LUS
On sent l’utérus remonter à 5 ou 6 centimètres au-dessus de la symphyse pubienne ; il est gros comme le poing et parfaitement mobile : il fait une saillie un peu plus accentuée à gauche qu’à droite,
La tumeur formée par l'utérus est arrondie, sans saillies appréciables au toucher, qui en aucun point ne fait découvrir de fibrome venant faire saillie dans la cavité péritonéale : le toucher vaginal trouve un col gros: les deux lèvres en sont volumineuses et séparées par une large fente; pas de déviation du col.
La même mobilité de l'utérus se trouve encore plus nette que par le palper abdominal : les culs de sac sont libres de tous les côtés ; rien à la vessie ni au rectum ; pas de troubles fonctionnels de ces organes ni du tube digestif; rien au cœur, rieu aux poumons.
On attend, pour lobserver, une période menstruelle qui commence en effet le 3 août ; l'écoulement apparaît fort abondant et dure 4 jours ; il est un peu moins grave. que les mois précédents ; diminution, due probablement au repos absolu auquel a été soumis la malade depuis un mois; peu de douleurs du côté du ventre. A la suite, faiblesse considérable qui retient la malade au lit. Traitement fortement tonique.
Oophorectomie, le 13 août 1887. La malade est préparée absolument comme pour une ovariotomie pour une tumeur de l'ovaire. Purgation l’avantveille ; lavement la veille du jour de l'opération : le matin, 4 grammes de sous-nitrate de bismuth.
En s'entourant des plus grandes précautions antiseptiques, le chirurgien fait sur la ligne médiane une incision qai remonte à 15 centimètres au-dessus de la symphyse pubienne ; elle a une longueur d'environ 0,12 centimètres. Section des téguments de la ligne blanche ; on arrive sur le péritoine un peu épaissi, fortement coloré en rouge. Après hémostase aussi parfaite que possible, incision du péritoine : l'ovaire gauche est d’abord saisi avec l'index recourbé en crochet ; il est amené par l’incision hors de l’abdomen ; son pédicule formé par la trompe et le ligament large est saisi entre les mors d'une pince à hystérectomie ; 3 gros catguts divisent et serrent la partie du pédicule située au-dessus de la pince. Au dessous, une autre ligature en masse du pédicule. La pince est retirée, et l’ovaire avec une partie
de la trompe est enlevé par une incision passant un peu au-dessus de la
première ligature; le reste est replongé dans le ventre. Même manœuvre à droite où la trompe complètement libre d'adhérences n’est pas enlevée avec l'ovaire. On voit et on reconnaît par le toucher sur la face postérieure de l’utérus un fibrome gros comme un œuf de poule faisant saillie dans le cul de sac de Douglas.
Toilette du péritoine avec des éponges de ouate antiseptique imbibées d’eau phéniquée.
D'ailleurs, 20 grammes de sang. à peine, se sont épanchés dans le péritoine. Hémostase parfaite. Deux points de suture profonde au fil d'argent ; sutures superficielles au crin ; pansement phéniqué légèrement compressif.
La malade n’a pas perdu 100 grammes de sang pendant toute la durée de l'opération.
L'ovaire gauche contient deux kystes : l’un de la grosseur d’une belle noix ; l’autre du volume d’une noisette environ ; l'ovaire droit contient un petit kyste,
Le soir la température est à 38°2, le pouls à 90. Deux vomissements depuis l'opération. Aucune douleur dans le ventre ; on donne 0,03 centigrammes d'extrait thébaïque. La nuit est bonne.
Le 14 août 8 heures du matin: température, 37°4 ; pouls, 90. Un léger écoulement sanguin par le vagin, qui s'était montré la veille de l'opération, apparaît de nouveau avec une odeur fétide. On ordonne 2 injections phéniquées tièdes, par jour. Aucune alimentation, Champagne. Glace en fragments ; on pratique le cathétérisme 4 fois par jour ; le ventre est un peu douloureux, spontanément et à la pression, surtout vers le bord gauche de l'utérus ; les vomissements ne se sont pas reproduits. Le soir : température : 38°4 ; pouls : 110. Malgré l'élévation de température, rien d'anormal du côté du ventre.
Dès le lendemain 15 août la température tombe à 37°6 pour ne plus se relever et osciller jusqu’à la guérison entre 36°6 et 37°6. L'écoulement sanguin a disparu. Ventre indolent dans toute son étendue.
Le 19 août, premier pansement, Les pièces du pansement post-opératoire ne sont nullement souillées ; pas une goutte de pus ne s'est écoulée. La suture est en très bon état ; on enlève’ les points de suture au fil d'argent. On trouve un peu de suppuration très superficielle à un orifice de sortie de
l'un d'entre eux. La moitié des crins est enlevée.
On rapproche les deux moitiés du ventre avec des bandelettes de tarlatane fixées au moyen de collodion iodoformé. Pansement à la ouate salicylée.
La malade continue à marcher régulièrement vers la guérison, Dès le huitième jour on permet le bouillon, du vin, pour arriver peu à peu à l’alimentation normale.
Le 6 septembre, au moment où les règles auraient dû reparaître normalement, la malade ressent un peu de gêne, de pesanteur dans le ventre, et une très faible quantité de sang s'écoule pendant un jour.
Le 12 septembre la malade quitte l'hôpital complètement guérie de son opération.
Le 7 novembre dernier la malade avait déjà traversé 3 périodes menstruelles : 9 septembre, 4 octobre, 2 novembre, la malade étant, avant l'opération, réglée environ tous les 28 jours.
A cette date M. le D' Dibos, médecin de Marguerite Guich.., envoyait sur sa cliente les renseignements suivants :
Elle a repris les occupations de son ménage ; son teint est aussi coloré et son embompoint aussi satisfaisant qu'avant les hémorrhagies. Au premier abord elle semble avoir recouvré toutes ses forces ; il n’en est rien cependant, car elle se plaint d'être facilement essoufflée si elle presse un peu le pas, si elle hâte son allure. En dehors de son ménage il lui serait impossible de faire quoi que ce soit. Elle trouve cependant que tous les jours ses forces reviennent et s'accroissent insensiblement.
Elle a d'ailleurs bon appétit et ne se plaint que d'un peu de dyspepsie flatulente.
Quant à ses hémorrhagies, elle n'a pas revu une goutte de sang depuis son opération et elle n’a ressenti au moment où ses règles devaient revenir aucun des symptômes qui en annonçaient la venue ; jusqu’à l'heure actuelle elle n'a éprouvé aucun des troubles de la ménopause ; rougeurs de la face ; bouffées de chaleur etc, c’est une fonction qui paraît absolument morte. Pas de leucorrhée.
La cicatrice et le ventre sont en bon état; on constate néanmoins un peu de sensibilité plutôt que de douleur dans la région hypogastrique,
mais principalement dans les fosses iliaques dans les points qui correspon-
dent aux régions ovariennes, cette sensibilité ne paraît qu’à la pression et la femme Guich... ne la ressent nullement quand elle est debout et qu’elle a sa ceinture.
L'utérus est volumineux, mais néanmoins n'est pas facile à délimiter, à cause de l'épaisseur des parois abdominales,
Le caractère de Marguerite Guich... ne paraît pas modifié et son mari n’a constaté aucune différence ; elle est toujours affectueuse pour lui, très dévouée pour ses enfants et n’est devenue ni plusirritable ni plus quinteuse; elle se plaint seulement d’une certaine mobilité nerveuse, qu'elle attribue
à son état d’anémie.