CHAPITRE VI
M. le Dr Dibos, qui a bien voulu suivre notre malade aprés sa sortie de l'Hôpital Saint-André, appelle notre attention sur l’influence de la suppression des ovaires sur l'économie en général : « Son caractère, nous écrit-il, n’est pas modifié, elle a con- » servé la même affection pour son mari, le même dévouement » pour ses enfants, elle n'est devenue ni plus irritable, ni plus » quinteuse. »
Popter solum ovartum mulier est quod est, dit un aphorisme aussi ancien que répandu; la femme n'est femme que par les ovaires.
Virchow a voulu voir dans cet organe, le dispensateur de toutes les propriétés spécifiques du caractère féminin: sa suppression entraînerait dans l’habitus de la femme un peu de la rudesse du mâle.
On a été plus loin, et comparant les résultats de la castration chez l’homme et chez la femme, on à voulu par désir de l’antithèse, sans doute, prouver que l'opération qui féminise l’un « masculinise » l’autre.
La femme en perdant son sexe, en perdrait les caractères ; la voix prendrait une tonalité plus basse, le système musculaire un développement plus accusé, le système pileux une activité plus vive.
Cépendant, la plus grande partie des auteurs qui sont préoccupés de cette question ne constatent pas de modifications notables dans les attributs antérieurs du corps et de l'esprit des opérées.
Koœberlé, dont l’opinion a le droit de faire loi dans la matière, a
communiqué à A. Puech (op. citat.), une note dans laquelle il
, s'exprime de la façon suivante :
« L'extirpation des deux ovaires n'apporte aucune modification » notable dans l’état général. Ce sont des femmes qui peuvent » être considérées comme étant brusquement arrivées à la méno- » pause ; les organes génitaux restent excitables, les seins ne s’a- » trophient pas, les sentiments affectifs restent intacts, les opérées
« n'en restent pas moins bonnes, avenantes à l'égard de leurs pa-
» rents, leurs amis, leur famille et leur mari ». N'est-ce pas dans les termes analogues qu'est conçue l'observation qui nous a été transmise par M. Dibos, au sujet de notre malade?
M. Péan (Gazette médicale, 1880) déclare qu'aucun changement n'est survenu dans les désirs et les sensations de ses opérées. Peasle (ovarian fumors) s'exprime à peu près dans les mêmes termes.
L'hypochondrie qui survient parfois chez l’homme privé de ses testicules par une opération chirurgicale, ne se constate pas chez la femme qui a perdu ses ovaires. Cela ne tient-il pas à ce que chez cette dernière, le stigmate opératoire plus caché ne met pas sans cesse sous ses yeux le témoignage de sa déchéance sexuelle?
Nous nous croyons autorisé à conclure que dans la plupart des cas, la ménopause peut être conférée chirurgicalement, sans apporter de modifications dans le caractère et dans les allures, et sans entraîner l’inaptitude vénérienne.
Une conséquence plus sérieuse de l’oophorectomie et dont on ne peut se dissimuler la gravité est la perte irrémédiable des fonctions de la reproduction. Avant de mutiler ainsi une femme, il faut lui faire part des suites de l'opération, n’intervenir dans ce sens qu'avec un consentement obtenu aprés longues et mûres réflexions. Une femme peut être placée dans des conditions sociales telles que la venue d’un enfant peut avoir pour elle la plus grande importance ; sans pénétrer les secrets de la vie privée,
A le chirurgien ne doit pas rester étranger à ces questions, et son devoir lui ordonne d'éclairer largement la principale intéressée. La femme, libre de sa vie, peut la sacrifier, si bon lui semble, à des intérêts d'un ordre tout particulier sur lesquels le chirurgien n’a aucun droit; l’opérateur consulté par la malade, lui donnera les conseils dictés par sa conscience.
Il ne faut pas oublier dans ce cas que « la présence d’un fibrome » utérin constitue une complication grave pour la mère, pendant > la grossesse et après l'accouchement, grave pour l'enfant dans la » vie intra-utérine et au moment de l'expulsion » (Lefour, Thèse d'agrégation, Paris, 1880.)
M. Lefour rapporte les opinions de M. Depaul, de Bayle et de Blandin ; cette dernière résume les deux autres : « Il importe aux > jeunes femmes qui ont des corps fibreux de l'utérus de ne pas » devenir enceintes : d'abord, le plus souvent parcequ'elles auraient » à supporter le péril de l'avortement et ensuite parce que si l'enfant » venait à terme, la tumeur fibreuse pourrait apporter obstacle à
» l'accouchement. »
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