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nouvelle industrie : la confection des castrats et leur honteux trafic.
Le fanatisme ne fut pas étranger à la propagation de cette coutume barbare et Lucien nousrapporte que pour être prêtre de Cybèle il fallait se faire eunuque de ses propres mains.
Le christianisme lui-même ne devait pas échapper à ces errements ; Origène et Léonce d’Antioche interprétant en énergumènes le précepte de l'Evangile : « Sivotre œil vous scandalise, arrachezle et jetez-le loin de vous », se châtrèrent eux-mêmes et virent leur exemple suivi par une foule d'ordres religieux.
Les femmes n’ont pas échappé à cette mutilation : elles y ont été soumises pour des causes diverses.
En Perse, dans l'Inde, la femme coupable d’adultère subissait la castration avant de marcher au dernier supplice.
On trouve dans de vieux historiens que l’ovariotomie normale ou extraction des ovaires sains a été tentée chez les femmes à diverses époques. (Galeni opera. De femina, t, I, cap. V). (Lauramus et Pline, Hist. nat., lib. VIII, cap. Il). (Varron, de re rustica),
On lit dans les extraits des historiens grecs publiés en 1841 par Didot (Fragmenta historica græœcorum) que Gygès, roi de Lydie, faisait enlever les ovaires à ses femmes pour conserver perpétuellement la fraicheur de leur jeunesse et de leurs charmes.
Athenœus raconte que le satrape Andramys faisait mutiler ainsi des femmes qu'il destinait au service de son palais et l’histoire est devenue légendaire du boucher Wiérius châtrant sa fille pour la corriger de son penchant à l’impudicité.
L'histoire de la castration féminine a été trop soigneusement fouillée par M. Léon Tissier (1) dans sa thèse sur la castration de Ja femme en chirurgie, pour être étudiée après cet auteur.
S1 quelques documents échappèés à ses recherches pouvaient
{1) Léon Tissier, De la castration de la femme en chirurgie (opération de Battey). Thèse de Paris, 1885,
être ajoutés à la notice historique qui figure d’une façon si heureuse dans son travail, je me hâte de dire qu’ils ne pourraient offrir qu'un intérêt archéologique : ils seraient du reste déplacés dans cette thèse où j'ai l'intention d'examiner la castration, non au point de vue du rôle général qu’elle joue en chirurgie, mais au point de vue particulier de son application au traitement des fibromes de l'utérus. |
Laissant donc de côté cette étude préhistorique de la castration, sans intérêt ici, Je m’occuperai de son apparition dans le domaine de la chirurgie où elle a soulevé des critiques sèvères et des enthousiasmes irréfléchis.
En 1776, un chirurgien de Rouen, du nom de l’Aumônier, en voulant donner issue à une collection purulente siégeant au-dessus de l'arcade crurale chez une nouvelle accouchée, mit à nu l'ovaire qu'il enleva, involontairement.
Percival Pott, en 1777 (1), l’année suivante, pratiqua, mais d’une façon consciente, la même opération sur une femme atteinte d'une hernie inguinale, contenant les deux ovaires et les appendices du péritoine.
Le 3 juin 1823, le chirurgien anglais James Blundell proposait dans un mémoire à la Xoyal medical and chirurgical Society de Londres, l'extirpation des ovaires dans les cas de dysménorrhées graves ou d'hémorrhagies menstruelles provenant d'un utérus en inversion, lorsque l’extirpation de cet organe est contre indiquée.
La même année, Lumsden conseillait d'enlever les ovaires de certaines femmes bien qu'ils fussent sains, pour remédier à certaines dysménorrhées et pour faire disparaître des métrorrhagies rebelles.
C'est en 1872 que s’éleva entre Hegar et Battey la discussion dont il était question au commencement de ce chapitre; par une
(1) Œuvres chirurgicales, p. 493, Paris, 1777. QUE
coïncidence bizarre en effet, Hegard en Allemagne, et Battey en Géorgie, guidés par la même idée, en faisaient la même application. Ils enlevaient un organe intact pour supprimer ses fonctions et faire naître dans l'économie certaines modifications que l’absence de cet organe comporte. Battey poursuivait la guérison d’une jeune fille atteinte d'aménorrhée coïncidant avec des congestions périodiques, des accidents péritonéaux et des phlegmons du petit bassin. Hegar luttait contre une dysménorrhée avec névralgies ovariques extrêmement douloureuses revenant chaque mois.
Au congrès médical de Londres en 1881, Lawson Tait déclare que sa première oophorectomie date de février 1872 ; il reconnait toutefois à Battey et à Hégar la priorité pour l’ovariotomie normale, mais revendique comme sienne l'opération qui consiste à enlever simultanén.ent les annexes de l'utérus, ovaire et trompe, et qu'il désigne sous le nom d'opération de Lawson Tait.
À partir de cette époque, les chirurgiens étrangers suivant l'impulsion donnée par Hégar et Battey, exécutèrent leur opération. Les Américains se montrèrent les plus empressés; Trenholme de Montréal, Gilmore (Alabama) Thomas, Peasle, Sabine, Sims (de New-Vork), la pratiquèrent plusieurs fois dans l'espace de quelques années.
Les chirurgiens anglais se montrèrent -plus froids: et, sauf Lawson Tait et Savage, qui firent l’un 70, l’autre 30 castrations, ce n'est que par deux ou trois que se chiffrent les tentatives faites par Spencer Wells, Simpson, Thornton et Bantock.
En Allemagne, de l’année 1876 à l'année 1880, Freund, Tauffer, Fehling, Langenbeck en pratiquèrent un assez grand nombre. Les abus déplorables, conséquence fatale de l'engouement des premiers jours empêchèrent l'opération de Battey d'occuper sa véritable place; on en était arrivé à des indications scandaleuses : la folie, l'hystérie, les convulsions éclamptiques dues à l’épilepsie, la masturbation elle-même étaient justiciables de l’oopho-
os rectomie. On comprend combien de pareils faits devaient éveiller la défiance des chirurgiens français, qui se montrèrent pleins de réserve dans les discussions du Congrès international de médecine de Londres en 1881 et de celui de Copenhague en 1886.
L'application la plus féconde et la plus heureuse en a été faite au traitement des hémorrhagies rebelles et des accidents dus à la présence des fibro-myomes utérins. M. Duplay fut le premier qui, en France, pratiqua l'opération de Battey : Les deux observations sont publiées dans le compte-rendu de la séance de l’Académie de médecine du 2 juin 1885.
Péan, Terrier enlevèrent les 2 ovaires à plusieurs malades atteintes de douleurs ovaralgiques. Dans 3 cas, M. Péan a été conduit à pratiquer l’ovariotomie normale pour remédier à des accidents dus à l'absence congénitale de l'utérus et du vagin.
À la séance de la Société de médecine du 1° juillet 1885, M. Terrillon fait une communication sur 2 cas de ménopause artificielle opérés par lui.
1° Fibro-myome de l'utérus; douleurs violentes et impotence ; castration ; guérison de l'opération ; soulagement de la malade.
2° Fibro-myome de l'utérus; hémorrhagies abondantes; constipation opiniâtre ; douleurs violentes; menaces de mort; castration ; mort après 40 jours par étranglement chronique (Société de
chirurgie 1885).