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CHAPITRE XI

INTERPRÉTATION MYSTIQUE DE L'APPARITION DES BLANCS ET DE CE QU ILS APPORTENT

L'apparition des blancs parmi des primitifs qui n'en ont jamais vu, et qui parfois, n'en soupçonnaient pas même l'existence, les premiers rapports qui s'établissent entre eux, sont des événements de nature, semble-t-il, à nous éclairer sur des caractères importants de la mentalité propre aux sociétés inférieures. Comment réagit-elle au premier contact des blancs et de tout ce qu'ils apportent avec eux d'extraordinaire ? Si nous avions sur cette rencontre des renseignements sûrs et détaillés, elle serait comme une sorte d'expérimentation naturelle, où la mentalité primitive, placée tout à coup dans des circonstances imprévues, se trouve jetée hors de ses habitudes et de ses traditions.

Malheureusement les témoins de ces faits si intéressants pour la science anthropologique, les explorateurs, les missionnaires, les naturalistes, ne sont pas toujours préoccupés de les observer avec toutes les précautions nécessaires. Surpris par ce qu'ils voient, incapables d'étudier des gens dont ils ignorent la langue, et qui sont très défiants et craintifs, ils ne recueillent guère que ce qui leur paraît curieux, étrange, invraisemblable, dans l'apparence extérieure des « sauvages », et dans leurs façons d'agir, ou bien ils se bornent à raconter comment se sont établies leurs relations avec eux, amicales ou hostiles.

D'autre part, pour des raisons plus qu'évidentes, il est extrêmement rare que nous ayons un témoignage des primitifs eux-mêmes sur l'impression produite par la première expérience qu'ils ont eue des blancs.

La secousse a dû êtred'autant plus violente, qu'en général, ils vivaient dans un monde clos, dont ils n'imaginaient pas que les parois pussent être franchies. La cosmographie des primitifs, pour autant que nous la connaissions, était assez uniforme avant l'arrivée des blancs. Celle des Dayaksde Bornéo peut en donner une idée. « Ils pensent que la terre est une surface plate, et Le «iel un dôme, une sorte de cloche en verre qui couvre la terre et entre en contact avec elle à l'horizon. Ils croient, par conséquent, qu'en allant tout droit, toujours dans la même direction, on arrive enfin, littéralement, à loucher le ciel avec sa main. Par suite, comme ils savent que les Européens viennent de très loin sur la mer, ils arrivent naturellement à l'idée que nous sommes plus près qu'eux du ciel. Il leur paraissait done impossible que je ne fasse pas allé dans la lune, et ils voulaient savoir si dans mon pays nous avions uneou plusieurs lunes, et aussi si nous n'avions qu'un soleil. II était très amusant de voir les signes. d'incrédulilé que mes réponses négatives provoquaient chez mes auditeurs... Ce fut un vrai chagrin pour eux de mentendne assurer qu'en Europe le ciel était à la même distance de la terre qu'à Bornéo l. » De même, les Polynésiens, « imaginaient que la mer, qui entoure leurs Ues, était un plan horizontal, et qu?à l'horizon visible, ou à quelque distance au delà, le ciel (rai), rejoignait l'océaR. enfermant ainsi comme sous une voûte ou sous un cône creux les îles de leur voisinageimmédiat. Ils connaissaient d'autres îles, comme Nuuhiva ou les Marquises^, Yaihi ou

1. 0d?. Beeeari. Wanderings in the forests of Bornéo, p. 387-38.

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