteints des milliers de nos concitoyens.

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et qui a nom la mendicité, et de créer pour cela des colonies d'internement dans les différentes régions de la France.

Je suis reconnaissant des quelques arrêtés arrachés à l'admmistration; c'est un commencement de bon vouloir, mais ce n'est pas suffisant : il faut une loi, et cette loi, certes, elle devrait être faite depuis longtemps, si les ministères qui se sont succédés depuis deux ans au pouvoir étaient moins des ministères de réformes que des coteries politiques, des ministères de combat.

On parle beaucoup de lois sociales possibles et impossibles, mais aucune, quelque petite soit-elle, n'a encore vu le jour.

Parler, c'est bien ; agir vaudrait mieux ; et malheureusement, au Parlement, lorsqu^on parle d'agir, c'est encore une vaine parole qu'on fait entendre.

A côté de la répression, ou même avant la répression, il faut songer à la préservation ; il faut fonder des ateliers de préservation : là, ce n'est plus au gouvernement que je m'adresse, l'initiative de la préservation appar-

tenant tout entière aux efforts individuels, el alors, m'adressant à eux, je leur dis :

« Vous avez organisé dos comités puissants et nombreux pour sauver Tenfance coupable. Les mendiants ne sont-ils pas, pour la plupart, de grands enfants inconscients qu'il faut arracher au vice et au crime ?

« Vous avez créé, sur tout le territoire de la France, des groupements qui recueillent l'orphelin. Pourquoi ne pas songer de même à recueillir dans des maisons spéciales les ouvriers sans travail et sans ressources qui se laissent glisser doucement vers la mendicité professionnelle.

« A côté des hôpitaux pour soigner le corps, établissez d'autres hôpitaux tout aussi nécessaires qui seront chargés de guérir le moral. »

Que de nouveaux bienfaiteurs de l'humanité se mettent à la tête de cette grande œuvre de préservation sociale, fassent appel à la bonne volonté des plus modestes adhérents ; qu'ils mettent en mouvement tous les esprits charitables, et ils sont nombreux chez nous, et qu'ils fassent sortir de leurs travaux,

de leurs efforts, une vaste union recueillant 1 es déshérités sur le bord du fossé, et les arrachant à la mendicité pour les rendre à la société, qui les accueillera avec joie.

Ainsi tous, monde officiel et inonde charitable, se donneront la main pour extirper de France ce cancer qui la ronge, et dont les racines l'envahissent de plus en plus.

Les mendiants, en effet, augmentent tous les jours en nombre et en hardiesse, et il est pénible de constater que, pour les faire disparaître, aucun progrès n'a été réalisé. Aucune conquête n'a été obtenue par nous depuis les débuts de la Société, dont les premiers pas chancelants étaient fatalement livrés à tous les défauts et à toutes les erreurs, à tous les tâtonnements et à toutes les hésitations. Mais pourquoi donc avons-nous si peu obtenu de résultats du côté de la suppression de la mendicité?

N'est-elle pas la plus utile des tâches, celle qui consiste à ne pas laisser une partie de la nation exploitée par une bande de parias?

N'est-ce donc pas la plus attachante des uttes, celle qui a pour but d'arracher d'une

espèce d'enfer terrestre tous ces condamnés, dont beaucoup voudraient être sauvés, et cherchent la main amie qui les aidera à la rénovation ?

N'est-ce donc pas, enfin, la plus noble mission qu^'on puisse s'imposer que de relever au rang de citoyen tant de déclassés, que de rendre leur dignité humaine à tant de dévoyés qui n'implorent la charité publique que parce qu'on n'a pas eu celle de s'occuper d'eux?

Eh bien, malgré l'utilité de la tâche, malgré la grandeur de la mission, nous avons beau discourir, nous avons beau écrire, nous avons beau tenter des appels réitérés, on ne nous écoute pas, on ne nous lit pas, on ne nous répond pas.

Il serait temps cependant de faire trêve à une telle insouciance.

Assez de surdité et d'aveuglement Volontaires. Il y va de l'intérêt de tous, de l'intérêt des riches, de l'intérêt des pauvres, car, en assurant le bien-être des uns, on assurera, en même temps, la tranquillité des autres.

Qu'une nouvelle apathie des conducteurs d'hommes ne décourage pas la bonne volonté du troupeau et, qu'au contraire, chacun abandonnant enfin cette théorie du laisser faire, use de son influence pour mener à bien l'œuvre de sauvetage du mendiant.

Il y a des Français qui se sont réunis pour racheter les petits Chinois, et nous n'en trouverions pas pour racheter de grands Français. C'est inadmissible, c'est impossible, et tout compatriote qui voudra bien prendre la peine de me lire, protestera, j'en suis sûr, avec moi, contre un état social qui s'est trop prolongé, et deviendra un des coadjuteurs résolus d'une entreprise difficile certainement, mais à coup sûr très réalisable, car, pour réussir, qu'est-il besoin, en somme, si ce n'est que d'un peu d'initiative.

C'est pourquoi, sachant qu'en France c'est le pays où les hommes d'initiative manquent le moins, je conserve néanmoins de l'espoir dans le succès final de Tœuvre que je préconise.

Je conserve, malgré tout, l'espoir de voir mon pays en finir avec la mendicité, qui est

un opprobre et un reproche, que la misère empire ou que la paresse suggère, comme le disait, en un langage plus vert, le précepteur de Charles V.

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