‹ La Méningite Cérébro-Spinale chez le NourrissonChapitre 4 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ayant eu l’occasion d'observer pendant notre externat : dans le service de M. le D' Lesage, à l'hôpital Hérold, plusieurs cas de méningite cérébro-spinale chez des nourrissons, il nous a paru intéressant d'étudier dans notre thèse inaugurale, les particularités cliniques que cette maladie peut présenter chez le nourrisson et les difficultés de diagnostic auxquelles elle est susceptible de donner naissance. Au cours d’une épidémie à peine éteinte, cette affection a fait l’objet de nombreuses communications aux diverses sociétés médicales, et c’est pourquoi il ne nous paraît pas superflu de présenter un tableau d'ensemble de la question.

Avant d'aborder notre sujet, nous croyons utile de le délimiter nettement.

La théorie classique distingue trois variétés de ménin- - gites : la méningite tuberculeuse, la méningite aiguë et la méningite cérébro-spinale. Ces différentes appellations ne nous semblent pas répondre à la réalité du processus pathologique dont l’inflammation des méninges ne constitue qu’une partie. L’encéphale et la moelle sont toujours plus ou moins intéressés ; ce sont les modifications qu’ils

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subissent qui, en dernière analyse, jouent le rôle important dans la genèse des manifestations symptomatiques ; à elle seule l’encéphalite pure peut produire le syndrome méningé (Huguenin, Erb, Schultz). Aussi bien, quand on parle de méningite, faut-il entendre d’une façon plus exacte, quelle que soit la variété que l’on ait en vue, une méningo-encéphalo-myélite ou méningite cérébro-spinale, avec cette réserve toutefois que, suivant les cas, ce sont tantôt les méninges cranienne et rachidienne, tantôt l’écorce cérébrale, tantôt la moelle qui sont touchées de façon prédominante. :

Conformément à la dénomination classique nous aurons . surtout en vue dans ce travail {a méningite cérébro-spinale épidémique causée par le méningocoque.

Nous étudierons cette forme de méningite exclusivement chez le nourrisson, c’est-à-dire chez les jeunes malades n’ayant pas encore dépassé 30 mois, âge auquel l’enfant pourvu de toutes ses dents temporaires ou dents de lait entre dans la première enfance. l

Avant d’entrer dans le vif de notre sujet nous tenons à remercier tout particulièrement M. le D' Lesage qui nous suggéra l’idée de cette thèse et mit à notre disposition les résultats de ses travaux. Ses conseils éclairés nous furent d’un précieux secours pour mener à bien ce . modeste travail.

ETIOLOGIE

Fréquence. --- La méningite cérébro-spinale peut exister à l’état sporadique ou à l’état épidémique.

Ce sont surtout les cliniciens allemands (Frentzel, Hersch) qui ont mis en évidence ces cas sporadiques, cas où la contagion était si faible qu’on oubliait presque les dangers de propagation et qu'on soignait les enfants atteints dans des salles communes sans prendre de mesures d'isolement. Malgré cela on ne signala aucun cas de contagion même chez les nourrissons et les enfants en très bas âge.

A l’état épidémique, la maladie s'étend en formant des foyers ou des centres dans lesquels la population est fortement touchée, alors que les régions voisines sont tout à fait indemmes. Elle procède pour ainsi dire par bonds, se montrant capricieuse et affectant une élection qu'il est bien difficile d'expliquer. L'examen des statistiques qui ont été dressées au cours des différentes épidémies démontre la prédisposition toute particulière des nourrissons pour cette affection.

Sachs de New-York rappelle que d’après le travail statistique de Smith portant sur les cas de l’année 1883, il y en

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avait 57 au dessous d’un an, 20 ayant de 1 à 2 ans, 54 de 2 à 5 ans, les 87 cas restants étant répartis sur les autres âges, soit approximativement pour les nourrissons une proportion de 35 à 40 p. 100.

D’après les revues statistiques de Berlin, la méningite cérébro-spinale entre pour 0, 11 dans la mortalité de l’année ; il yen a 0, 7 pour les sujets de La 1'° à la 5e année ; à partir de trente ans il n’y a plus de mortalité notée.

Parmi les 36 cas observés en 10 ans par Baginsky, Professeur à l’Université de Berlin à l'hôpital de l'Empereur et de l’Impératrice Frédéric, la moitié des malades, c’est-à-dire 18, avaient moins d’un an.

Dans une récente communication à l’Académie de médecine, A. Netter note 22 cas survenus chez les enfants de moins de 30 mois, sur un total de 48 cas observés, soit une proportion de 46 p. 100. Ces chiffres démontrent la prédilection de la méningite cérébro-spinale pour la première enfance. On peut, semble-t-il, les considérer plutôt comme au-dessous de la réalité, si l’on considère combien parfois il est difficile de diagnostiquer certaines formes frustes de cette affection, et combien les autopsies sont irrégulièrement pratiquées. La maladie a pu rester latente ou être confondue avec les convulsions et les contractures symptomatiques d’autres affections.

Causes prédisposantes. — La susceptibilité spéciale du nourrisson pour la méningite cérébro-spinale peut s’expliquer par diverses raisons.

Le cerveau du nourrisson est peu défendu contre les

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infections ; ses fontanelles légèrement béantes, les larges communications de la cavité crânienne avec le nez, l'oreille et le pharynx, facilitent le passage des germes de l'extérieur sur les méninges. La propagation se fait par les trous de la base du crâne en suivant le trajet des nerfs crâniens, ou par la voie lymphatique, facilitée encore par la relation plus intime entre les vaisseaux de ces deux régions à cet âge de la vie. En France, les recherches de MM. Netter, Guinon et Rist ont montré la fréquence de l’état septique de l'oreille moyenne chez le jeune enfant, . facile à expliquer par ce fait : que la trompe d’Eustache, plus courte et plus large, ouvre uné voie d’accès facile entre la caisse et le naso-pharynx, siège primitif de l’infection.

Ainsi la méningite cérébro-spinale peut succéder à une otite, à une rhinite, à une pharyngite, à une ophtalmie.

Les conditions climatériques semblent avoir quelque importance, et depuis longtemps les auteurs ont noté la multiplication des méningites sous les influences saisonnières. Le moment de prédilection pour l’éclosion de l'affection, est la période froide de l’année, surtout les mois d'hiver, sans que cependant il y ait une relation absolue avec la température et l'humidité. La Suède, la Russie, l'Allemagne, l'Amérique ont presque exclusivement des épidémies d’hiver ou en tout cas de printemps. L'Angleterre ne fait pas non plus exception à cette règle, et en France, d’après les données de Hirsch, on trouve sur 63 épidémies, 24 d'hiver, 17 d’hiver et printemps, 9 de

printemps. L’épidémie actuelle débuta au mois de décembre-dernier. #17 k Sas

Les affections digestives et cutanées si fréquentes chez le nourrisson, l'alimentation défectueuse, la syphilis et l'alcoolisme des parents atténuent la résistance de l’organisme et préparent le terrain pour toutes les maladies épidémiques sans avoir une influence spécifique sur une maladie déterminée.

Causes déterminantes. — La contagion est la principale cause de la méningite cérébro-spinale épidémique chez le nourrisson comme chez l'adulte, cette affection supposant une infection préalable des méninges par le méningocoque ou diplococcus méningitidis intra-cellularis de Weichselbaum. La spécificité de cet agent pathogène a été démontrée expérimentalement par Heubner (1) qui détermina l'apparition de la méningite cérébro-spinale chez une chèvre par l'injection dans les méninges rachidiennes d’une culture pure de méningocoques. La présence de ce microbe la caractérise et la différencie des autres méningites cérébro-spinales qui, très rarement épidémiques,sont dues au pneumocoque, streptocoque, bacille de Pfeiffer, ete.

Comment s’opère la contagion ? Les patientes recherches de savants observateurs ont élucidé cette question demeurée longtemps obscure et ont établi que le nez constitue tantôt la porte d’entrée, tantôt la porte de sortie de l'infection.

Weichselbaum, Huber et Heubner ont décelé la pré-

(1) Soc. de Méd: int. de Berlin, 4er Juin 1896.

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