I. — Méthode du périmètre
Les différents auteurs qui se sont occupés de mensuration, ont tous employé, pour obtenir le périmètre thoracique, le même instrument: le ruban métrique.On utilisera, de préférence, comme le dit Broca, un ruban « en fil ciré ou verni ; les rubans de coton, de soie, de cuir, s’allongent par l’usage ; les rubans cirés ne sont pas tout à fait à l'abri de cet inconvénient: c’est pour-
quoi: on doit les vérifier souvent,
« On doit proscrire tout spécialement, les rubans de soie,qui peuvent, après quelques séances de mensuration, avoir acquis un excès de longueur de 5 à 6 centimètres. »
Ces précautions prises pour ce qui regarde le choix de l'instrument, il ne faut pas oublier une notion très importante et bien établie par Voillez : c’est qu’à l’état physiologique, le périmètre du thorax n’est pas égal des deux côtés : le droit est plus étendu que le gauche de 1 à 3 centimètres; quelquefois ils sont égaux; très rarement le rapport est inverse, et le côté gauche l'emporte sur le droit. Cet excès, à l’avantage du ‘côté droit, tient au développement plus marqué des muscles correspondants sous l'influence du travail qui les met plus souvent en jeu. Voillez mesurant le thorax chez 41 sujets bien conformés, a trouvé le côté droit plus développé chez 36, les deux côtés égaux chez 5. Pour ce motif, le même auteur conseille de mesurer journellement non pas le côté malade seul, mais le périmètre thoracique tout entier,et c’est ainsi qu'il opérait dans les derniers temps de sa vie. On voit quel intérêt pratique présente cette notion et combien elle mérite de retenir l’attention du clinicien, dans l'interprétation des résultats obtenus. | |
L'’attitude à faire prendre au malade, pour pratiquer la mensuration périmétrique avec une exactitude suffi- ‘sante, a aussi une grande importance pratique. Il est
nécessaire que le sujet soit debout ou assis, le thorax
bien droit, sans aucune inclinaison latérale, les bras
\ pendants le long du corps, dans une position absolu-
Eng LE
ment symétrique, qui devra ne pas varier pendant la durée de l'examen. |
Quant au procédé à employer, il est bien difficile d’indiquer des règles fixes. Chaque auteur a son procédé de prédilection : c’est ainsi que l’on cite le procédé de Broca, le procédé de Topinard, etc. cte., dont nous ne parlons ici que pour mémoire. k
Le professeur Maurel, qui, au début de ses recher-
ches, s’est beaucoup servi du ruban métrique et s’est.
appliqué à éliminer toutes les causes d’erreur pouvant tenir à une mensuration mal faite, expose ainsi qu'il suit sa technique :
« Quand on ne veut connaître que le périmètre total, le plein du ruban métrique est passé derrière le dos, pendant que le malade élève les bras, et les deux bouts du mètre sont ramenés en avant. Celui qui porte les prémières divisions est fixé sur la poitrine et l’autre
appliqué par- -dessus. Le malade est alors invité à res-
pirer comme à l’ordinaire, à laisser tomber les bras le
long du corps sans raideur ; et c est la moyenne entre le périmètre de l'inspiration et celui de Mae qui représente le chiffre que l’on cherche. »
Si au contraire, nous avons besoin de connaître le périmètre de deux hémithorax pris séparément, le procédé diffère : « Deux traits verticaux de crayon der-. mographique sont tracés, au préalable, sur les lignes médianes antérieure et postérieure, à la hauteur du point où doit porter la mensuration ; puis plaçant exaCtement la première division sur le trait sternal, on fait passer le mètre à la partie postérieure de la poitrine
et on leramène en avant, de manière à revenir au point de départ. C’est dans la position du repos naturel que cette mensuration totale doit être prise. Du reste, le mètre étant maintenu en place par une main, on regarde en arrière quelle est la division qui correspond au trait dorsal. La dimension de l’hémithorax qui est parcouru par la première portion du mètre, est ainsi obtenue directement, et celle du second, en faisant la « : différence entre le périmètre total et le périmètre du premier. Plusieurs précautions sont à prendre. La première c'est d'avoir soin de placer le ruban métrique bien horizontal : la seconde de s'assurer qu'il n’est pas plus tendu d’un côté que de l’autre, ce qui arrive sou- . vent lorsque la peau est couverte de. sueur, de COrPS
gras, de vésicatoires.
« Toutes ces indications ont leur importance. Îl est même rare que du premier coup on ait pris toutes les précautions ; et il faut y regarder avec soin pour être
sûr de son résultat.
« Ainsi les conclusions auxquelles j'arrive, sont les ‘suivantes : # «4° Emploi du ruban de fil ciré, de préférence à tout
autre;
| « 2 L’articulation sterno-xiphoïdienne comme lieu d'élection, Il est précis, facile à trouver; dégagé chez la femme comme chez l’homme ; et “mieux que tout. autre il donne la dimension de la cage thoracique sans être altérée par les omoplates, l'embonpoint et les mas-
| . ses musculaires ;
& 3 Les bras doivent être pendants, sans raideur, él sans être rejetés en arrière ;
« 4° On doit, autant que possible, s ibehes: à prendre la mensuration dans une situation moyenne entre l'inspiration ét l'expiration ; |
«5° Le ruban doit être appliqué en exerçant une traction égale pendant toute la durée de son application ;
« 6° Il ne doit pas descendre dans les dépressions. Ces dépressions en effet ont pour résultat de diminuer la section thoracique. Or, en les suivant, on augmente, au contraire, le périmètre ; de sorte que cette dépression, qui est réellement en moins, se traduirait en plus, d’où une exagération de l’erréur. ».
Il nous faut mentionner, à cette place, un autre appareil de mesure, imaginé par notre maître G. Rosenthal. J’ainommé le « centimètre symétrique ». C’est un centimètre formé de deux parties graduées de 4 à 75 centimètres et réunies par leurs deux chiffres 1. En mettant sur l’apophyse épineuse le trait de séparation des deux chiffres 1 et en roulant le ruban métrique sur le thorax, on peut en une seule opération mesurer les deux côtés du thorax anatomiquement et physiologiquement.
Nous aurons à revenir, à la ant de ce travail, sur les applications cliniques de ce procédé de mensuration |
périmétrique, telles qu’elles ont été réglées par M. FO senthal. 4 À
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Il. — Méthode des diamètres.
C’est Chomel qui, comme nous l'avons déjà vu, eut lé mérite de reconnaître que les agrandissements de la poitrine se font non par une augmentation du périmètre thoracique, maïs surtout par un changement de forme de la poitrine. Ce fait, cliniquement établi, lauteur chercha un autre procédé de mensuration et inventa la méthode des diamètres.
Les différents diamètres du thorax que l’on peut avoir à mesurer, sont : Ss Les diamètres antéro-postérieurs ;
Les diamètres transversaux ;
Les diamètres obliques ; soit que l’on veuille comparer leurs dimensions entre elles, soit calculer des indices. ; s
Chomél se servait d’un compas d'épaisseur fait de deux tiges parallèles, glissant à frottement doux sur upe troisième qui est graduée et à laquelle elles sont perpendiculaires. +
Fourmentin a préféré le compas d’épaisseur des accoucheurs. Nous emprunterons à la thèse de Weisgerber, parue en 1879, la description du procédé de cet auteur. | |
« Un moyen très simple de se rendre compte de la forme générale, consiste à prendre le rapport de deux ” dimensions diamétrales perpendiculaires entre elles ‘ la
longueur et la largeur.
« Ce moyen est très pratique et indique nettement les degrés de dissemblance : mais il néglige de tenir compte des portions de la figure comprises entre les deux dimensions choisies ; il faudrait pour en tenir compte, décomposer la figure en plusieurs portions élémentaires... Les anthropologistes appellent indice, céphalique le rapport du diamètre transverse maximum
au diamètre antéro-postérieur à partir de l'espace in-
tersourcilier. Ils multiplient ce rapport par 100, afin de le rapporter à 400 comme unité ou point de départ, et d’avoir des nombres entiers plus faciles à à distinguer que des fractions. Appliquant ces données à la poitrine, j'ai appelé de mème indice thoracique céntésimal, le rapport du diamètre maximum transverse au diamètre antéro-postérieur maximum. J'ai pris les mêmes dimensions qué pour l'indice céphalique afin qu’on pût au besoin comparer les deux indices ; il en résulte que la dimension transversale étant ici la plus grande, l’indice thoracique ne marque nullement les dimensions, il se rapporie à la forme qu'il exprime visiblement, à cause du grossissement par 100. Les soins principaux que l'on prendra, se rapportent à l'attitude du malade, au temps de la respiration, à l’état de vacuité dé l’estomac. Dans mes recherches, j'ai pris l'indice pendant que le malade était assis et à jeun. Ne l'ayant pas astreint à maintenir sa respiration, j’ j'ai surtout obtenu les diamètres les plus grands, c'est-à-dire pendant l’inspiration. Ajoutons qu'on peut écrire l'indice comme en anthropologie, en marquant les deux dimensions en mil:
limètres, et à la suite l'indice correspondant. >»
Weissgerber adopte le mème procédé et précise les deux dimensions qu’il prend :
« {° Le diamètre antéro-postérieur externe, horizontal, passant par l’extrémité inférieure du corps du sternum ; 2° le diamètre transversal situé dans le même plan, et dont les extrémités coupent, par conséquent, là septième côte à sa partie moyenne.
« Nous multiplions, en suivant l’exemple de Four mentin, la valeur du diamètre transverse par 100,
‘et nous divisons le produit par le diamètre antéro-pos-
Térieur ; le quotient obtenu indique la valeur du dia-
mètre transverse rapportée à un nombre fixe, le diam ètre antéro-postérieur égalé à 100. C’estce rapport qu’on nomme indice thoracique. »
Pour être complet, nous nous permettrons d'ajouter certaines observations, suggérées à M. le professeur Maurel par la pratique de longues années, et qui, en raison de l'autorité immense de cet auteur pour tout ce qui touche la mensuration thoracique, prennent une
valeur etune signification toutes particulières.
M. Maurel conseille de préférence l'emploi du compas d'épaisseur des accoucheurs ; quant au lieu d’élection, il s'exprime ainsi :
« Un seul doit être fixé d'une manière invariable : c'est l'articulation sterno-xiphoïdienne, qui, du reste, a été adoptée par tous les auteurs.
« Nous y trouvons cet avantage, que le périmètre et les diamètres seront ainsi toujours à la mème hauteur.
« Ce point connu, il suffitpour déterminer les autres,
Dangles 37
23e qui doivent tous se trouver surune même circonférence horizontale. | IRL E « Pour être sûr que cette condition indispensable est remplie, j’ai l'habitude de me servir d’un cordon qui fait tout le tour de la poitrine à la hauteur indiquée, et qui est maintenu par un aide pendant tout le temps que dure la mensuration. Ce cordon, autant que possible bleu ou rouge pour qu’il tranche par sa couleur, permet de voir si la circonférence que l’on adopte est horizontale ou non,et, par des tâtonnements successifs, de la ramener à l’horizontalité, si dèsla première application on ne l’a pas obtenue. L'usage L de ce cordon prouvera combien souvent onest obligé de modifier sa direction pour le rendre horizontal, ét établira ainsi
toute son utilité.
« Le point verticai ou épineux est ensuite facilement
déterminé par la rencontre de ce cordon et de la ligne épineuse. On marque ce point par une croix faite avec le crayon dermographique. |
« Le diamètre antéro-postérieur a ses deux points extrèmes ainsi fixés ; sa mensuration devient donc des plus faciles. # à Rs
« Quant au diamètre aus ont c’est un diamètre maximum ; et il présente forcémenttoutes les difficultés inhérentes à ce genre de mensurations. Cependant, la difficulté sera ici en partie supprimée,en ce sens que le doute n’existe plus au point de vue de la hauteur ; elle nous est, en effet, donnée par notre cordon.
«€ Il suffira donc : 1° d’être sûr que l’on prend le diamètre perpendiculaire à l’antéro-postérieur et non un
; : ME ee
des obliques ; 2° que nous sommes sur le point maximum.
« Pour être sûr que le diamètre est perpendiculaire à l’antéro- -postérieur, il faut s'assurer que l'axe du compas d'épaisseur se confond avec le diamètre antéro-postérieur du sujet; on l’appréciera facilement en se plaani exactement en face du malade.
« Quant à la certitude que l’on a la distance maximum, on ne peut l'obtenir qu’en suivant la branche femelle du compas pendant qu elle court sur la tige de graduation, et en appréciant son plus grand écart. De même que pour le périmètre, je conseille de prendre les diamètres, en situation moyenne d'expiration et d'inspiration, et, de même que précédemment, si nous trouvions ces mouvements très étendus, il faudrait prendre les mensurations dans les deux situations extrêmes sans en prévenir le malade, ce qui ne ferait que le trou-
bler ; et faire ensuite la moyenne. |
« Enfin, j'ajouterai que pour ces mensurations, comme pour toutes celles‘ qui précèdent, et aussi pan celles
qui suivront, le sujet doit être debout, ou tout au moins assis ; que son tronc doit ètre dégagé, complètement + et qu'on doit veiller à ce qu'il ne lui imprime au-
cun mouvement. de torsion ou d’inclinaison. »