‹ La mensuration thoraciqueChapitre 4 sur 18 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

J1 est probable que bien des fois, pendant les siècles qui ont précédé le nôtre, des médecins ont été frappés de ce fait que, sous l'influence de certaines maladies, : un côté, ou les deux côtés de la poitrine augmentaient de volume ; et qu'ils ont employé la mensuration pour s’en assurer. Mais ces applications de la mensuration à la pathologie dela poitrine n’ont dû avoir lieu que pour certains faits rares, piquant la curiosité des observateurs; et, dans tous les cas, elles n’avaient jamais pris, même # dans l'esprit de ceux qui les pratiquaient, l’importance d’une méthode, ou même d'un procédé d'examen. Les mensurations ainsi faites, n'avaient été qu'une confrmation plus précise des renseignements donnés par la vue et étaient restées de simples constatations sans utilité.

Il faut arriver au début du xix° siècle pour voir la mensuration prendre un autre caractère et revêtir les allures d’un procédé clinique. C’est à Laënnec, en effet,

que revient le mérite de l’avoir mentionnée pour la pre-

mière fois et de lui avoir reconnu l'importance qu’elle

a en tant que méthode d’investigalion clinique.

Pour pouvoir mieux suivre les perfectionnements apportés successivement dans l’instrumentation et la

technique de la mensuration thoracique, les diverses

applications cliniques qui en ont été faites et la part

qui revient à chaque auteur en particulier dans les nombreuses modifications subies par la méthode, nous croyons utile, et même nécessaire, de diviser en trois étapes la longue période qui va du début du xix° siècle à nos jours. CRE La première de 1819 à 1857 ; de Laënnec à Voillez. La deuxième de 1857 à 1874; de Voillezà Fourmentin.

La troisième de 1874 à 1890 ; de Fotementin a Maurel.

C'est Laënnec, avons-nous dit, qui, en inventant la mensuration thoracique, ouvre la première étape.

Voici ce que nous lisons dans son immortel Traité de l’auscultation médicale : « L'augmentation et la diminution successives de la quantité de l’épanchement sont encore indiquées par un signe beaucoup moins sensible, moins constant et moins sûr, et qui ne laisse ‘ pas cependant que d’être assez souvent utile. Si l’on fait déshabiller un malade attaqué de pleurésie avec épanchement un peu abondant, on reconnaît facilement, dans la plupart des cas, que le côté affecté est plus dilaté que le côté sain. Si l’on mesure avec un ruban le côté dilaté, on trouve sa circonférence plus grande que celle du côté sain : mais la différence n’est jamais aussi grande qu'elle le paraît à l’œil : une différence d’un demi-pouce dans la mesure de la circonférence est extrèmement sensible à la vue de la poitrine. »

Quelques pages plus loin, à propos « du rétrécisse-. ment de la poitrine à la suite de certaines pleurésies »,

Laënnec ajoute : « Les sujets qui présentent cette absence du son thoracique, sont très reconnaissables, même à leur conformation extérieure et à leur démarche... La poitrine est manifestement plus étroite de ce côté, et si on là mesure avec un cordon, on trouve souvent plus d’un pouce de différence entre son contour et celui du côté sain ; son étendue en longueur est également diminuée... La différence des deux côtés est si frappante, qu'au premier coup d'œil on la croirait plus considérable qu’on ne la trouve en mesurant. » Il ressort clairement de la lecture de ces deux passages que Laënnec employait et recommandait dans l'étude de la pleurésie la mensuration thoracique; elle est réellement pour lui un procédé d’examen : nous devons, dès lors, la considérer comme entrée dans le domaine de la clinique.

Néanmoins il est intéressant de remarquer combien est modeste la part que lui fait son éminent vulgarisateur. Elle doit servir, dans la pensée de l’auteur, à con-

trôler et à appuyer le résultat de l'examen fait à la

simple vue, celui-ci étant plus sensible que la mensura:

tion. Pour la pratiquer, Laënnéc se sert tantôt d’un ruban, tantôt d’un cordon, et quant au en suivi,

il eroit inutile d'en parler.

En somme, la mensuration périmétrique de la poitrine, créée par ce grand clinicien, demeurait très imparfaite ; néanmoins, pendant quelques années, ce mode de mensuration fut le seul employé.

L'examen clinique se perfectionnant, Chomel reconnaissait que souvent les agrandissements de la poitrine

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