A. Musil. Arabia Petrœa, III, p
PUISSANCE EFFECTIVE DU DÉSIR 40i
de M. Preuss, la pensée, en ce cas, a le même effet que Faction. Le missionnaire Casalis l'avait aussi remarqué. « La convoitise, dit-il, a sa désignation propre. Ces peuples n'en reconnaissent que trop la puissance redoutable, et semblent avoir érigé en axiome qu'il est impossible d'imposer silence aux désirs déréglés du cœur. Je me rappelle que, peu de temps après mon arrivtée dans le Lessouto, un chef essayant d'énumérer les dix commandements ne pouvait en trouver que neuf. Nous lui rappelâmes le dixième. « Tu ne convoiteras point. » Ce n'est pas un commandement à part, répondit-il ; je l'ai déjà compté, en disant : « Tu ne déroberas point, tu ne com- « mettras point d'adultère. «Ainsi la conscience d'un païen lui révélait ce que Jésus-Christ fut obligé d'expliquer aux dépositaires de la loi1. »
Cette observation ne laisse plus de doute. Dans les représentations collectives des Bassoutos, convoiter est un acte de même nature que voler (l'adultère, chez les Bantous, a surtout le caractère d'une atteinte à la propriété). Ce que nous appelons une disposition morale est, pour eux, la mise en action d'une force mystique qui s'exerce surl'objet convoité et à son préjudice. Casalis et M. Musil attribuent cette forceàl' «âme ». Mot commode, maisqui correspond mal à ce que les primitifs ont dans l'esprit. L'étroite affinité qu'ils établissent entre le désir, la convoitise, le mauvais œil, et le principe malin qui constitue la sorcellerie ferait penser qu'il ne s'agit pas ici de Y « âme » telle que nous l'entendons. Peut-être faut-il voir là plutôt une manifestation du mana qui émane, qui rayonne de tout objet, de tout vivant, de toute personne humaine, et qui est particulièrement fort et redoutable quand ces personnes sont des chefs, des ancêtres, des sorciers, etc. Par certains de ses caractères