UNE DICTATURE DANS I.'ÉGLISE
rallemaiid, que je lis maintenant aussi facilement que l'anglais » (9 mars 1830). Nous verrons dans la suite que le rapide séjour du philosophe breton dans la capitale de la Bavière ne resta pas sans conséquences pour le développement de sa pensée et de ses desseins.
Répondant aux préoccupations de son cher maître, Benoît d'xVzy lui disait, le 6 mai 1830 : « C'est une belle « idée que de replacer les ministres de la religion à la tête « des sciences... J'ai été bien frappé, il y a quelque temps, « d'apprendre que, dans une partie de l'Allemagne, on avait, « depuis près de cinquante ans, étabU l'usage de faire faire « dans les séminaires des cours d'agriculture, pour mettre « les jeunes ecclésiastiques à même d'éclairer utilement « de leurs conseils le peuple qu'ils auront à conduire... » — Une œuvre qui correspondait pleinement aux vues de l'auteur des Progrès de la révolution vint s'offrir à La Chênaie dans les premiers mois de 1830. Comprenant l'importance de la fondation d'une université cathoUque aux Etats-Unis, l'évêque de New-York fit appel à la Congrégation de Saint- Pierre. Et il fut convenu que Lacordaire, — qui, en mai, s'était agrégé au Port-Royal nouveau, — s'embarquerait dans le courant d'octobre, avec trois autres Ménaisiens, pour travailler à l'institution projetée. Dis aliter visum !
Dans le même temps, Denis Benoît narrait à son « bon frère » une anecdote singulière, qui était arrivée à Genoude l'année précédente. Le traducteur de la Bible s'était rendu dans une propriété qu'il avait achetée en Brie. « Il voulut « aller se confesser au curé du village, homme très âgé, et « fort aimé dans sa paroisse. Au moment où il était à genoux, « dans la chambre du curé, et commençait sa confession, « celui-ci se lève, va au bout de la chambre, et lui dit d'un « air tout ému : « Mais, est-ce que vous croyez à tout cela ? » « Genoude, confondu, entame alors avec ce vieillard une
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« discussion théologique, réfutant tous ses arguments phi- « losophiques, et lui rappelant toutes les preuves de la « religion, qui se représentaient à l'esprit de ce vieillard « comme des fantômes. Il disait, avec une sorte d'efïroi : « Vous me rappelez tout ce qu'on nous disait en Sorbonne! » « Cela dura deux heures, et, à la fin, Genoude lui dit qu'ayant « un grand désir de communier le lendemain, anniversaire « de la mort d'un de ses enfants, il le suppliait de lui donner « l'absolution, si, d'après les règles qui lui avaient été autre- « fois données, il l'en croyait digne. Et il reçut avec foi « l'absolution de ce prêtre incrédule. Ce malheureux est « mort quelque temps après, sans appeler les secours de « cette religion, qu'il avait si souvent professée sans y « croire. » — La Mennais répondit à son cher disciple : « Les souverainetés d'aujourd'hui ressemblent à ce vieux prêtre dont tu me racontes dans ta lettre la terrible histoire. Il ne reste rien à désirer, sinon que le tombeau se referme promptement sur ces corps pourris et ces âmes mortes. » Les malédictions du prophète allaient enfin s'accompUr. Les niais de grande race avaient refusé de sauver le pouvoir en le mettant à la tête du mouvement de hberté, et, à la fin de juifiet 1830, la Révolution grondait à une nouvelle étape de ses progrès : Charles X chemine vers son exil.