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OBSERVATION XXX

(Œuinger et Malloizel : Tribune médicale du 10 mars 1906) (Résumée)

N. E, âgé de 34 ans, plombier, entre le 19 mais 1905, à l’hôpital Broussais, pour des maux de tête et des vomissements.

Antécédents professionnels. — Il travaille dans les usines à gaz depuis 18 ans. Pendant 10 ans et demi en Suisse, il a été employé à la fabrication des colonnes montantes pour le gaz d'éclairage. Ces colonnes sont faites en fer et les points à la céruse; venu ensuite en France, en 1898, il entre à la Compagnie du Gaz comme garçon plombier. Il est employé à la grosse canalisation des rues et fait journellement la soudure des tuyaux d’adduction. ;

Antécédents familiaux: Rien à signaler chez les ascendants, : marié depuis un an à une femme bien portante; a un enfant de 3 mois et demi bien portant.

Antécédents morbides. Typhus? vers l’âge de 4 ans. A l’âge de 12 ans, fièvre typhoïde laissant comme sequelles une taie sur Pœil droit et deux cicatrices d’escarres à la partie inférieure du tronc.

Jamais aucun accident saturnin. Jamais de coliques de plomb, pas de syphilis, pas d’éthylisme.

Histoire de la maladie actuelle:

Vers le milieu de janvier 1905, au milieu d’une santé parfaite, sai ce n’est quelques maux de tête légers depuis quinze jours, le malade, en rentrant un soir de sa journée, est pris brusquement d'une céphalée atroce. Les jours suivants il va travailler néan-

moins, malgré cette céphalalgie paroxystique.

ne

Cette céphalée diurne et nocturne, surtout Accipitai, empêche

tout sommeil, elle ne s'accompagne encore ni de vomissements,

ni de vertiges. l - Vers le 15 février, par suite de la persistance de cette céphalée, il est obligé de cesser son travail. Il a, dé plus, à ce moment, quel-

ques nausées, pas de vomissements. Il reste chez lui jusqu’au 20.

mars sans travailler et toujours avec les mêmes syptômes. Le 20 mars, il entre salle Delpech, à l'hôpital Broussais. On constate alors simplement la céphalée du malade, avec ses caractères précédemment décrits; on remarque en plus un érythème banal sur la face. L'état général était d’ailleurs excellent et le malade n’offrant aucun symptôme pouvant faire penser au saturnisme, on le traite par les antinévralgiques.

Il sort au bout de neuf jours; le mal de tête est beaucoup moins intense. Au bout d’une semaine, de nouveau la céphalée apparaît En même temps, le malade pâlit et voit ses forces décliner. À ces symptômes se joint un changement dans le caractère. Sa femme nous raconte que, joyeux d’hauitude, il est devenu triste et préoccupé. Il pleure fréquemment, parle peu, dit à sa femme qu’il ne peut plus vivre avec elle. La nuit, 1 cause souvent de son travail, tient conversation tout haut avec un personnage imaginaire. De temps en temps, sa femme a également remarqué chez lui des tremblements passagers, des secousses musculaires survenant aussi bien la nuit que le jour, principalement dans les membres supérieurs et sans prédominance d’un côté ou de l’autre.

Cet état devenant de plus en plus inquiétant, le malade va consulter à la Salpétrière, vers le milieu d'avril. On lui ordonne du bromure.

Le mal de tête disparaît, il a un peu de somnolence, puis apparaissent des vomissements. Ces vomissements surviennent tous les trois ou quatre jours, spontanément, sans effort, quelquefois au milieu du repas. Le malade est très constipé et me va pas à la selle qu'avec des lavements répétés.

Le 12 mai, le matin en se levant, il essaye de parler, mais a, ditil, la langue paralysée, il bredouille et ne peut se faire compren-

= 101 —. ue dre de sa femme. Cet état dure à peu près un quart d’heure. Il supprime alors le bromure. Pendant les six jours qui suivent, il a toujours un peu de difficulté à parler, surtout le matin; un peu de céphalée, quelques vomissements. Il entre enfin dans le service, le 19 mai 1905.

On est en présence d’n homme ‘paraissant avoir été robuste, mais actuellement extrêmement pâle et amaigri. Sa face, sur laquelle on trouve un peu de desquamation, reste de son ancien érythème, est décolorée ainsi que les lèvres et la conjonctive, Il a maigri, nous dit-il, de 12 kilos en quatre mois.

Etal mental. — Létat mental est très différent, suivant les mo ments où on l’examine, à certain moment il est absolument lucide et répond très bien aux questions. Il est néanmoins somnolent, apathique, triste, si on lui demande la raison, il dit que c’est à cause de sa maladie.

Il pleure quand on lui parle de sa famille, à aucun moment n'apparaît la démence, ses explications sont légitimes. Il est triste et pleure parce qu’il est malade et ne peut travailler; à ces moments, sa mémoire est intacte, très précise même. Il ne se plaint pas spontanément, mais quand on l’interroge, il accuse, par intervalles, une céphalée occipitale assez vive. Il dit ne pas souffrir d’ailleurs.

Par instants, il nous dit qu’il a peur de mourir, à la suite d’une ponction il a une crainte morne, une véritable obsession, à d’autres moments le malade est tout différent. Il a des périodes de confusion mentale, ne sait plus où il se trouve, ne se rappelle plus de l’année: il ne répond que très mal aux questions, mais jamais d’une façon absurde.

Il peut à peine s'habiller, retourne sa chemise dans tous les sens ; à la fin, il arrive à la mettre en s’appliquant, mais ne peut la boutonner, et tête et pieds nus, il nous dit: « Je suis prêt à partir quand vous voudrez! ». 3

En somme, le malade se présente à nous comme un déprimé, mélancolique, mais qui donne à sa mélancolie des raisons qui ne

sont que trop légitimes, il n’a aucune perte de lautocritique, ce

Si

n’est pas un dément. Par moment, ses idées s’embrouillent, il perd la notion de l’espace et du temps; maïs ces périodes de confusion mentale durent peu, suecédant surtout la fatigue physique ou psychique que peut éprouver le malade, et sont suivies d’autres beaucoup plus longues où l’intelligence est intacte.

La lecture fatigue très rapidement notre malade, il lit lentement, avec difficulté, en s’appliquant et ne se rappelle plus ce qu'il vient de lire; de même pour écrire, il répète les syllabes par syllabe, quelquefois plusieurs fois, hésite avant d’écrire une lettre, mais arrive toujours à écrire exactement. S'il lui arrive d’oublier des lettres, c’est dans les mots longs et difficiles et parce que toute application le fatigue énormément. Ajoutons que N.… est très peu lettré et écrit rarement.

Quand il parle, on remarque par moments un léger embarras de la parole, il hésite, accroche certains mots, surtout lorsqu'on les lui fait prononcer rapidement. L'écriture est assez spéciale, la direction générale des lettres est conservée, mais les jambages sont formés le plus souvent de lignes brisées.

L'écriture rappelle un peu celle de certains cérébelleux. La langue, les lèvres, les mains sont légèrement tremulantes de temps à autre,

Marche. — Te malade éprouve une sensation de vertige quand il se lève, la ligne de démarche est normale, sans titubation ni festonnement. La marche le fatigue rapidement et il demande à. se rasseoir. Aucun trouble à l’arrêt ou au départ commandés, aucun trouble asynergique. Diadococinésie normale. La force museulaire des deux mains est égale, relativement peu diminuée.

Réflexes. — Les réflexes tendineux sont tous exagérés, rotuliens, achilliens, olécraniens, radiaux. Pas de trépidation épileptoïde, ni de signe de Babinski.

Réflexes cutanés thoraciques, abdominaux plantaires exagérés.

Réflexes pupillaires, visibles seulement à gauche, à cause de la taie à l’œil droit.

Ces réflexes sont conservés, bien qu’un peu lents et diminués.

Légère exophtalmie bilatérale, un peu de mydiase à gauche. Sen-

sibilité. Hyperesthésie au tact et à la douleur généralisée. Pas de joue d’anesthésie. Pas de troubles de l’ouie ni de l’odorat.

Vision très diminuée depuis sa fièvre typhoïde.

.. Symptômes généraux. — Céphalée surtout occipitale apparaissant seulement par intervalles. ONE avoisinant 38°, mais atteignant parfois 38° 5

Lassitude continuelle rue par le moindre effort de toute nature. |

Appareil digestif. — Langue un peu blanche, appétit très diminuée, mais variable. Le liseré de Burton n’existe pas. Gingivite simple, peu accusée. Vomissements tantôt spontanés, tantôt avec efforts, toujours alimentaires, le plus souvent partiels.

Constipation cédant aux lavements huileux. Le foie, légèrement augmenté de volume, mesure 17 centimètres sur la ligne mammelonnaire, 13 centimètres et demi sur la ligne médiane; il n’est pas.

douloureux. Rate grosse de quatre doigts.

Appareil circulatoire. — Cœur, bruits sourds sans caractères.

particuliers.

Pouls plutôt lent (64-72), hypotendu.

Souffles vasculaires dans les jugulaires.

Pas d’hypertrophie ganglionnaire.

Poumons: rien d’anormal,

Urines, assez rares. Une analyse complète montre le volume

par 24 lirs. 600 centimètres cubes.

ROC reste p. 0/00 9 gr. 10 p.24h. 5 gr, 46 NAS nn een. 0 gr. #7 0 gr. 52 ENT TE CR RRROOETE 0 gr. 8 0 gr. 48 Albumine....... je 0 gr. 20 0 gr. 1?

SULTE M Rte ce 0 gr.

U'obiline — au spectrocope.

UE

Examen du sang, le 23-mai R. = 4136.000 B. = 8.600 — 9.000.

N Les globules rouges sont de taille variable. Beaucoup ont un diamètre plus grand que la moyenne. Les petites hématies sont plus nombreuses encore. Dans beaucoup des éléments, gros et moyens, existent des taches basophiles. Les grosses hématies sont souvent très pâles et prennent mal l’éosine. Pas de formes glo-. bulaires blanches anormales. Très nombreux hématoblastes.

Ponction lombaire, le 25 mai.

On retire 10 centimètres cubes d’un liquide fluorescent, un peu louche, sous forte tension. :

Albumine en proportion très forte. =

Lymphocytose formidable. Plus de 200 éléments par champ d'immersion. Nombreuses cellules endothéliales pâles et vacuolaires.

Assez nombreux gros mononucléaires sains,

Quelques polynucléaires, 8 centimètres cubes de ce liquide sont, | d'autre part, inoculés dans le péritoine d’un cobaye.

Disons de suite que, 2 mois après, le cobaye avait pris 200 grammes et n'avait aucune trace de lésions tuberculeuses.

Jusqu'au 22 mai, le malade reste dans le même état, la nuit du 29 est un peu agitée, entrecoupée de réveils brusques; mais à partir de ce jour, le malade n’a plus de périodes de confusion mentale, La température est cependant plus élevée et varie entre 28 et 38° 6. 5

Le 30 mai, elle revient à 37°.

La femme du malade nous demande de le laisser partir à la campagne, au Kremlin-Bicêtre, où il sera au repos et au calme.

Nous lui ordonnons le régime lacto-farinéux avec un peu de

viande hachée, des bains sulfureux et.2 grammes de KI par jour.

+2 CE MO { . . , äzæ 14 juin, la femme vient nous trouver et raconte ce qui suit:

À sa sortie de l'hôpital, [Na eu la fièvre pendant 3 jours. I a eu du délire incohérent, ne sachant plus où il était, ne reconnaissant plus sa femme. En même temps le malade a vomi continuellement. Ces vomissements se produisaient avec effort, étaient surtout bilieux, ils ont aussi duré trois jours. Depuis ce temps, l’état mental est redevenu absolument normal; les vomissements se sont reproduits en s’espaçant,.

Le 6 juin, ayant mangé un peu plus que de coutume, N.. a été pris de vomissements et de diarrhée profuse (30 selles dans Ja nuit).

Le 13 juin, les symptômes gastro-intestinaux ont disparu, le malade va mieux, quoique ayant encore quelques nausées.

Nous supprimons l’iodure et prescrivons au malade le traitement arsenical intensif. Le malade est revenu nous voir le 20 octobre.

Les vomissements ot persisté plus rares dans le mois de juillet, asez bien calmés par la glace. L'amélioration est survenue gras duellement. |

Les maux de tête ont disparu les premiers, revenant tous les dix jours pendant une heure ou deux. Les vomissements, bien que plus espacés, ont persisté jusqu’à il y a un mois. Les derniers vomissements avaient lieu au milieu du repas, après avoir vomi le malade se remettait à table.

À l’examen, le malade n’est plus reconnaissable. Il n’est plus pâle, il est gai et n’a plus aucun trouble mental. Il a engraissé de 10 kilos.

Le sommeil et l'appétit sont bons. Le malade nous dit seulement qu'il se fatigue encore facilement et a de temps à autre quelques nausées. Il n’y a plus de tremblement des mains, l’écriture est redevenue normale (pour l'instruction du malade).

L'urine ne contient ni albumine, ni sucre.

L'examen du sang donne :

Les hématies sont presque toutes normales, non déformées. Les éléments petits ont beaucoup diminué de nombre. Rares taches

kasophiles,

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