ÉPILOGUE
Par Chateaubriand, La Mennais, et Renan, le génie de notre péninsule celtique a repris le sceptre de l'intelligence. C'est pourquoi nous n'avons pas séparé leurs noms au cours de ce volume.
Quelles que soient les réserves que nous soyons obligé de formuler sur les idées et les gestes de chacun de ces Bretons, nous devons constater que, dans un siècle particulièrement riche en maîtres de la pensée et du style, ces trois dominent tous les autres par la magie et la musique, l'originalité et la séduction de leurs livres. Si, dans le naufrage de la littérature du xix^ siècle, leurs ouvrages subsistaient seuls, ils suffiraient pour connaître à leur source la plus profonde, dans leur murmure initial et dans leur cours triomphant, les idées littéraires, philosophiques, politiques, sociales, religieuses, qui ont agité une longue époque de l'histoire, et ils permettraient de jouir des formes les plus belles, les plus insinuantes, les plus puissantes de l'expression humaine pendant cent années environ.
Or, CCS trois sont les représentants les moins contestables de leur province. Ils ont la Bretagne dans le sang, depuis de longues générations, et dans leur nourriture (comme dirait Montaigne), grâce à une éducation conforme au.K
traditions de leur terre natale, — et dans leurs yeux, qui, aux phases diverses de leur existence, se sont arrêtés avec complaisance au paysage de leur enfance, — et dans l'esprit, qui s'est pénétré curieusement de l'histoire et de la littérature celtiques.
Et ces trois sont des combatifs, — la manière Renanienne n'est ni la moins têtue ni la moins efficace, — des obstinés, dans le travail, dans la défense de leur autonomie, et dans la diffusion de leurs idées, — des artistes, dont le chant a causé quelques-unes des émotions les plus vives qu'ait ressenties l'humanité, — enfin des désintéressés, qui ont magnifié comme vertus bretonnes le culte de la sincérité, l'aversion des petitesses, et le mépris de la cupidité. Leur faucille d'or n'a point servi aux moissons qui enrichissent des greniers avares, ils l'ont conduite dans le champ des étoiles.
Mais, entre ces trois, le plus singulier dans son caractère, le plus tourmenté dans sa destinée, le plus grand par le cœur, fut l'abbé de la Mennais.
Parmi les pèlerins du moyen âge, qui étaient attirés en BrocéUande, par la féerique fontaine de Barenton, beaucoup versaient en vain de l'eau sur la dalle magique : la tempête se taisait et les oiseaux mystérieux gardaient le silence. Fol y allais, dit Wace, chanoine de Bayeux, fol en reVins. Quelques-uns, cependant, dont la foi était plus ferme et l'enthousiasme plus divin, obtenaient le prodige tant rêvé. Comme les héros gallois Kynon et Owein, le Celte, dont nous avons essayé de peindre la pérégrination, mérita le concert des oiseaux et les honneurs de l'orage.
TABLE DES MATfEKES
Préface i-m