‹ La mentalité primitiveChapitre 160 sur 333 · Rev. J. Macdonald. Africana, I, p · texte numérisé non relu

Rev. J. Macdonald. Africana, I, p

indemne, on chercherait ailleurs le sorcier. Elle succombe. C'est à la fois la preuve que les soupçons étaient fondés, et la fin de l'anxiété où vivait le village. jL'ordalie a décelé et détruit le principe malfaisant. Elle a tué la femme du même coup, mais pouvait-il en être autrement ?

On conçoit néanmoins qu'il pourrait y avoir des moyens d'atteindre ce principe et de le mettre hors d'état de nuire, sans faire périr en même temps celui qui le loge, surtout quand il en est le porteur involontaire et même inconscient. M. Weeks a rencontré cette idée chez les Bangala. Ils admettent que la présence du principe malfaisant dans une personne ne la rend pas nécessairement coupable. On lui fera donc subir l'ordalie, mais de façon à se débarrasser du principe, tout en épargnant la vie de l'homme. « Qui profile de la mort d'un père ou d'un frère? Le fils ou un autre frère. Par conséquent, quand le père est malade, les soupçons tombent sur le fils, et, après avoir usé de tous les moyens pour chasser la maladie, le père, en dernier ressort, soumettra son fils à l'ordalie, avec une dose trop faible pour le tuer. Si le fils vomit le poison, il est innocent : la preuve en est certaine, étonne lui fait aucun mal. S'il ne vomit pas, s'il devient hébété et stupide, c'est qu'il est simplement le médium dont se servent les puissances occultes pour agir sur son père ; la dose de poison purgera son organisme de ces puissances, et comme elles ne pourront plus se servir de lui comme médium, son père se rétablira. On prend le plus grand soin du jeune homme, jusqu'à ce que les effets de l'ordalie aient disparu, et alors on l'avertit de ne plus permettre que son corps serve à de tels usages. On lui rend sa liberté, et ses camarades, dans le village, ie regardent avec autant de curiosité qu'ils font chez nous pour un écolier qui sort de l'hôpital après avoir eu une jambe cassée. L'excuse du jeune homme, — et tous

l'acceptent, — est qu'il était possédé par le principe malfaisant [ivitchcraft), sans le savoir1. »

M. Weeks va jusqu'à écrire : « Aucune infamie ne tombe sur un homme qui est démontré coupable, car on peut posséder le principe malfaisant sans en avoir conscience ~. »

Il est difficile pourtant que l'horreur inspirée par ce principe ne s'étende pas à celui dont il est l'hôte. Dans les cas, très rares, où l'infamie proprement dite ne s'attache pas à ce malheureux, il n'en devient pas moins un objet de crainte, et presque nécessairement, de haine. Tout en épargnant le jeune homme dont il est question dans l'observation qui précède, on lui donne un avertissement sérieux qui ressemble fort à une menace. Que son père retombe malade, que les remèdes restent sans effet, le fils sera de nouveau soumis à l'ordalie, et cette fois la dose de poison sera décisive.

Les Bangala croient aussi que le principe malfaisant, expulsé d'une personne, peut entrer dans une autre, par la volonté de la première et sous l'action de l'ordalie. Le fait suivanten témoigne. « J';ù connu, dit encore le Révérend Weeks, le cas d'un polisson joufflu, à qui son oncle donna un jour un^soufflet. L'enfant se retourna, et dit : « Je vous ensorcellerai » . Peu de temps après, l'oncle tomba malade, et, en dépit des remèdes et du nganga (docteur), il n'allait pas mieux. A la fin, il soumit le jeune garçon à l'ordalie du poison. Celui-ci ne vomit pas, et il fut déclaré coupable d'avoir ensorcelé son oncle, qui lui infligea une sérieuse correction (la dose avait été trop faible pour mettre l'enfant en danger). En outre, il exigea du père de l'enfant des dommages-intérêts montant à deux cents tiges de cuivre, pour payer le nganga qui avait administré le

1. Rev. J. H. Weeks. Antliropological notes on the Bangala of the upper Congo river, J. A. I. XL, p. 396.

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