‹ La mentalité primitiveChapitre 233 sur 333 · W. H. R. Rivers. The Todas, p · texte numérisé non relu

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Cette croyance si commune contribue à expliquer soit d'autres croyances qui en dérivent, soit des coutumes qui s'y rapportent. Par exemple, en beaucoup d'endroits, en Afrique du Sud, dans l'Inde, et ailleurs, lorsque la pluie tombe enfin, après une longue sécheresse, il est interdit, même si elle est légère ou a l'air de vouloir cesser, d'aller travailler dans les champs. « S'il a plu dans la nuit, et jusqu'au matin, personne ne cultive les champs le jour suivant, pour ne pas troubler et arrêter la pluie1. » En effet, l'homme ou la femme qui travaillerait dans son champ ne pourrait pas s'empêcher de souhaiter la fin de la pluie, et ce désir agirait sur elle. Dans l'Inde du Nord, « quand on a besoin de la pluie, si quelqu'un sort de sa maison nu-tète, pendant qu'il pleut, on le fait rentrer immédiatement, ou bien on lui dit de mettre son chapeau ou son turban : car un homme nu-tête est sujet à souhaiter involontairement que la pluie cesse, et ainsi à faire tort à son prochain ~. » — Il arrive qu'on attribue ce même pouvoir aux désirs des animaux. Dans la presqu'île de Malacca, « on pense que d'avoir des chats porte bonheur, parce que ces animaux désirent avoir un coussin bien doux pour s'y coucher, et souhaitent ainsi, indirectement, la prospérité de leur maître... Mais avoir des chiens porte malheur... le chien souhaite la mort de son maître, car on abattra des animaux à la célébration des funérailles, et les chiens auront les os 3. » Souhaits involontaires, mais qui n'en produisent pas moins leur effet.

On comprend mieux aussi, d'après cette croyance, le genre particulier de terreur qu'inspire le sorcier dans certains groupes sociaux, l'exaspération qui se traduit dans

d. Ë. Holub. Sieben Jakre in Sud Afrika, I, p. 431.] 2. W. Crooke. T fie Iribes and castes of the North-Wesl Provinces and Oud/i, 1, p. 78.

:;. W. W. Skeat. Malay Magic, p. 182-83, 190-91.

les tortures qu'on lui inflige, et la soudaineté de l'attaque quand on se décide à se défaire de lui, souvent après avoir longtemps hésité. Il peut faire tant de mal, et à si peu de frais ! Il lui suffit, à lui plus qu'à tout autre, de penser avec intensité et de vouloir énergiquement que quelque chose arrive : son désir se réalise fatalement. Il peut donc, quand il lui plaît, sans rien faire qui éveille l'attention, sans remuer le petit doigt, attirer sur son voisin la ruine, la maladie, et la mort. A l'égard d'un homme si redoutable, il n'y a que deux conduites possibles : s'assurer son bon vouloir, ou l'exterminer. De là, pour une part, les privilèges dont il jouit, les avantages de toutes sortes qu'il se procure, et que les autres n'osent pas lui refuser ou lui contester. De là aussi sa fin le plus souvent tragique.

Cette faculté de nuire par la seule force de la pensée est liée de très près à ce qu'on appelle communément le mauvais œil ou la jettatura. M. Hdhley en donne la raison. « Ça et là, dans toute l'étendue du pays, il y a, pense-t-on, quelques personnes qui en sont douées, des femmes comme des hommes : celui qui l'a est né avec. Peu à peu, il viendra à l'esprit des gens que tel ou tel possède ce pouvoir, parce que, si l'on a entendu cette personne faire l'éloge d'un animal appartenant à un voisin, peu après cet animal devient malade... Il semblerait donc que l'idée ne se rapporte pas à un regard malfaisant, mais à une pensée envieuse... Le propriétaire de l'animal fera chercher l'homme qui a le mauvais œil et insistera pour qu'il enlève le mal ; pour cela, celui-ci humecte son doigt de salive, et touche la bête sur le museau et sur d'autres parties de son corps avec son doigt mouillé : on croit que l'ensorcellement est neutralisé par là1. » Le propriétaire de

1. C. W, Hobley. Further researches into Kikuyu and Karnb* reiigious beliefs and customs, J. A. I., XLI, p. 433.

Eétt-8*»*.. — Mentalité. 2»

l'animal malade pense donc que sa bête est vietime d'un maléfice, et que l'auteur -en -est l'homme qui, en la--.rega.rdsmt ©t'en ta louant, l'adésirée. Ce désir, exprimé «ou non, agit sur elle. 11 n'y a qu'un remède, et précisément celui qui Jest toujours employé dans les cas de soreellerie.il faut que l'auteur du maléfice le détruise lui-même. L'homme dont le désir nuit est regardé comme un sorcier. « A ce moment, nous aperçûmes un petit tFoupeau de beaux animaux. Gomme nous les regardions attentivement, «fuelqtuiun 'tendit le doigt dans leur direction. Aba Gandadit :>« Prenez bien garde de ne pas faire cela-devant les Gallas. Ne regardez pas beaucoup leurbéiail, et surtout évitez d'-en>faire l'éloge. Les Gallas sont très jaloux de»leurs botes : «i un étranger les 'admire, ils l'attribuent à sa convoitise, et aussitôt leur colère s'enflamme. Ne J'ai tes pas attention à leur bétail, et si vous en parlez, que vos remarques soient d'une nature plutôt défavorable qu'autrement l. •» En Arahie Pétrée, « quand quelqu'un regarde un animal avec convoitise, parce qu'il voudrait bien4'«voir, les gens du pays pensent que son àme entre eu relation avec l'animal, et quefcelui-ici périra, si son maître lergarde. De même, si quelqu'un convoite une femme, un enfant, u'n vêtement, son âme leur fait du mal, et ils en pâtissent. Si Mon connaît l'auteur du mal, on lui vole un morceau de son vêlement, et l'on s'en sert pour des fumigation* sur la personne malade. Gela réussit souvent, mais p*s toujours.-Si on ne le connaît pas, il faut allier chez un «'voyant », qui trouvera par qui d'animal de N... ou N... ilui-même a été mis en cet état 2. »

La convoitise est donc, par elle-même, mon pasmrsimple sentiment ou désir, mais un acte positif, effectif, de liâme de celui qui désire sur l'objet convoité. Selon l'expression

1. Qh.'Wew. Life, mande rings and labours in Easlern Africa, p. 849.

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