CHAPITRE VIII LES ORDALIES
L'histoire du moyen âge nous a rendues familières les épreuves, apparentées de près à la divination, que l'on appelle jugements de Dieu, ou ordalies. L'antiquité grecque, comme M. Glotz la bien montré, les avait connues l. On les rencontre aussi dans nombre de sociétés inférieures. Pourtant, il sera prudent de ne pas admettre d'avance l'identité des faits dans des sociétés très différentes les unes des autres. Je ne prendrai pas pour accordé que les ordalies des primitifs constituent une procédure judiciaire spéciale qui laisse aux dieux la faculté de sauver un condamné, peut-être innocent, (antiquité grecque), ou qui remet à Dieu la décision d'un procès (moyen âge). Laissant de côté toute définition préalable, je me bornerai d'abord à l'analyse des faits, et je les emprunterai de préférence aux sociétés africaines où les ordalies tiennent une place considérable, sans m'interdire cependant de prendre ailleurs des termes de comparaison.
Un premier trait s'est imposé partout à l'attention des observateurs : c'est la confiance entière, invincible, on pourrait dire la foi inébranlable que les primitifs ont en l'ordalie. Les missionnaires italiens du Congo, au xvnc siècle, ont déjà insisté sur ce point. « J'étais stupéfait en moi-même, et je ne pouvais me persuader que des