‹ La Ménopause PrématuréeChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'histoire des fibromes de l'utérus n’est plus à faire : elle serait ici un hors d'œuvre en même temps qu'une audace non justifiée ; elle est depuis longtemps la préoccupation la plus chère des gynécologistes et des chirurgiens de toutes les époques.

Tour à tour désignés sous le nom de poulpes, cercosis, scléromes, hystéromes, fibroïdes, myomes, fibro-myomes, les fibromes de l'utérus constituent une des plus riches pages de la littérature médicale.

Ces productions pathologiques forment la néoplasie la plus fréquente des organes génitaux internes de la femme : elles se rencontreraient d'après les statistiques dressées par Bayle à la Salpétrière, chez un quert des femmes ayant dépassé l’âge de trente-cinq ans. Nonat, Broca donnent des proportions analogues, peut-être même plus élevées.

Formées de deux éléments principaux, un tissu fibreux qui forme leur charpente et des faisceaux de fibres musculaires lisses, les fibromes se développent au sein de l’utérus, les uns restant enchevêtrés dans le tissu de l'organe où ils ont pris naïssance, les autres progressant vers la cavité utérine ou la séreuse péritonéale : selon qu'ils répondent aux sollicitations de l'une ou l’autre de ces voies qui s'ouvrent à leur accroissement, on les nomme interstitiels, muqueux ou sous-péritonéaux.

Les deux grands symptômes par lesquels se manifestent les fibromes utérins, lorsqu'ils se révèlent à l'observation, sont la douleur et l'hémorrhagie ; irréguliers dans l’époque de leur apparition,

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leur durée, leur abondance, leur modalité, ils n'enconstituent pas moins un danger contre lequel les malades viennent solliciter les ressources de la médecine ou le secours de la chirurgie.

Quand la médecine se trouve en présence d'une femme atteinte d'un fibrome de l'utérus, épuisée par des pertes de sang abondantes, le visage pâle, les muqueuses décolorées, succombant, en un mot, aux atteintes de l’anémie hémorrhagique, par le traitement des grands symptômes elle conjure le danger immédiat, mais elle s'arrête impuissante contre sa cause. Cependant une hygiène sévère, une thérapeutique habile peuvent atténuer les accidents et ménager une temporisation adroite qui conduit insensiblement la tumeur à la vieillesse ; pendant ce temps, la malade plus ou moins soulagée par les ressources médicales et surtout par l'espoir d’une guérison entrevue, arrive à la ménopause, qui, en supprimant la vascularisation mensuelle de l'utérus, amène le retrait de l'organe, la disparition des symptômes et met un terme à l’accroissement de la tumeur, quand elle ne la guérit pas d’une façon complète.

[l n'est pas de tentatives qui n'aient été faites, pas de remèdes qui n’aient été expérimentés contre ces tumeurs. Depuis les préparations d’or, jusqu'aux eaux minérales et à l'électricité, on a tout essayé et tout conseillé contre la douleur avec ses troubles nerveux qui rendent l'existence intolérable et l’hémorrhagie avec son danger immédiat.

L’ergotine préconisée par Hildebrandt, qui a eu son moment de gloire (1) revendique aujourd'hui des succès trop nombreux pour être dignes de foi (2).

Il est démontré à’ l'heure actuelle que son seul rôle consiste à permettre à la malade d’attendre, dans des conditions compatibles

avec l'existence, l’époque du retrait physiologique de la tumeur

(1) Jaurès. Gazette des Hôpitaux de Paris, 1886. (2) Jäger. Behandlung der Fibromyome des utérus.

avec celui de l'organe qui la porte. A ce point de vue, elle rend d’éclatants services.

L’électricité a trouvé ses partisans dans Routh, Kimbal, Friceman (1), et ses défenseurs dans MM. Carlet (2) et Bastard (3), inspirés par Gallard et Apostoli.

À Bordeaux, M. le professeur agrégé Bergonié, dans son service spécial à l'hôpital Saint-André, applique avec succès le traitement électrique aux fibromes utérins.

Est-il nécessaire de mentionner les essais de médications par le phosphore, l'arsenic, le mercure, le brome et liode?

Les alcalins à haute dose, les eaux de Vichy, de Vals, de Plombières, de Kussingen ont été mis à l'épreuve.

L'iodure de potassium employé par Tripier comme base de savons introduits dans la cavité utérine, a donné d’heureux résultats.

M. Dudon a expérimenté, dans son service à l'Hôpital Saint- André, les injections intra-utérines de teinture d’iode ; il possède les observations de deux malades qui ont été traitées avec succès ; ces injections ont été pratiquées par Savage (4); elles auraient pour résultat d'arrêter les hémorrhagies ; répétées pendant 5 ou 6 mois à chaque période menstruelle, elles auraient une influence certaine sur la régression de la tumeur.

La simple énumération des nombreux moyens employés contre les tumeurs fibreuses de l'utérus est la meilleure preuve de leur impuissance.

Attendre la disparition des fibromes, de l'emploides traitements

(1) Centralb. f. gyn. 1878.

(2) Carlet. Du traitement des tumeurs fibreuses de l'utérus par l'électricité, Méthode du docteur Apostoli, Th. de Paris, 1884.

(3) Bastard. Th. de Paris, 1882.

(4) Savage : On the surgical treatment of fibro-myome of uterus, British med. journ., London, 1878.

dont il vient d’être question, serait de la part du médecin une imprudence coupable.

Laisser espérer à la malade sa guérison, quand son état général, son âge voisin de la ménopause, le permettent, et lui éviter l'aléa d’une opération chirurgicale, est une règle; mais il faut bien méditer cette vérité avancée par Gallard : « sans contester la sincé- » rité des observations de guérison publiées, ces guérisons ont été » spontanées et les diverses médications employées n'ont jamais » contribué à les provoquer. »

Lorsqu'on a épuisé toutes les ressources de la médecine et que la malade chancelante, affaiblie par des pertes abondantes, vient implorer l'assistance du médecin, l’opération chirurgicale s'impose s’il reste assez de résistance pour supporter cette dangereuse épreuve.

Le traitement idéal est, en effet, l’ablation de la tumeur; mais l'intervention chirurgicale est souvent impossible et toujours meurtrière; impossible, lorsque la malade anémiée parles métrorrhagies incoercibles, effrayée par la vue du sang qu’elle perd sans cesse, est dans des conditions physiques et morales qui fon au chirurgien le plus hardi un cas de conscience de s'abstenir; meurtrière, puisque malgré les précautions antiseptiques les plus rigoureuses, la statistique de Duplay nous donne une léthalité de 50 P. 100.

Le traitement chirurgical des fibromes utérins est l’objet des discussions les plus sérieuses des chirurgiens qui depuis quelques années se sont efforcés d'inventer des procédés opératoires et de perfectionner les anciens.

« Dire où est la vérité, écrit Vautrin (1), est difficile, dans une

» époque de transition, d'expériences opératoires, sorte de période

(1) Vautrin. Thèse pour l’agrégation. Du traitement chirurgical des Fibromes utérins. Paris,

» indécise, pendant laquelle la critique et le jugement sont diffi- » ciles à formuler ».

Les divers modes d'opération sont recueillis, leurs résultats

enregistrés et leur valeur discutée dans la thèse que M. Vautrin a présentée au concours d'agrégation de 1886.

CHADIPREETT

L'opération qui fait l’objet de ce travail a fait son apparition il y a quelques années sur la scène chirurgicale et y a subi des fortunes diverses.

Connue sous le nom de : « Extirpation of the fonctionnally active ovary », avec Battey, sous celui de « Castration der Frauen » avec Hegar « d'Oophorectomie » avec Lawson Tait, elle est devenue la cause d’une vive discussion entre Hegar et Battey qui revendiquaient avec acharnement la gloire de son invention.

Il ne faudrait cependant pas croire que la castration est chose nouvelle.

Les auteurs anciens font avec détail le récit d'opérations pratiquées sur les organes génitaux des filles en bas âge.

Dès la plus haute antiquité la castration a été infligée comme châtiment aux adultères et à ceux qui se rendent coupables de viol.

En Egypte et à Rome, pendant les premiers siècles de la République, ce supplice était devenu un usage légal.

Plaute, Térence, Martial nous ont laissé des épigrammes nom- - breuses faisant allusion à ce genre de châtiment.

Chez certaines tribus sauvages, l'usage était de châtrer les prisonniers de guerre, et le moyen-âge conserva cette odieuse coutume importée d'Orient.

C'est, en effet, chez les orientaux qu'elle était répandue d’une façon déplorable. |

La passion jalouse des sultans, en même temps qu'elle inventait

l’eunuque, pour la sécurité du harem, donnait naissance à une

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