AG
Les contractures réapparaissent. Les yeux redeviennent clairs. Pourtour crânien : 43 cm.
12 janvier : Etat stationnaire, augmentation de poids : l’enfant a augmenté de 500 gr. depuis le début de la maladie.
Contractures très accentuées. Respiration régulière.
16 janvier : Etat stationnaire. Strabisme convergent. L'enfant semble ne pas voir et reste absolument indifférent à ce qui se passe autour de lui.
22 janvier : Augmentation de poids régulière, Signes d’adénoïdite.
La contracture persiste prédominant à droite.
L’hydrocéphalie augmente. Pourtour crânien : 44 cm.
La ponction de la fontanelle donne quelque centimètres cubes d’un liquide semblable aux précédents. Culture du liquide toujours positive.
25 janvier : Examen ophtalmologique : strabisme convergent bilatéral, sensibilité cornéenne très diminuée, réflexe photo-moteur conservé. Pas d’œdème de la papille mais les deux papilles sont pâles, décolorées, surtout la droite.
30 janvier : L’hydrocéphalie augmente. Pourtour . crânien 44,5. Contractures toujours aussi marquées. S
10 février : Alimentation suffisante. Augmentation de poids régulière. Poids : 5 kil. 400.
L'hydrocéphalie augmente.
Les contractures diminuent, dl’ bypedétieetlie persiste avec clonus bilatéral du pied.
20 février : Augmentation rapide de l’hydrocéphalie. Les contractures s’atténuent progressivement. L'enfant remue bien les bras et les jambes.
JT Es
Appétit irrégulier. Signes d’adénoïdite, quelques vomissements. Selles normales.
1° mars : Pourtour crânien : 47 cm.
Ponction de la fontanelle : quelques centimètres cubes d’un liquide clair, légèrement teinté de jaune, fibrineux. Albumine : 0.60.
Cytologie : 35 éléments à la cellule de Nageotte. 50 % de polynucléaires et 50 % de lymphocytes et de mononucléaires.
Pas de cocci à l’examen direct.
Ensemencement négatif sur gélose ascite et sur milieu T.
10 mars : Augmentation progressive de l’hydrocéphalie. ,
L'enfant paraît toujours amaurotique.
Les contractures ont disparu. L’hyperréflectivité persiste ainsi que le clonus des deux pieds.
L'enfant boit bien, ne vomit plus, augmente de poids.
Indifférence absolue. Le petit malade pousse fréquemment des cris rauques et présente de temps à autre des
mouvements toniques.
25 avril : Poussée d’adénoïdite avec ronflement. Coryza muco-purulent bilatéral. Température à. 40° pendant deux jours, vomissements, diarrhée.
L'hydrocéphalie augmente toujours. Pourtonr erànien : 53 cm.
10 mai : Etat général assez satisfaisant, teint coloré. fonctions digestives normales. |
L'hydrocéphalie augmente toujours malgré les ponctions qui donnent un liquide clair, stérile.
L'amaurose paraît totale, le réflexe photo-moteur est lent et faible, la sensibilité cornéenne reste très dimi-
nuée.
MAN, Pis
Les réflexes sont vifs mais les phénomènes spasmodiques n’ont pas reparu.
Etude bactériologique du germe isolé
La ponction ventriculaire révélait la présence d'assez nombreux diplocoques à Gram positif, en flamme de bougie, parfois même encapsulés.
Ces particularités constituaient un critérium en faveur du pneumocoque et les recherches bactériologiques furent immédiatement orientées vers cet agent pathogène (D' Semelaigne). Sur gélose ascite les colonies petites, bleutées, présentaient le type classique en « goutte de rosée » ; mais elles donnaient au microscope beaucoup d'éléments en chaînettes, elles n'étaient pas lysées par la bile et ne tuaient pas la souris blanche.
« Dans les cultures, on a parfois beaucoup de mal à discerner pneumocoque et streptocoque » () et les aspects anormaux de ces deux microbes contribuent à accroître les difficultés.
Nous devons à la compétence de M. le Docteur Cotoni, de l’Institut Pasteur, l'identification du germe,
Un échantillon ensemencé sur bouillon Martin
(1) Pneumocoques et affections pneumococciques. Cotoni, Truche et Mile Raphaël.
provoquait sans aucun trouble un dépôt peu abondant se résolvant d’ailleurs par agitation.
En milieu T (eau peptonée, glucosée et salée) favorable au développement du bacille de « Talaraon- Frænkel » on n'observait qu’un trouble léger que l'agitation faisait vite disparaître.
De plus, l'examen sur lames de cette dernière culture montrait clairement des cocci ronds, non lancéolés, en chaînettes courtes et rigides.
Le Docteur Cotoni conclut à l'existence de streptocoques dans le liquide céphalo-rachidien soumis à son expertise.
Etude clinique de l’observation
L'infection des méninges succéda, chez notre petit malade, soit à l’inflammation du rhino-pharynx, puisqu'il existait des signes d’adénoïdite, soit à l’infection de l’ombilic. Sans doute, le suintement ombi- Jical était complètement tari quand apparurent les premiers symptômes méningés ; mais nous avons insisté, dans le précédent chapitre, sur le rôle étiolo- gique de ces cas d’omphalite. Nous n’y reviendrons pas.
C’est dans ces conditions que le bébé âgé de cinq semaines présenta une méningo-épendymite streptococcique dont l’évolution prolongée fut suivie de guérison,
PSN. | A
Il nous faut donc mettre en évidence les points
particuliers qui caractérisent cette observation :
1° Le début de la maladie fut marqué par de légères et courtes convulsions toniques. Malgré ces phénomènes, l'enfant acceptait normalement son biberon et progressait en poids d’une manière satisfaisante. Il y eut donc une période de quelques jours pendant laquelle, l'infection des méninges demeura sinon complètement latente, du moins peu bruyante et bien tolérée.
Les crises, véritables accès tétaniformes, devinrent progressivement plus fréquentes et plus accentuées, et l’état général put à son tour inquiéter l'entourage du malade.
2° A l'examen du nourrisson, les pauses respira-
toires, la somnolence et jes signes légers, mais cer-
tains d'hydrocéphalie, attirèrent l'attention. Toutefois, l’apyrexie était absolue, | Seule, la ponction ventriculaire permettait un diagnostic précis. Elle retirait, en effet, un liquide hypertendu, louche et riche en streptocoques; tandis
que la ponction rachidienne ne donnait avec peine
que quelques centimètres cubes d’un liquide stérile.
3° L'augmentation de volume de la tête, la disjonction des sutures crâniennes, les dimensions exagérées des fontanelles caractérisent une forme hydrocéphalique.
L'envahissement microbien des ventricules favorise le cloisonnement des méninges et les oblitéra-
üons orificielles (trous de Magendie, de Luschka, de Monro). Le bloquage plus ou moins parfait qui en résulte permet à l'infection de se développer en toute indépendance, provoque la distension des cavités cérébrales et explique la dissemblance des résultats obtenus par ponction lombaire et par ponction de la grande fontanelle,
4° L'absence totale de fièvre et une longue évoluion de trois mois sont encore des points remarquables de notre observation.
Au cours de la maladie, l'enfant présenta subitement une hypothermie marquée, des symptômes de déshydratation rapide et, pendant deux jours, une issue fatale parut inévitable. Mais en dehors de cette courte période vraiment alarmante et de la gravité initiale de l'infection, on ne constate pas dans l’ensemble une atteinte sériese de l'état général.
L'organisme fut particulièrement résistant et, malgré la présence d’un agent virulent, l’accroissement pondéral du nourrisson fut même assez régu-
lier.
5° Sans aucun autre traitement que les ponctions évacuatrices des ventricules, l'infection bactérienne finit par disparaître. La méningite streptococcique avait duré près de trois mois.
L’asepsie du liquide céphalo-rachidien, la stérilité des cultures affirment encore cette heureuse terminaison.
Les phénomènes spasmodiques ont entièrement
El, RUES
disparu, les fonctions digestives sont normales, l’état général reste satisfaisant.
Ces faits montrent une fois de plus l'intérêt des ponctions ventriculaires. Elles permettent un diagnostie exact et constituent une thérapeutique sou-
vent efficace.
6° Consécutivement à son inflammation méningée, notre petit malade présente actuellement une hydropisie ventriculaire progressive malgré les ponctions répétées. Après une aussi longue période d’irritation infectieuse, des altérations chroniques doivent en effet subsister au niveau de l’'épendyme, des plexus choroïdes ou des orifices ventriculaires.
Le nourrisson est maintenant exposé aux accidents propres à l’hydrocéphalie et le pronostic ultérieur dépend de l'évolution de cette redoutable séquelle. Il arrive d’ailleurs que le processus morbide s'arrête. La maladie est alors fixée; maïs la plupart du temps, l'enfant présente, en plus de sa tête énorme, un développement physique et intellectuel très gravement troublé,
D'autre part, les constatations ophtalmoscopiques font craindre une cécité définitive. Certes, Leyden en 1874 et Netter en 1901, ont insisté sur la tendance à l'amélioration que montrent souvent les complications oculaires des méningites; mais dans le cas présent, la décoloration de la papille, l'extrême faiblesse du réflexe photo-moteur dénotent une atteinte sévère nerf optique, et la persistance de l’hydrocéphalie ne
peut malheureusement qu’accentuer cette atrophie papillaire.