‹ La mentalité primitiveChapitre 143 sur 333 · W. Brown. New-Zealand and its aborigines, p · texte numérisé non relu

W. Brown. New-Zealand and its aborigines, p

3. E. J. Armstrong. The history of the Melanesian ?nission, p. 308.

qu'il y a épousée, ils en rapportent une petite quantité de terre prise à l'endroit qu'ils viennent de quitter, et la femme doit en manger un peu chaque jour dans sa soupe, pour s'accoutumer à sa nouvelle résidence. Cette terre fait la transition entre les deux domiciles \ »

Tout cela explique que, dans certains cas, la divination se serve de la direction dans l'espace, comme elle le fait du nom d'un homme. La direction où l'homme se trouve, la région de l'espace où il habite sont « siennes », au sens plein du mot, comme ses membres et son esprit, puisque, selon l'expression frappante de M. Brown, il appartient à sa contrée comme sa contrée lui appartient. Dès lors, un homme peut être dénoncé par la direction de l'espace où il se trouve, aussi bien que par des traces laissées sur le sol où l'on reconnaît son pied. C'est une qualité caractéristique de sa personne, ou tout au moins, de son groupe.

Avec le temps, ce procédé peut perdre son sens original, devenir machinal, et finir par être employé même en des occasions qui n'ont rien de commun avec sa signification primitive. Quand le Hottentot, pour retrouver ses bœufs qui se sont échappés pendant la nuit, se guide sur la direction que prend une mante religieuse, on peut penser que c'est là une forme de divination toute semblable aux procédés par coïncidence et par alternative qui ont été étudiés plus haut. Mais ceux-ci aussi ont eu, d'abord, un sens mystique. Et peut-être subsiste-t-il, dans l'esprit du Hottentot, quelque sentiment obscur de la participation que nous avons vue si vivante dans les représentations collectives des Australiens.

Si l'étude qui précède avait pour objet de parcourir l'ensemble des procédés divinatoires en usage dans les sociétés

1. H. P. Junod. The life of a South African tribe, I, p. 47 (note).

inférieures, elle resterait fort incomplète. Ceux dont il a été question n'en représentent qu'une faible partie. Mais je ne me suis proposé que d'analyser ce que les pratiques divinatoires — ou désignées par ce mot — signifient aux yeux des primitifs, ce qu'ils en attendent, et comment les mêmes représentations collectives les ont conduits aux procédés les plus divers. Il suffisait pour cela d'exemples empruntés aux sociétés les moins élevées qui nous soient" connues.

Beaucoup de procédés de divination dont je n'ai pas parlé y sont employés. On pourrait les analyser d'après les mêmes principes. Les primitifs, par exemple, savent utiliser, pourcommuniqueraveclemondeinvisible, lespropriétés spéciales des médiums, et mettre ceux-ci en « état second ». Ils n'ignorent à peu près rien des phénomènes familiers aux spiritesde tous les pays et de tous les temps. Les Phantasms of the living de Myers ne leur offriraient rien qui les surprit. Le commerce avec les esprits, en particulier avec ceux des morts, fait partie de leur expérience quotidienne. Touten le redoutant parfois, ils se risquent souvent à le rechercher, avec les précautions nécessaires. Ils savent d iscerner parmi eux 1 es « su j ets » pi us sensibles que les autres à l'influence des puissances invisibles, et plus capables de recevoir les révélations de l'au-delà. Ces sujets deviennent des devins, des voyants, des sorciers au bon sens du mot. C'est à eux que l'on s'adresse quand on a besoin d'une révélation particulière. Chez les Esquimaux, les opérations divinatoires sontréservées au medicine-man, à Yangekok. Pour les accomplir, il se met lui-même en état de sommeil hypnotique ou de trance, de catalepsie ou d'extase, c'est-à-dire, il se transporte dans la région des puissances invisibles, et il entre en communication avec elles. Il voit et il entend les morts, il franchit en un instant, sans être vu, les plus grandes distances par la voie

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