‹ La mentalité primitiveChapitre 16 sur 333 · APPEL IMMÉDIAT A DES CAUSES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

APPEL IMMÉDIAT A DES CAUSES MYSTIQUES

Ici, comme il arrive le plus souvent, il faut séparer le fait qui nous est rapporté de l'interprétation qui y est mêlée. Le fait consiste en ceci, que le primitif, Africain ou autre, ne se préoccupe aucunement de rechercher les liaisons causales qui ne sont pas évidentes par elles-mêmes, et que, tout de suite, il fait appel à une puissance mystique. En même temps, les observateurs, missionnaires ou autres, donnent leur explication de ce fait : si le primitif a recours tout de suite à des puissances mystiques, c'est, selon eux, parce qu'il néglige de rechercher les causes. — Mais pourquoi le néglige-t-il ? L'explication doit être renversée. Si les primitifs ne songent pas à rechercher les liaisons causales, si, quand ils les aperçoivent ou quand on les leur fait remarquer, ils les considèrent comme de peu d'importance, c'est la conséquence naturelle de ce fait bien établi que leurs représentations collectives évoquent immédiatement l'action de puissances mystiques. Par suite, les liaisons causales, qui sont pour nous l'ossature même de la nature, le fondement de sa réalité et de sa stabilité, n'ont à leurs yeux que fort peu d'intérêt « Un jour, dit M. Bentley, Whitehead vit un de ses ouvriers qui était exposé, assis, à un vent froid, par un jour de pluie. Il l'engagea à rentrer chez lui et à changer de vêtements. Mais l'homme lui répondit : « On ne meurt pas d'un vent froid, ça n'a pas d'importance : on ne tombe malade et on ne meurt que par le fait d'un sorcier1. »

De même, en Nouvelle-Zélande, un missionnaire écrit en termes presque identiques : « J'ai reçu la visite d'un naturel dans un état fort alarmant; il avait gagné un refroidissement et n'avait pris aucun soin de lui-même. Ces sauvages ne se doutent nullement des causes de leurs maladies. Ils attribuent à Atua (un esprit) tout ce qui les

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