G. Glotz. L'ordalie dans la Grèce primitive. Paris
FOI EN L'ORDALIE 245
hommes, si grossière que fût leur ignorance, pussent prêter une telle foi à des supercheries si évidentes, et ne pas admettre au moins quelqu'une des nombreuses raisons que les missionnaires leur faisaient valoir chaque jour à ce sujet... Mais, au lieu de se rendre, ils haussent les épaules, et ils répondent: il est impossible que nos épreuves nous trompent; cela ne se peut pas, cela ne se peut pas ' ! »
La même foi robuste est attestée aujourd'hui par les explorateurs et les missionnaires. « L'indigène croit de toute sa force à l'efficacité de l'ordalie. Constamment, pour les accusations les plus insignifiantes, mes porteurs offraient de se soumettre à l'ordalie du poison2. » — « Tous les indigènes, dit Macdonald, croient que le mvai (poison d'épreuve) est infaillible, tandis qu'ils savent fort bien que le témoignage de leurs compatriotes ne l'est pas... Nous sommes ici en présence de la foi la plus enracinée qui existe dans ces tribus. S'ils croient à. quelque chose, c'est à l'ordalie. Un jour, je demandai à Kumpana, de Cherasulo : « Que feriez- vous, si un homme volait de l'ivoire, si, soumis à l'épreuve du mvai, il le vomissait, et qu'on le trouvât ensuite en train de vendre l'ivoire volé? — Si l'homme avait volé l'ivoire, me répondit Kumpana, il ne vomirait pas le mvai ; le mvai le tuerait. » J'ai souvent fait des suppositions de ce genre devant les indigènes. J'avais beau dissimuler soigneusement ma pétition de principe; ils faisaient remarquertout de suite que je supposais des cas qui ne pourraient jamais se présenter3. » — - « Les noirs sont toujours prêts à prendre le poison, et il est rare que l'accusé se dérobe par la fuite à l'obligation
1. Gavazzi. lstorica descrizione de'tre regni di Congo, Matamba ed Angola, p. 97.